MARCHÉ DE BACH DJERRAH

Un air de Ramadhan avant l'heure

Par

A la question de savoir si elle était une habituée de ce marché, une dame très correctement vêtue, ne s'est pas fait prier pour répondre: «Je ne viens que le week-end, mais j'y reviens régulièrement d'autres jours aussi pour profiter de l'offre abondante, de qualité pour celui qui sait quoi et comment acheter, et surtout pour les prix imbattables qui y sont pratiqués.»
Cette réponse spontanée se vérifie dès lors en effectuant une «tournée», pour le moins harassante, dans cette «cour des Miracles», qui ne dit pas son nom, dont s'est emparée une foule envahissante en ces jours de «awachir» précédant le mois sacré du Ramadhan. D'autres personnes interrogées, ici et là, ont confirmé cet avis en soulignant que c'est un marché de «zaoualias», appuyant, les uns les autres, sur les prix abordables pratiqués.
Les prix sont en effet «raisonnables» quand on voit le «maître légume» du Ramadhan qu'est la tomate se négocier entre 120 et 140 DA/kg, la pomme de terre de saison surfer entre 33 et 45 DA/kg ou encore l'artichaut proposé de 55 à 80 DA/kg...il y a de quoi se réjouir en ces temps de
disette où tous les prix s'enflamment et brûlent les petites bourses que traînent nombre de citoyens lambda qui «ne savent plus à quel saint se vouer» pour reprendre l'expression d'usage. Les citrons se négocient à 200/200 DA/kg, les haricots verts (220 DA) la salade de 120 à 150 selon, alors que l'ail frais est proposé à 200 DA/kg... Avant de pénétrer dans le marché bâti, nous longeons des trottoirs squattés totalement par des marchands ou même des camions venus aux aurores le matin pour s'y frayer une place «d'or» et vendre leurs produits maraîchers.
On y trouve de tout. Des légumes à même les cageots ou paniers, des épices qui occupent une place de choix en perspective des plats et mets du Ramadhan, mais aussi de la vaisselle. C'est à croire que les Algériens n'ont pas de vaisselle pour cuire leurs aliments ou pour les servir. Tout un chacun cherche à «changer» sa marmite pour le nouveau Ramadhan, et en terre cuite pardon! Tous les fantasmes culinaires s'y déversent espérant trouver leur satisfaction.
Il y a lieu de préciser que les ingrédients de table (variantes: olives, cornichons et autres produits d'assaisonnement frais) ne sont pas en rade. Cependant il nous a été précisé que les produits conditionnés ont connu une «hausse de 20 à 40%» par rapport à ceux vendus en «vrac» dont les prix sont restés «stables». Un certain frémissement caractérise toutes ces dizaines de ménagères, voire des centaines venues de différents quartiers d'Alger en quête d'une «affaire» ou tout simplement pour remplir leurs couffins de produits non périssables quand même au vu de l'approche imminente du mois sacré.
Le «rayon poisson» montre un piteux aspect bien que les prix pratiqués soient plus abordables qu'ailleurs, mais que choisir entre le poisson du pauvre, qu'est la sardine, à 800 DA/kg et l'espèce de poisson bleu offert à 500 DA/pièce? L'on regarde, en demandant parfois les prix, certainement et souvent par curiosité, et l'on passe son chemin...