FAUSSES PROMESSES, AFFICHES ET VIDÉOS QUI FRISENT LE RIDICULE

Des discours mal "emballés"

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Une aventure politique, fut-elle locale, se prépare non pas avec les seules convictions du candidat, mais par une équipe qui a une certaine maîtrise de la communication politique.

La première semaine de campagne électorale pour les élections locales aura été un bel exemple de «ratage» en matière de communication. Les candidats ont brillé, dans de très nombreux cas, par un amateurisme déplorable, au point de provoquer l'effet inverse que celui recherché. Chaque affiche ajoute à la détermination des abstentionnistes et fait douter les indécis. Il faut dire que les partis politiques qui cherchent à trouver «l'emballage électoral» à même de capter l'intérêt des citoyens, piochent souvent dans le burlesque. Même les grands partis, dits sérieux, ont succombé à cette maladie du ridicule et du manque de tact.
Cela a commencé par les affiches du parti du Front El Moustakbal, montrant des candidats portés sur les ailes d'un aigle, où ils écrivent fièrement qu'ils représentent les rapaces du futur. Il y a également eu l'affiche du tête de liste du RND dans la commune de Béjaïa qui tenait à la main une bougie géante, pour rendre à Bougie sa lueur.
Un jeu de mots pourri, ajouté à un montage des plus amateurs, a fait le bonheur des internautes qui ont repris ces deux affiches pour en faire des «perles» qui ont été partagées des milliers de fois. Toutefois, ce n'était que le début du «carnaval»...!
Les candidats du MSP ont eu la palme avec celui qui a comme slogan «L'homme qui ne quitte jamais la mosquée». Et ce n'est pas le montage d'un farceur du Web, mais un véritable slogan écrit noir sur blanc sur une affiche électorale.
Et encore, cette affiche n'est rien devant un clip de campagne hilarant d'un autre candidat MSP à Biskra. Non content d'avoir ridiculisé ce parti, qui a quand même une certain aura, avec la photo, ils lui ont rajouté le son et l'image! Les discours développés lors des meetings ne sont guère reluisants. On assiste à de fausses promesses, tout droit sortis de films de science-fiction.
A Skikda, par exemple, des candidats ont des programmes qui rappellent la propagande développés dans les livres de géographie de l'école fondamentale, avec la construction de barrages et revalorisation des terres agricoles. Chose qui, bien sûr, dépasse leurs prérogatives, tout comme la construction d'aéroports et de métros dans leurs petites communes. Que dire alors des candidats de Tipasa qui ont promis de déclasser la ville égyptienne de Charm El Cheikh par cette ville touristique de l'ouest d'Alger.
Une situation qui fait certes rire les citoyens, mais illustre surtout l'indigence des partis en matière de communication politique.
Même les sites satiriques ne s'y retrouvent plus, du fait que ces candidats ont dépassé tout ce qu'ils pouvaient imaginer. Ce qui est la preuve certaine du manque de maîtrise politique des candidats et de leurs staffs. Une aventure politique, fut-elle locale, se prépare et elle se prépare non pas avec les seules connaissances et convictions du candidat, mais avec une équipe qui a une certaine maîtrise de la politique. Ce n'est absolument pas le cas chez nous. Les électeurs assistent à un cirque à ciel ouvert, avec tous les accessoires nécessaires pour un bon spectacle. D'ailleurs, durant les dernières législatives un candidat avait même emprunté le chapiteau du cirque Amar pour faire son...cirque électoral! Faut-il s'étonner de cette réalité? Il faut dire que les partis offrent leurs parrainages au plus offrant. Pour le niveau intellectuel, et le passé de militant, il faudra revenir après...
Pour des arrivistes prêts à tout pour s'acheter une carrière politique, la communication politique n' a pas lieu d'exister. Ils ont entendu parler des réseaux sociaux et de leur importance, ils ont un cousin ou un militant qui a l'habitude de les utiliser, et c'est tout trouvé. Ce sera lui le chef de la campagne digitale.
Et pour le discours politique alors? «Taâref khir mel candidat?» (Tu t'y connais mieux que le candidat?). C'est lui et seul lui qui décidera de ce qu'il dira, même si cela ne tient pas la route. Heureusement que «le ridicule ne tue pas», sinon on aurait assisté à un véritable... génocide durant cette campagne électorale.