BOUIRA

Une campagne terne

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Les élections se suivent et se ressemblent. Les locales du 23 novembre prochain n'ont pas dérogé à une règle devenue, hélas, une mauvaise habitude à la peau dure. Comme à chaque suffrage, les candidats sont les premiers à violer les règles, notamment en matière d'affichage. Malgré la désignation de lieux spécialement aménagés pour la circonstance, les postulants n'hésitent pas à coller leurs portraits partout. Les abribus, les murs, les plaques de signalisation routières, les portails des établissements publics... sont couverts d'affiches rendant la vue hideuse. Concernant toujours la campagne, il faut signaler qu'après une semaine on ne se bouscule pas au portillon. Seul l'ex-parti unique a fait jusqu'à hier le plein du théâtre «Laskri» à l'occasion de la venue mercredi dernier de son secrétaire général Djamel Ould Abbès. Dans la même journée et avant lui c'est Amar Ghoul qui s'était présenté devant un parterre facilement comptable. Samedi, Djamel Benabdeslam pour le FAN s'est produit devant une faible assistance comme Moussa Touati d'ailleurs qui s'est retrouvé devant une vingtaine de personnes. Même constat pour Benbaibèche venu mobiliser et porter un soutien à ses candidats. En attendant les meetings du RND, RCD, du PJ et celui du FFS, l'opinion publique ne semble pas très enthousiasmée par cette élection. S'agissant de l'APW, les plus initiés pronostiquent un résultat conforme à la carte politique qui a de tout temps caractérisé la wilaya de Bouira. Le RND et le FLN se partageront la région «Sud» et la région «Ouest» de la wilaya où les deux formations comptent le plus de partisans. La région «Est» départagera les frères ennemis, le RCD et le FFS. La barre des 7% obligatoires risque de coûter en sièges aux formations qui tentent de s'interposer entre les grosses cylindrées que sont les formations de l'alliance présidentielle. Le boycott et l'abstention profiteront aux partis ancrés dans les moeurs politiques de la wilaya. Pour les communes, le même scénario risque de se rejouer et la lutte sera rude entre le FLN qui, pour la première fois, se présente dans les 45 communes et son frère ennemi, le RND. Cette lutte est accentuée par la présence dans les listes du rassemblement d'anciens élus du front comme c'est le cas à Bouira et Aïn Bessem. Le nomadisme politique devenu une habitude par jurisprudence ne choque plus, mais est utilisé par l'antivote comme argument à leur appel à l'abstention. Les dernières législatives et le nombre impressionnant de bulletins blancs et bulletins nuls sont un message qui n'aura servi à rien puisque bon nombre de partis et listes sont composés d'éléments qui errent d'une formation à une autre sans aucun respect aux principes et aux programmes.
La campagne abordant sa seconde semaine est caractérisée par un affichage anarchique; les villes et villages de la wilaya garderont les stigmates d'un comportement indigne de candidats et de partis qui postulent à des sièges dans les structures de la République. Les abribus, les murs, les pylônes électriques... sont couverts des lambeaux d'affiches qui salissent et agressent la vue. «Combien doit débourser le contribuable pour effacer ces traces?» nous a confié un citoyen. Certains partis utilisent de la peinture pour inscrire des graffitis et des appels à voter pour ses candidats.
Dans cette quête aux voix, plusieurs postulants s'évertuent et se découvrent une autre dimension sociale dans les lieux les plus fréquentés. Même les mosquées n'échappent pas à ces pratiques. L'utilisation des lieux de culte étant interdite, ces formations politiques, surtout celles proches de la mouvance islamiste, ont hérité et perpétuent les méthodes du parti dissous. Elles profitent des cinq rassemblements quotidiens et de celui hebdomadaire du vendredi pour mener campagne surtout que la majorité des pratiquants reste une catégorie âgée soucieuse de tracas du quotidien et pas du tout branchée sur la politique donc facile à tromper. Tout ce carnaval se fait sous le regard complaisant d'une administration et une Haute Instance indépendante de surveillance des élections.