ILS MENTENT SUR LEURS VÉRITABLES FONCTIONS

Le premier "péché" des candidats

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«A ttends, attends! N'est-ce pas la femme de ménage de l'entreprise qui est sur cette affiche électorale?», demande un jeune à son collègue avec qui il flânait dans les ruelles de Dar El Beïda (banlieue est d'Alger). «Oui, c'est elle, mais regarde la fonction, il y est inscrit qu'elle est cadre dans une compagnie (celle où elle travaille effectivement comme agent d'entretien, ndlr)», lui répond son ami tout étonné.
En fait, il n'a pas à l'être car cette dame n'est pas un cas isolé. Mentir sur sa véritable fonction est à la mode chez nos candidats qui préfèrent s'inventer une carrière que d'assumer leur vrai métier. On cite comme autre exemple cet agent de sécurité à la Sonatrach, candidat dans la commune d'El Mohammadia (banlieue d'Alger), qui, sur les affiches électorales travaille comme cadre supérieur. Dans une commune de la wilaya de Mila, un plombier est devenu après affichage, ingénieur d'Etat en hydraulique. A l'ouest du pays, un «hallab» spécialisé dans la contrebande d'essence a tout simplement décidé de se faire passer pour le gérant d'une société d'import-export, quoiqu'il n'a pas totalement tort! Dans une autre commune de l'ouest du pays, un jardinier, après passage sur la liste électorale, est devenu ingénieur agronome! Que dire alors de ceux qui sont présents pratiquement dans toutes les listes électorales en tant que journalistes freelance alors qu'en réalité ce sont des «blogeurs»? D'autres, plus malins, ont joué sur les mots en utilisant un verbatim des plus compliqués. Comme celui que nous appellerons Amine. Candidat dans une petite commune de l'Algérois, il travaille comme prothésiste dentaire chez un dentiste bien connu de la ville. Amine a trouvé le moyen de décrire son métier d'une façon des plus intrigantes en lui donnant le nom de «spécialiste des organes artificiels».
Contrairement aux autres, il n'a pas menti, mais bon...! Il y a aussi ceux qui sont à la retraite et qui ne veulent pas dévoiler leur métier alors ils écrivent tout simplement: retraité! Cela pendant que d'autres ont carrément «zappé» cette case. Comme cet ancien «indicateur» de la police, qui n'a jamais travaillé de sa vie, avant de découvrir la politique et ses bienfaits. Evidemment, il n'a aucun CV à afficher. Alors il a laissé la case vierge! Ces candidats avant même d'avoir été élus se sont donc permis de petits mensonges pour «gonfler» leurs CV. Ce premier «péché» n'est pas là pour rassurer les électeurs. Comment faire confiance à quelqu'un qui a menti sur quelque chose d'aussi important que son CV et lui confier les destinées de sa commune? C'est comme se marier et découvrir par la suite que son conjoint nous a menti au début de notre relation sur sa vraie fonction! Ces mensonges qui sont des secrets de Polichinelle, du fait que l'élection est locale, tout le monde se connaît, connaît le «pédigrée» de l'Autre, le pot aux roses est vite découvert. Ce qui fait que comme avec les affiches de la honte, ces mensonges touchent directement à la crédibilité des élections. Ce qui conforte donc les abstentionnistes dans leur choix et fait douter les indécis. On a l'impression que les candidats ne se préoccupent pas réellement de ce que pensent les Algériens, ils jouent simplement une pièce théâtrale où le plus drôle, pour ne pas dire le plus riche, gagnera...!