LE SYNDICAT OPTE POUR UN IMAM ET UN AVOCAT COMME MÉDIATEURS

Cnapeste: les masques tombent!

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Toute initiative pour le règlement de ce conflit qui n'a que trop duré, est la bienvenue. Cependant, il faut relever que le consentement donné par le syndicat à l'initiative de l'imam et l'avocat, est intervenu quelques heures seulement, après son offre de dialoguer avec un ministre hors tutelle. A croire que l'offre en question n'était qu'un préalable à l'entrée en scène d'un imam.

Pour la sauvegarde de l'intérêt de l'élève, Nouria Benghebrit est prête à faire un pacte avec le diable. La ministre de l'Education nationale s'est certes montrée ferme face à la grève du Cnapeste (le Conseil national du personnel enseignant du secteur ternaire) dont le jusqu'au- boutisme a poussé au pourrissement, elle n'a cependant jamais fermé la porte au dialogue constructif et a même affiché sa volonté de prendre en charge toutes les revendications réglementaires. Et à bien voir, la ministre n'a même pas opposé de la fermeté face à l'entêtement du Cnapeste. Elle s'est suffi de prendre une suite de décisions cohérentes allant dans le respect des procédures et des lois de la République. Et c'est ce qui a conduit à la mise à nu de ce syndicat, dont les revendications socioprofessionnelles n'ont finalement été qu'une mise en scène, dissimulant les vraies raisons du déclenchement d'une grève illimitée dans le secteur. Il est clair aujourd'hui que le bras de fer déclenché visait à faire tomber la tête de Benghebrit. Sinon, comment s'expliquer qu'un syndicat qui choisit un moyen de pression pour faire aboutir ses revendications, refuse la négociation avec la ministre de tutelle et propose d'entamer les pourparlers avec un ministre «hors tutelle», à savoir celui du Travail. Et avec l'entrée en scène, hier, de la médiation d'un imam, à savoir Ali Aaya, un ex-du Front islamique du salut (parti dissous), les choses semblent beaucoup plus claires. L'imam, Ali Aaya, et un avocat connu des médias, Nadjib Bitam, ont été reçus hier matin par la ministre de l'Education. Les deux hommes proposent une initiative qui va permettre une conciliation entre la tutelle et le Cnapeste. Leur déplacement au siège du ministère de l'Education n'est intervenu qu'après l'aval du Cnapeste. Ce consentement donné par le syndicat à l'initiative de l'imam et l'avocat est intervenu, quelques heures seulement, après son offre de dialoguer avec un ministre hors tutelle. A croire que l'offre en question n'était qu'un préalable à l'entrée en scène d'un imam, pour dénouer le conflit entre le Cnapeste et Nouria Benghebrit. D'ailleurs, dès que la ministre a donné son accord pour l'initiative de MM. Aaya et Bitam, le syndicat s'est montré beaucoup plus flexible en annonçant sa prédisposition à discuter. Toute initiative pour le règlement de cette contestation, qui n'a que trop duré, est certes, la bienvenue. Et l'acceptation de la ministre de l'Education entre dans cette logique. Cependant, il est à s'interroger sur les capacités d'un imam à prendre part aux négociations entre deux parties en conflit portant sur une plate-forme de revendications? Ce dernier a, à ne pas en douter, les vertus à apaiser les esprits en colère et à les amener à fléchir ou même à faire des concessions, mais sûrement pas à présenter des solutions médianes sur des questions spécifiques au secteur. Ce sera peut-être le rôle du juriste qui accompagne l'imam. Mais dans ce cas-là, pourquoi avoir attendu cette initiative pour accepter les négociations, puisque les experts des questions juridiques ne manquent pas ni au niveau du ministère de l'Education ni celui du Travail ni même ailleurs? La réponse semble évidente. Il s'agissait plus d'un chantage exercé contre l'Etat, visant à démettre la ministre de l'Education. Un chantage qui n'est en fait que le prolongement d'une série d'attaques menées par des islamo-conservateurs contre Mme Benghebrit depuis sa nomination à la tête de l'Education et avant même son installation. Il lui a été reproché sa supposée origine «juive». La ministre a également été attaquée pour avoir évoqué l'idée d'introduire l'arabe dialectal dans l'enseignement. Elle a été accusée d'appliquer un «programme de destruction de l'école algérienne, imposé par la France». Les islamo-conservateurs n'ont pas attendu, pour ne pas dire ils ont accouru, pour faire signer une pétition aux députés exigeant le départ de la ministre après le scandale des fuites des sujets du baccalauréat 2016. Les attaques contre Mme Benghebrit ont été nombreuses. Cette dernière qui sait pertinemment que les islamo-conservateurs guettent son moindre faux pas, avance sur un chemin miné, mais n'a pas l'intention de reculer. Ni d'abdiquer. La ministre qui a, dès le début, parlé de la «modernisation» de l'école, a été considérée par les obscurantistes, comme une menace réelle pour les valeurs du pays. Elle est devenue, depuis, la femme à abattre. Malgré cela, la ministre, toujours méthodique, pertinente et inflexible sur ses positions, reste décidée à mener à bien la mission qui lui a été confiée à la tête du secteur de l'éducation.