PARTENARIAT ÉCONOMIQUE

Un jeudi "fructueux" pour le gouvernement

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Le Premier ministre et trois de ses ministres ont connu un jeudi assez «passionnant» au plan économique et financier.

Ahmed Ouyahia, Abderrahmane Raouïa et Youcef Yousfi ont eu, avant-hier, des entretiens qui tous ont convergé sur le partenariat économique qu'entrevoit l'Algérie à court et à moyen terme pour donner du sens à la volonté de diversifier l'économie du pays. La journée du jeudi était donc très fructueuse, économiquement parlant, d'autant que l'un des interlocuteurs n'était autre que Lord Richard Risby, représentant de la Première ministre britannique pour le partenariat économique avec l'Algérie. Il faut dire au passage que Lord Risby est à Alger en sa qualité d'envoyé spécial de la Première ministre britannique. Il représente son pays pour la commémoration du 75ème anniversaire du débarquement des Alliés en Afrique du Nord. Même s'il est venu avec une casquette diplomatique, le responsable britannique n'est pas moins soucieux de sa mission originelle, à savoir trouver des opportunités d'affaires mutuellement profitables pour son pays et l'Algérie.
Reçu par le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, Lord Richard Risby, a évoqué avec son hôte «la nécessité de développer davantage les relations économiques en dehors du secteur des hydrocarbures, à travers la dynamisation des investissements des entreprises britanniques en Algérie au regard du grand potentiel qu'offre le marché algérien», souligne un communiqué du Premier ministère, histoire de mettre la lumière sur la détermination du gouvernement algérien à ne rien laisser, lorsqu'il est question de coopération. La Grande-Bretagne, actuellement en «instance de divorce» avec l'Union européenne, promet une approche beaucoup plus volontariste dans son partenariat avec l'Algérie. L'annonce a d'ailleurs déjà été faite et la mission de Lord Risby qui a cours depuis plusieurs années, prend un sens autrement plus pratique. D'où la prédominance du discours économique dans les entretiens qu'il a eus avec le Premier ministre.
Il y a lieu de souligner que l'audience accordée par Ahmed Ouyahia vient clore une série de discussions entre le représentant de la Première ministre britannique pour le partenariat économique avec l'Algérie et des responsables de l'Algérie. On retiendra dans le lot, le tête-à-tête avec le ministre de l'Industrie et des Mines, lors duquel Youcef Yousfi a mis l'accent sur le partenariat algéro-britannique, hors hydrocarbures. Le ministre algérien a insisté sur la dynamisation des investissements britanniques en Algérie. «Aujourd'hui, nous avons discuté de la possibilité de développer des partenariats dans l'industrie agroalimentaire, l'industrie des mines, l'industrie pharmaceutique et la formation, notamment dans les secteurs spécialisés». Plus que les aspects quelque peu «théoriques», la partie algérienne a, pour la première fois, ouvertement évoqué la possibilité d'exportation de certains produits industriels algériens. Pour Lord Risby, la coopération commerciale est très possible et des perspectives prometteuses peuvent être envisagées. Autant dire que le message algérien a bien été saisi, car l'Angleterre de l'après-Brexit donne l'impression d'être plus attentive aux possibilités qu'offre un partenariat avec l'Algérie. On rappellera au passage que plusieurs entreprises britanniques sont déjà présentes en Algérie, à l'image de GSK et Astrazeneca dans l`industrie pharmaceutique, Unilever dans la production des détergents, Eire Mazraa dans l`élevage pour la production de lait et HSBC dans la finance.
La coopération algéro-britannique a également été au menu d'un autre tête-à-tête, entre le ministre de l'Energie et l'ambassadeur du Royaume-Uni. L'Energie, le casse-tête du gouvernement, en raison d'une loi sur les hydrocarbures inadéquate avec les enjeux de l'heure, a concentré l'essentiel des discussions. La coopération énergétique entre les deux pays est certainement fonction de la révision de la loi, mais encore faut-il en parler, pour définir les intérêts des uns et des autres et informer la partie britannique des intentions du gouvernement en la matière. La démarche n'est donc pas simplement protocolaire, mais disons-le, dynamique, avec un partenaire sérieux et, qui plus est, a besoin de consolider sa position en Algérie. Laquelle gagnerait en matière de formation et de transfert de technologie et de savoir-faire. Le même jeudi, le ministre de l'Industrie et des Mines a reçu une délégation du Fonds monétaire international conduite par le chef de division au département Moyen-Orient et Asie centrale au sein de cette institution, M.Jean- François Dauphin. Youcef Yousfi a rappelé «les axes majeurs de la stratégie du gouvernement pour développer l'industrie et promouvoir la production nationale dans le cadre d'une stratégie de diversification de l'économie», rapporte un communiqué de son département. Quelques secteurs stratégiques en phase avancée de maturation devraient donner le signal à la diversification économique, à travers des activités d'exportations significatives, à court terme. Le ciment et la sidérurgie sont en tête de liste de ces filières industrielles. Cette entrevue a ceci d'intéressant est qu'elle permet au gendarme du monde d'apprécier la solidité de l'économie algérienne, ce qui constitue, en soi, un appel aux investisseurs potentiels.
Le nécessaire déploiement de l'Algérie à l'international suppose une position financière sans faille. Ainsi, après un séjour londonien où il a eu l'occasion d'intéresser les responsables de la «City», le ministre des Finances a reçu dans son bureau, les représentants diplomatiques de deux autres grandes places financières que sont la Suisse et les Emirats arabes unis. Il est entendu que le travail d'approche de Raouïa est nécessaire pour donner du tonus à un système financier, aujourd'hui sclérosé, et susceptible d'être la raison d'un échec historique s'il n'est pas concerné par une réforme structurelle profonde.
On aura compris que le Premier ministre et trois de ses ministres ont vécu un jeudi assez «passionnant» au plan économique et financier. Pourvu que l'action suive ces entretiens que tout le monde a qualifiés de fructueux.