TRANSPORT DE VOYAGEURS ET DE MARCHANDISES À BÉJAÏA

Un poumon qui s'étouffe

Par
image

Depuis le dernier rapport présenté par la commission aménagement et transport de l‘APW de Béjaïa, le secteur n'a pas trop évolué, du moins dans le sens souhaité.

Poumon de l'économie par excellence, le secteur des transports est véritablement à la traîne. Le dernier constat fait par la commission «Aménagement du territoire et transport» de l'APW de Béjaïa l'atteste à bien des égards. Et depuis aucun signe n'est venu atténuer un tant soi peu le rapport accablant de la commission. A la lumière de ce rapport, les réseaux de communication (routes- chemins de fer, voies maritimes et aériennes, etc...) existants demeurent sous-exploités. Ne bénéficiant pas d'une politique adéquate, à même de le propulser de l'avant, le secteur du transport à travers ses différents réseaux affiche une surexploitation, c'est le cas du réseau routier et une sous-exploitation par-là, en l'occurrence pour ce qui est des réseaux ferroviaires, maritimes et aériens.
Selon le rapport de la commission, «au niveau de la gare ferroviaire de Béjaïa, il s'est avéré que seuls trois opérateurs économiques publics (Oaic - Cosider - Infrail) transportent leurs marchandises par la voie ferrée et aucun opérateur privé n'y a recours». Ce qui dénote, aux yeux de la commission «de l'utilisation presque quasi nulle de ce moyen de transport» et «aucun effort n'est consenti par les pouvoirs publics, à sa tête la direction des transports de wilaya, pour y remédier en cherchant les voies et moyens pour inciter et attirer les opérateurs publics et privés à utiliser ce moyen de transport (chemins de fer) afin de mieux le rentabiliser, mais surtout d'alléger le poids qui pèse sur le réseau routier dont la saturation est souvent à l'origine d'accidents mortels, mais aussi une perte de temps et par ricochet des retombées négatives sur le plan économique. A Béjaïa, le transport de marchandises se fait par route. L'augmentation continuelle du nombre de véhicules lourds l'atteste. Le taux de tonnage de marchandises transportées par voie routière dépasse de loin celui effectué par la voie ferroviaire. Le rapport de la direction du transport fait état de 152 opérateurs public de transport propre de marchandises, qui exercent au niveau de la wilaya de Béjaïa ce qui, logiquement, nous donne qu'il y a au moins 152 entreprises publiques économique dans la wilaya de Béjaïa. Un chiffre que la commission conteste en soutenant que «le nombre d'entreprises publiques économiques dans la wilaya de Béjaïa n'a même pas atteint le nombre de 20», qui relève du peu de recours aux contrôles et inspections sur les retours quant à l'état des véhicules et de la marchandise.
Il en est de même pour celui des voyageurs. La voie ferrée à partir de la gare de Béjaïa est certes fréquentée par les voyageurs, mais l'horaire quotidien du premier départ de l'autorail à 6h 35mn ne convient pas aux citoyens. L'arrivée prévue à Alger à 10h33mn, lorsqu'il n'y a pas de retard, ne laisse pas assez de temps pour les usagers de pouvoir régler leurs affaires au niveau de la capitale pour reprendre le même train au retour. «Il y a lieu donc d'avancer l'horaire de ce premier et de reculer celui du retour de cet autorail», préconise la commission, qui propose ainsi un départ à 5h30mn du matin. L'affichage des horaires d'arrivée et de départ et de renseignements sur les consignes de sécurité que doivent observer les voyageurs dans les gares, les quais d'embarquement ainsi qu'à l'intérieur des trains est inexistant à l'intérieur de cette gare ferroviaire, relève la commission, tout comme d'ailleurs le manque d'éclairage sur les quais et faisceaux de manoeuvre. Le même constat est fait pour les autres gares ferroviaires existants sur le territoire de la wilaya, selon Boualem Mimouni, président de ladite commission. Pour ce qui est de la gare routière de Béjaïa, les navettes de 20h30mn et 21h00mn des lignes internes ne s'effectuent pas par les transporteurs, malgré qu'elles soient clairement incluses dans leurs cartes d'horaires. En cette période hivernale, un citoyen de Sidi Aich s'est vu louer une chambre d'hôtel car le dernier départ vers cette ville de la Soummam, prévu à 19 heures, a été annulé.
L'opérateur n'avait pas jugé utile de terminer sa navette. C'est le cas pour le transport routier en commun des voyageurs dans et entre les communes, surtout, rurales vers les pôles urbains (chefs-lieux des daïras), beaucoup de transporteurs n'effectuent pas les dernières navettes de 18h00 ou 18h30mn, malgré qu'elles soient incluses dans leurs cartes d'horaires et s'arrêtent à partir de 16h30mn, de même que ces transporteurs ne respectent point et ne transportent pas les citoyens au terminus des derniers villages tel qu'indiqué sur leurs lignes de transports, ce qui pénalise grandement les citoyens.
De nuit, la galerie commerçante de cette gare est fermée, pénalisant ainsi les voyageurs qui arrivent des lignes inter-wilayas, qui ne trouvent pas où rester et attendre jusqu'à l'heure de leurs prochains départs, surtout en hiver. L'inexistence de guichets de réservation pour les voyageurs des lignes internes de la wilaya crée des entassements énormes jusqu'à déclencher même des bagarres entre les voyageurs sur les quais d'embarquement. La tarification du transport n'est pas aussi respectée dans certaines lignes, d'où un mécontentement quotidien des voyageurs où beaucoup de requêtes des citoyens sont adressées à la direction des transports où aux P/APC, note la commission dans ce rapport, dans lequel il est mentionné que «seuls sept communes recourent aux conventions pour le transport scolaire totalisant (61 bus), alors que la réalité est toute autres vu que la quasi-totalité des 52 communes recourent à ces conventions avec les opérateurs privés de transport public de voyageurs pour transporter les élèves, et où des subventions conséquentes leur sont allouées par l'APW sur le budget de wilaya». Quand au transport par taxi, seules 783 sur 4835 licences attribuées, sont exploitées soit 16,20%. Il est donc impératif pour la direction des transports de la wilaya de Béjaïa d'opter pour une stratégie et des mesures incitatives pour attirer les opérateurs privés à exploiter beaucoup plus de licences, sachant que le transport par véhicules clandestins pullule au niveau de la wilaya avec tous les risques aux usagers et les pertes d'impôts que ces fraudeurs causent à l'Etat.
Pour le transport aérien, l'aéroport Soummam Abane-Ramdane assure des dessertes nationales et internationales et aucune perspective ou inscription d'agrandissement et d'élargissement de cette infrastructure n'est envisagée par les pouvoirs publics. De plus, les schémas de liaison vers les grandes villes du pays à partir de Béjaïa sont restés les mêmes depuis des années. Le transport maritime s'effectue essentiellement vers l'étranger tant pour les voyageurs que pour les marchandises, selon le directeur général de l'EPB, Djelloul Achour.
Beaucoup de questions restent d'actualité. Qu'en est-il du port sec prévu, initialement depuis 2012, à El-Kseur avec annexe à Tala-Hamza et Bordj-Bou-Arréridj (BBA)?
A quand le dédoublement de la voie ferrée? Les contraintes et oppositions sont-elles levées? A quand la mise en oeuvre effective des deux plans de circulation des villes de Béjaïa et Akbou?. Qu'en est-il du tramway et téléphérique prévus à Béjaïa-ville? Ainsi que de la gare intermodale qui est prévue à Ibachiren dans le cadre du Pdau intercommunal de Béjaïa? Le poumon de l'économie s'étouffe à Béjaïa. Le constat est unanime et des mesures s'imposent