UNE ÉTUDE DE THINK TANKS ÉTRANGERS PULVÉRISE L'IMAGE DU MAROC

La longue comédie du roi

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«Il y a, au Maroc, un spectacle de marionnettes assez divertissant appelé gouvernement, et une comédie de longue durée appelée Parlement.»

C'est un «pavot» dans la mare que viennent de jeter des think tanks et de nombreux commentateurs étrangers éclaboussant totalement l'image du royaume. Le processus de démocratisation au Maroc est «infondé», selon ces think tanks qui, au terme d'une étude de six mois ont réussi à pulvériser les sept mythes les plus répandus sur la prétendue démocratie marocaine. Il s'agit en réalité d' «un spectacle de marionnettes assez divertissant appelé gouvernement, et une comédie de longue durée appelée Parlement», notent, sans concession, ces centres de recherche. En ces temps de crise où la tirelire est vide, le royaume du Maroc ne peut plus se permettre des études sur-mesure le classant comme l'eldorado de la démocratie et du développement en Afrique du Nord et dans le Monde arabe. C'est le site Web britannique, openDemocracy, qui a jugé «infondé» un processus de démocratisation du Maroc, en cours, contredisant ainsi l'image réformiste que les autorités marocaines présentent à l'étranger. A la question «si le Maroc était une monarchie constitutionnelle?», l'auteur de l'article a répondu: «Il y a une séparation des rôles, mais pas de séparation des pouvoirs: -politique, économique et religieux- qui sont tous concentrés au Palais royal (...)». Plus ironique, le même journal ajoute qu'aux côtés de ce pouvoir, il y a, au Maroc, «un spectacle de marionnettes assez divertissant appelé gouvernement, et une comédie de longue durée appelée Parlement, avec un mélange de partis politiques hargneux ayant la capacité de générer une quantité infinie d'intrigues amusantes, mais sans conséquences». Il est souvent dit que le Palais a adopté la réforme démocratique après le printemps arabe, il a adopté une nouvelle Constitution qui garantit les libertés politiques. Que du vent! «Rien d'exceptionnel en somme», a ajouté le site. «La démocratisation au Maroc est une rue à double sens, et en ce moment le pays est en marche arrière», écrit la même source citant comme exemple la Constitution qui consacre l'accès à l'information, mais les citoyen sont menacés de prison s'ils publient certaines informations. Les commentateurs ont listé également un autre mythe auquel le monde a cru. «Les Marocains n'ont jamais été autorisés à choisir entre l'évolution ou la révolution, et personne ne sait ce que la majorité choisirait dans le cas peu probable où ils seraient consultés sur la question». Le royaume est sous un rideau de fer et le Palais royal a empêché l'émergence de toute alternative crédible. Les rapports de ces think tanks attirent l'attention également sur le système éducatif dangereusement défaillant. La plupart des diplômés des écoles marocaines «sont terriblement mal outillés pour occuper les plus hautes positions du marché mondial de l'emploi, à cause du lamentable système d'éducation public», a alerté le rapport. Plus qu'une alerte, le rapport lève le voile sur une véritable bombe à retardement: «Comment empêcher des millions de jeunes gens en colère d'exprimer collectivement leur rage contre un système qui les néglige et les a laissés pourrir pendant que les enfants des riches instruits dans le privé s'accaparent les meilleurs emplois», avertit le rapport. Avec une précision d'un scanner, l'analyse relève plusieurs lignes de fractures qui traversent la société marocaine, la rendant extrêmement fragile: riches et pauvres, urbains et ruraux, traditionalistes et modernistes, sont autant de divisions «préexistantes pourraient facilement être approfondies et exploitées par des acteurs politiques, si l'occasion se présente». Fatalement, la stabilité sociale déjà précaire du Maroc risque de voler en éclats. «Elle sera encore tendue par le nombre croissant des jeunes inemployables», a-t-on prévenu. Aussi, l'idée que le monde est d'accord que plus de démocratie est meilleur pour le pays est «fausse», a souligné encore le site électronique. Le chef de gouvernement marocain n'a-t-il pas avoué à plusieurs occasions que le rôle de son Exécutif est de mettre en oeuvre des directives royales. «Les partis politiques sont des pyramides d'intérêt étroits qui ne pratiquent même pas la démocratie interne», expliquent les mêmes think tanks révélant que «la plupart des citoyens ne votent pas, la plupart ne manifestent pas activement contre le système. Pour résumer: malgré les réformes sur de nombreux fronts, «le Maroc n'évolue pas vers plus de démocratie, et il semble peu probable qu'il le fasse dans un avenir prévisible. La stabilité, déjà précaire, subira une pression supplémentaire inévitable en raison des effets du chômage qui touche la frange juvénile du royaume chérifien.