LES EUCALYPTUS QUATRE JOURS AVANT LE JOUR «J»

Immersion dans un marché de gros

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Le volume des ventes a pratiquement doublé ces dernières quarante-huit heures. Les prix sont des plus abordables, mis à part quelques fruits.

Les collecteurs livreurs de fruits et légumes en gros le préfèrent de loin aux autres marchés de gros de fruits et légumes que compte le pays, pour deux raisons évidentes: la première c'est que celui des Eucalyptus (banlieue sud de la capitale), c'est de lui qu'il s'agit, a acquis cette réputation de véritable baromètre des prix, la seconde réside dans le fait que tous les acteurs de ces lieux, non seulement ne chôment pas, mais y trouvent leur compte. Du coup il devient facile de se faire une idée sur le volume des ventes au quotidien, dans cet espace. Il le sera encore plus, comme il est de tradition à quelques jours du mois de Ramadhan d'observer que les quantités livrées et vendues vont facilement augmenter. L'Expression s'est rendu hier tôt dans la matinée le vérifier et par là même, en savoir un peu plus sur la mercuriale et sa tendance à partir des données recueillies auprès des acteurs de cette enceinte.
Bien avant les premières lueurs du jour une file de camions au gabarit presque identique et dont les plaques minéralogiques renseignent de l'attractivité qu'exerce le marché de gros des fruits et légumes des Eucalyptus sur les collecteurs livreurs de fruits et légumes frais commence à s'allonger. Et pour cause: l'entrée au marché est payante. Le tarif est le suivant: 400 DA pour les gros tonnages, 200 DA pour les moyens tonnages et 100 DA pour les camionnettes. L'attente pour pouvoir accéder à l'enceinte du marché paraît longue pour nombre de camionneurs. Il faut savoir, selon l'administration, qu'en moyenne 300 véhicules par jour accèdent au marché. Une fois le ticket d'accès à la main, les camionneurs vont s'empresser chacun de rallier le perron des hangars, hauts de un mètre par rapport au sol pour que de la sorte ils puissent facilement soit effectuer leurs achats, soit déposer quelques cageots à même le perron, faisant ainsi office de vitrine. Et en moins d'une heure il ne restait aucune place sur les deux côtés des hangars principaux, car réunissant le plus grande nombre de carrés en activité. Il ne restait plus à ceux en queue de file que de se résigner à prendre place à quelques mètres des hangars. Un éloignement synonyme de baisse d'activité, mais qu'à cela ne tienne, ces derniers vont se débrouiller pour faire venir des clients, pour ceux qui ont une cargaison à écouler. Cela anime les allées qui séparent les hangars et parfois même crée des goulots d'étranglement où il devient difficile de circuler, rendant ainsi la tâche difficile aux centaines de charretiers qui proposent aux détaillants de transporter leurs cageots à l'endroit où est stationné leur véhicule moyennant un prix fixe de 20 DA le cageot. Il faut souligner que ces charretiers, dans un va- et-vient incessant, sont là depuis les premières lueurs du jour. Un «métier» saisonnier pour certains tandis que d'autres l'«exercent» à longueur d'année.
Une activité éreintante car souvent les cageots chargés sur la charrette se comptent par dizaines et il leur faudra donc fournir de gros efforts sur le point de déchargements et cela en un temps record dans la perspective de trouver un autre client. Certains parmi ces derniers nous ont montré leurs mains rugueuses non sans avouer qu'ils abandonneront leur activité à la première occasion qui se présente. D'ici là, Habib à la silhouette frêle et qui n'a que 16 ans va continuer à trimer «pour que mes quatre frères et soeurs et leur mère puissent manger à leur faim et payer nos charges», nous a -t-il fait savoir. Un autre charretier que nous avons apostrophé bien avant qu'il entame le chargement de sa charrette chez un mandataire est âgé de 24 ans, mais Ali, c'est son prénom, dont le front est déjà sillonné par des rides «précoces», regrette d'avoir quitté les bancs de l'école si tôt et de ne trouver d'autres perspectives que de transporter des cageots à longueur de matinée et 6jours sur 7.
Sur les carreaux des mandataires, des détaillants pointent leur nez, s'approchent des monticules de cageots, les scrutent pour ne pas tomber dans le piège du fardage, une pratique courante, s'enquièrent du prix demandé et s'éloignent comme ils sont rentrés. C'est d'ailleurs leur procédé: faire le tour d'un maximum de carreaux et revenir au carré où le rapport qualité /prix est des plus intéressants.. «On achète en grandes quantités en venant ici, pour la simple raison que ce n'est pas partout que les prix sont abordables», nous a lancé Mokdad un détaillant exerçant à Chéraga, qui ne nous a pas caché que c'est seulement ici qu'il réalise de bonnes affaires. Comme il a tenu à nous dire qu'ici les prix parlent d'eux-mêmes.
Toujours à propos de prix, il est utile de souligner que lors de notre passage à chacun des carreaux, nulle trace d'affichage de prix, seulement de grands bouts de papiers collés au mur depuis belle lurette au point où ce qui est indiqué (les prix) n'est plus lisible.
Cela dit, les collecteurs livreurs ainsi que les détaillants que nous avons pu interpeller s'accordent à dire que le marché de gros de fruits et légumes des Eucalyptus est devenu un véritable baromètre des prix de gros. «C'est ici que l'on se fait une idée exacte sur la tendance du marché. Les prix peuvent fluctuer en moins d'une journée et parfois en une demi-journée. Je pourrais même avancer que c'est ici que les prix pratiqués à travers le territoire national sont fixés», nous a renseigné Mohamed Medjebeur président de l'Association des mandataires et possédant plusieurs carrés au niveau du marché des Eucalyptus. Selon ce dernier, il serait intéressant de transformer le marché en une grande plate- forme de vente en gros où convergerait tout ce que produit de mieux notre agriculture. Un projet qui a de fortes chances de se concrétiser «tant notre marché dispose de toutes les commodités nécessaires et utiles pour en faire une grande plate-forme pour la distribution à grande échelle et le point de départ des marchandises destinées à l'export», nous a indiqué Mounir Ayad, DG de l'Etablissement public de gestion des marchés de gros des fruits et légumes.
Il est 11 heures, le marché se vide peu à peu. Les dernières camionnettes des détaillants de la capitale prennent le chemin du retour pressés de garnir leurs étals de fruits et légumes de très bonne qualité. Quant aux prix qu'ils vont afficher, nous le saurons dans quelques jours.