DROIT DU PEUPLE SAHRAOUI À L'AUTODÉTERMINATION

L'ONU recadre Mohammed VI

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C'est la réponse du berger à la bergère. Le souverain marocain qui plane, doit redescendre sur terre. Chevillé à ses lubies et solidement cramponné à son fantasme de «Sahara marocain» Mohammed VI s'est senti pousser des ailes en espérant fouler aux pieds la légalité internationale.
Le trône peut-il faire perdre la tête au point de vouloir mettre à genoux la communauté internationale? Pour le monarque alaouite c'est vraisemblablement le cas. Sinon pourquoi aurait-il déclaré, le 6 octobre 2017, qu'«aucun règlement de l'affaire du Sahara n'est possible en dehors de la souveraineté pleine et entière du Maroc sur son Sahara, et en dehors de l'Initiative d'autonomie, dont la communauté internationale a reconnu le sérieux et la crédibilité», à l'occasion de la célébration du 42ème anniversaire de l'annexion du Sahara occidental. Le cavalier seul de l'héritier de Hassan II a buté sur le mur onusien qu'il a osé défier. La réplique est venue du porte-parole du SG de l'ONU qui a été interrogé sur une éventuelle réaction d'Horst Köhler représentant personnel du SG des Nations unies Antonio Guterres, pour le Sahara occidental à propos des déclarations du roi du Maroc. «Il y a un mandat du Conseil de sécurité (conféré) à l'envoyé personnel ainsi qu'à la Minurso, et nous allons continuer ce mandat et poursuivre notre travail», a souligné Stéphane Dujarric lors d'un point de presse qu'il a tenu hier. Le successeur de Christopher Ross a effectué sa première visite dans la région entre le 15 et le 23 octobre. Il s'est rendu dans les camps de réfugiés sahraouis, puis à Alger et Nouakchott. A Rabat première étape de sa tournée, il fut reçu par le roi du Maroc. Rien n'a filtré de leur rencontre. Est-ce un message que Mohammed VI a voulu envoyer à l'Organisation des Nations unies à travers son discours prononcé le 6 novembre à l'occasion de la commémoration de la «marche verte»? L'instance onusienne se refuse à toute polémique. «Je ne vais pas réagir au discours du roi», a ajouté tout en soulignant que «les mandats de Köhler (représentant personnel du SG de l'ONU pour le Sahara occidental, Ndlr) et de la Minurso (Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental, Ndlr) ont été établis par le Conseil de sécurité et c'est sur cette base que le processus de règlement du conflit du Sahara occidental sera poursuivi.» Point barre! Aurait-il pu ajouter. Le porte-parole n'a certes pas répondu au discours du roi. Il n'empêche que sa déclaration s'apparente à un recadrage. Une mise au point. Le souverain marocain ne peut en effet ignorer que le Sahara occidental figure sur la liste de l'ONU des territoires non autonomes qui restent à décoloniser. Le Maroc, qui l'a annexé en 1975, n'est pas reconnu par les Nations unies comme autorité administrante. Comme il ne peut faire fi de toutes les résolutions votées par le Conseil de sécurité qui, sans exception ont affirmé le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination. Une position qui ne peut que menacer l'instabilité du Maghreb. L'esprit du message de Mohammed VI est clairement belliciste. C'est vraisemblablement ce qui a provoqué la rencontre entre le président sahraoui, Brahim Ghali et le Premier ministre Ahmed Ouyahia. Une réunion à laquelle ont pris part le ministre des Affaires étrangères sahraoui Mohamed Salem Ould Salek et le chef de la diplomatie algérienne, Abdelkader Messahel. Une consultation qui «s'inscrit dans la tradition de concertation entre les deux pays» a indiqué un communiqué du Premier ministère. Les entretiens «ont notamment permis de procéder à une évaluation de la situation de la question du Sahara occidental aux niveaux régional, africain et international et de passer en revue l'état de la coopération entre la Rasd et l'Algérie», a ajouté la même source. Il faut souligner que dans ce conflit qui oppose le Front Polisario au Maroc, la position de l'Algérie n'a pas varié. Elle a toujours soutenu les efforts de l'envoyé spécial de l'ONU pour aboutir à une solution juste et équitable qui garantit au peuple sahraoui le droit à l'autodétermination comme l'a signifié le Conseil de sécurité de l'ONU à travers toutes ses résolutions. Une disposition à laquelle Mohammed VI ne veut pas souscrire. L'ONU vient de lui rappeler qu'il n'est pas le maître à bord.