LICENCES D'IMPORTATION DE L'ALIMENT POUR VOLAILLE

La guerre des quotas

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Ce ne sont pas moins de 167 licences qui ont été accordées par les autorités.

L'opération d'octroi de licences d'importation pour les composants d'aliments pour la volaille a donné lieu à une véritable polémique sur fond de nouvelles inquiétantes sur une grave pénurie de cet aliment, avec en prime une série de conséquences en cascade qui finirait par aboutir à un poulet à près de 1000 DA le kilogramme. La levée de boucliers de nombreux éleveurs qui ont attiré l'attention des pouvoirs publics sur la raréfaction des aliments, a provoqué un emballement dans la filière et les acteurs, publics et privés, en sont allés de leur arguments pour se contredire totalement. En effet, au moment où des importateurs privés «exhibent» leur quatre bateaux en rade de plusieurs ports du pays, tout en mettant en doute le processus de délivrance des licences d'importation, le seul importateur public, l'Onab affirme de son côté que son quota d'importation arrivera très bientôt en Algérie.
Dans cette guéguerre par médias interposés entre trois gros importateurs privés et leur vis-à-vis public, il y a bien entendu une histoire de quotas. Alors que les premiers se sentent lésés, puisqu'ils sont très loin du chiffre qu'ils faisaient avant l'établissement des licences, le second rafle pas moins de 25% des 5,2 millions de tonnes admises à l'importation. Entre les deux, ce ne sont pas moins de
167 licences qui ont été accordées par les autorités. Donc autant d'importateurs. Ce qui réduit le nombre de «contestataires» à une proportion négligeable. Il se trouve que les bateaux de cette «proportion négligeable» sont les plus proches des ports algériens. On aura compris que les gros importateurs ont précédé l'octroi des licences, et se retrouvent «coincés» entre un gouvernement qui refuse l'entrée de leur marchandise sur le territoire national, en l'absence de licences et des fournisseurs qui menacent de récupérer ladite marchandise. Dans cette opération, les pertes se chiffrent en millions d'euros. La fenêtre de tir pour ces importateurs se referme à vue d'oeil, d'où leur empressement à exercer une pression via les producteurs de volaille dont l'impatience est légitime.
Les aviculteurs qui craignent pour leur élevage, qui voudraient voir les bateaux déchargés de leur contenu pour en finir avec la pénurie, savent-ils que d'autres sont en chemin, dont ceux affrétés par l'Onab et certainement ceux des 167 autres importateurs? La vraie problématique tient donc dans le temps qui s'écoulera jusqu'à l'arrivée des premières cargaisons de nourriture pour volaille. L'opérateur public, qui annonce une quantité supérieure à un million de tonnes, devrait pouvoir calmer les producteurs. Le reste des quantités qui seront importées au fur et à mesure réglera définitivement le problème. Mais les délais promis par l'opérateur public, à savoir quelques jours, sont-ils suffisants pour éviter la crise? On le saura bien assez tôt. Dans le cas d'un retard de débarquement, ce sont les ex-gros importateurs qui auront eu raison et la filière avicole s'installera dans une véritable crise, avec ce que cela suppose comme hausse vertigineuse des prix. Mais si l'Onab gagne son pari, une redistribution des cartes sera opérée dans le secteur de l'aviculture.
Le voeu du nouveau ministre de l'Agriculture, dont c'est le premier bras de fer avec les gros importateurs, serait de voir la crise évitée, sans avoir à revenir sur les licences d'importation. Abdelkader Bouazgui a réuni, hier, les acteurs de la filière. La question de l'approvisionnement des aviculteurs était au centre des débats. A en croire le président du Conseil national avicole, Kelli El Mouman, «une tension a effectivement été ressentie, mais la libération des licences absorbera très vite les déficits». Kelli ne craint pas une grave pénurie et partant, estime que la stabilité sera de mise au niveau de la production, ainsi qu'au niveau du marché de la volaille. Quant à l'Office national des légumes et viandes (Onilev), il soutient que les stocks de poulets sont suffisants et qu'il n'y a aucune raison de craindre une hausse des prix.