CRÉANCES DES OPGI, SONELGAZ, ADE, SEAAL...

Ces milliards non recouvrés

Par

Que ce soit l'Algérienne des eaux, la Sonelgaz ou encore l'Office chargé de la gestion du patrimoine immobilier, ces établissements publics souffrent d'une situation pour le moins insoutenable du fait du non-recouvrement des créances qu'ils détiennent sur leurs clients. A titre d'exemple, les dus de loyers s'élevaient à plus de 1,5 milliard de dinars en 2014 et l'Opgi n'a réussi à recouvrir qu'environ 30% de ce montant en trois ans. La situation n'est pas meilleure pour la Société algérienne de distribution de l'électricité et du gaz (SDC) ou encore la Société des eaux et de l'assainissement d'Alger (Seaal) et l'Algérienne des eaux (ADE). En effet, un bilan arrêté à la fin du mois de mars dernier fait état d'un montant de créances à recouvrer par la SDC de 62 milliards de dinars. Les clients les plus endettés sont les ménages avec un taux de 46%. L'ADE affiche 40 milliards de dinars de créances non recouvrables et 14 autres milliards, créances vivantes à recouvrer; la Seaal, quant à elle, annonce un chiffre de créances de 11 milliards de dinars mais uniquement pour les deux wilayas d'Alger et de Tipasa. Toutes ces créances affectent lourdement la santé financière de ces entreprises et pas seulement. «Il y a une faiblesse du recouvrement des recettes des domaines de l'Etat et, partant, une faible contribution au budget de l'Etat» a reconnu, il y a quelques mois, le directeur général des Domaines de l'Etat, Djamel Khaznadji. Et ce dernier n'a pas tort. Les créances non recouvrées des entreprises publiques influent sur le bon fonctionnement du budget de l'Etat. Le cas de la Cnas est le plus éloquent. En effet, dans le projet de loi 2018, il est question d'opérer une contribution exceptionnelle de 500 milliards de dinars au profit de la Caisse nationale de retraite (CNR), afin d'éviter tout risque d'explosion du dispositif de la protection sociale. Et pourtant, selon des chiffres officiels les créances de la Cnas se situaient aux alentours de 250 milliards de dinars en 2015. La Cnas a pu récupérer 30% de ses créances jusqu'au mois d'août dernier. Un taux considéré comme très insuffisant à voir les dispositions de la loi de finances 2015 complémentaire qui a, rappelons-le, dispensé les patrons d'entreprises et autres assujettis des pénalités de retard au cas où ils régularisent leur situation. Cependant, 50% seulement des entreprises ont payé leurs cotisations au premier semestre 2017. Ce qui a réduit grandement les avoirs de la caisse, avec un important manque à gagner qui a asséché ses avoirs qui devaient réguler ceux de la CNR. C'est la raison pour laquelle, l'Etat s'est vu dans l'obligation d'injecter un montant significatif en 2018 pour renflouer les caisses de retraite. Pourtant, en ces temps difficiles de crise financière ayant vidé les caisses du Trésor, l'Etat devrait concentrer son intérêt sur les projets qui apportent une réelle plus-value à la machine du développement. Il devrait exiger un meilleur fonctionnement aux entreprises assurant un service public afin qu'elles garantissent leur indépendance financière et leur développement. Ces dernières, étranglées financièrement, tentent de le faire. C'est le cas de la Sonelgaz par exemple qui a lancé une large campagne en vue de recouvrer ses créances auprès de ses clients. Or, le plus difficile pour cette société est de recouvrir les 40% de ses créances détenues par les administrations, les entreprises publiques et les opérateurs économiques. Même sa décision de priver les mauvais payeurs de ses services est difficilement applicable quand il s'agit d'une APC, d'une résidence universitaire ou d'un hôpital! L'ambiguïté se pose pour l'ADE ou encore la Seaal. Les contraintes de ces entreprises sont donc énormes avec d'autres entreprises publiques. Même l'Opgi qui a décidé de recourir à l'expulsion des locataires qui n'honorent pas leurs loyers, n'arrive toujours pas à augmenter son faible taux de recouvrement qui n'a pas atteint les 25% au premier semestre de l'année en cours. Un taux qui est en deçà du ratio admis, à en croire les premiers gestionnaires de l'Office, confrontés aux lourdes charges d'exploitation. Aussi, l'Opgi pourra-t-il jeter à la rue les familles récalcitrantes au moment même où l'Etat tente de résorber la crise du logement? Quelle solution préconiser alors pour sauver ces établissements? En attendant le civisme du citoyen et autres clients de ces entreprises, il est peut-être le moment de réfléchir à sous-traiter le recouvrement pour réduire le déficit et rendre les services de l'État plus efficaces.