LE CHERCHEUR BRITANNIQUE HUGH ROBERTS À TIZI OUZOU

"La Kabylie est indissociable de l'Algérie"

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La Kabylie est intimement liée à l'Algérie, a affirmé hier le chercheur et écrivain britannique Hugh Roberts lors d'une conférence-débat qu'il a animée à la librairie Cheikh Omar de Tizi Ouzou.

Hugh Roberts, qui enseigne l'histoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient dans une université aux Etats-Unis d'Amérique a fait une analyse brève mais très percutante concernant plusieurs aspects de la vie politique et sociale en Kabylie en particulier et en Algérie en général.
L'historien britannique, venu à Tizi Ouzou, pour dédicacer son livre «Kabylie-Algérie» (éditions Barzakh) a expliqué dans le même sillage que les deux facettes Kabylie-Algérie sont intimement liées pour ne pas dire indissociables. A la demande de nombreux intervenants lors des débats, Hugh Roberts s'est longuement étalé sur les événements de 2001 en Kabylie.
Il a ainsi tenu d'abord à saluer l'initiative prise par les membres des coordinations des archs ayant voulu donner un prolongement politique aux événements en question. La coordination des archs a fini par décevoir, pourtant, elle avait bien démarré, a rappelé l'orateur, dont les événements de 2001 en Kabylie constituent une grande partie de l'ouvrage qu'il a dédicacé hier en présence de dizaines de personnes. L'orateur a donné au moins deux raisons qui font que la mobilisation post-événements de 2001 n'aient pas porté des fruits. Hugh Roberts a estimé que la première faiblesse des archs a été d'abord celle des conflits internes qui ne cessaient d'éclater à l'intérieur même de ladite organisation. Secundo, il y a eu la radicalisation du programme de la coordination des archs entre la rencontre d'Iloula et celle d'El Kseur. Une radicalisation qui, selon l'éminent conférencier, a conduit ce mouvement à avoir une vision utopique qui a privé ce dernier de capter ce qui était possible d'obtenir à l'époque de manière réaliste et palpable. D'ailleurs, a expliqué l'auteur du livre «La cité berbère» (disponible seulement en anglais), cette radicalisation utopique n'est pas seulement spécifique au mouvement des archs de Kabylie.
«Compte tenu des événements très douloureux et dramatiques qu'a vécus le peuple algérien durant la période coloniale, ce dernier s'est retrouvé naturellement otage d'un radicalisme qui l'empêche d'avoir une vision plus réaliste de la vie politique. L'Algérie a besoin d'une philosophie de la réforme afin d'en finir avec les nombreuses doctrines radicales et utopiques dont elle est otage. C'est la seule manière de pouvoir hisser ses expériences à la réalité», a déclaré Hugh Roberts.
Interpellé par un lecteur sur le fait que son livre est truffé de références à des auteurs occidentaux, même quand il s'agit d'écrire sur l'histoire de l'Algérie et de la Kabylie plus particulièrement, Hugh Roberts a répliqué que malheureusement peu d'auteurs algériens ont écrit sur l'histoire du pays. Il a rappelé que ce n'est que ces dernières années que quelques livres sont apparus sur ce sujet, citant le cas des ouvrages de l'historien Younès Adli. L'orateur a ajouté, en outre, que de nombreux écrivains qui travaillent sur l'Algérie ne tiennent malheureusement pas compte des traditions politiques du pays pour s'imprégner vraiment de ce qui s'y passe et le comprendre. Ayant consacré de nombreux chapitres de son livre «Kabylie-Algérie» à la décennie du terrorisme, Hugh Roberts a expliqué que dans les années quatre-vingt-dix, et au moment où une grande partie des intellectuels, même algériens, désespérait, lui, gardait l'espoir de voir l'Algérie s'en sortir.
«J'étais convaincu qu'on pouvait vraiment se battre au lieu de se soumettre. Même si plusieurs Algériens qui étaient démoralisés à l'époque n'ont pas hésité à remettre en cause le 1er novembre. Me concernant, je n'ai jamais douté de la justesse du combat du peuple algérien pour sa libération que toute ma famille avait soutenu d'ailleurs à l'époque», a souligné Hugh Roberts. Cet intellectuel, modeste et très ouvert au débat contradictoire, demeure optimiste comme il le fut dans les années quatre-vingt. «Je suis très optimiste pour l'Algérie et son avenir. Le peuple algérien sait toujours relever des défis et rebondit à chaque fois, même après des épreuves qui semblent être insurmontables.»