4 ENFANTS MAROCAINS SUR 10 VIVENT DANS LA PAUVRETÉ

La face hideuse du royaume

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Un pays qui veut miser sur l'avenir parie sur sa jeunesse, sa génération montante. Le Maroc en a apparemment décidé autrement. Il a opté pour les privilèges d'une classe qui squatte les allées du Palais royal, des lèche6bottes et des adeptes du baisemain. Un conglomérat garant de la pérennité d'une monarchie qui puise son fondement dans les inégalités sociales. Les statistiques d'une étude menée conjointement par l'Observatoire marocain du développement humain (Ondh), le ministère marocain de la Famille, de la Solidarité, de l'Egalité et du Développement social et l'Unicef (Fonds des Nations unies pour l'enfance) le démontrent. Quatre enfants sur 10 vivent dans une situation de pauvreté multidimensionnelle au Maroc, indique cette enquête sur «le profil de la pauvreté des enfants au Maroc» rendue publique le 11 mai. Les risques d'être en situation de pauvreté multidimensionnelle sont plus élevés pour la petite enfance (0-4 ans) et pour les adolescents de 15-17 ans est-il souligné. Même pour l'accès à l'eau les têtes brunes du royaume ne sont pas loties à la même enseigne. Seul
«Un enfant sur quatre vit dans un ménage qui a accès uniquement à des sources d'eau non améliorées, tandis qu'une disparité substantielle est observée selon le milieu de résidence (presque la moitié des enfants du rural est privée de l'accès à des sources d'eau appropriées contre 3% du milieu urbain)», signale la même source. Qu'en est-il du domaine de la santé? «13,4% des enfants de 0-4 ans en sont privés» indique l'enquête qui souligne que «Les mères d'environ un enfant sur quatre du milieu rural n'ont pas bénéficié des soins prénataux adéquats, notamment à cause des contraintes d'accès à l'infrastructure sanitaire de base.». En ce qui concerne l'assurance maladie 66% des enfants entre 0 et 4 ans en sont privés dans le milieu rural contre 44% dans le milieu urbain, précisent les statistiques, qui font état d'un taux de 27% des enfants de cette tranche d'âge qui sont touchés par la malnutrition. Une détresse à laquelle s'ajoutent des revendications sociales qui attestent d'une mal-vie chronique dans un pays qui a fait d'une fantomatique défense de son intégralité territoriale sa planche de salut.
La situation est toujours explosive dans le Rif région rebelle qui porte en elle les séquelles des violences du régime de Hassan II après qu'un jeune poissonnier, Mouhcine Fikri, y a été broyé par une benne à ordures, au mois d'octobre 2016, sous le regard de policiers qui lui ont saisi sa marchandise qu'il a vainement tenté de sauver. Depuis le début de l'année le Maroc s'est enflammé à son flanc nord. Jerada, une ancienne ville minière, est en ébullition depuis que deux frères piégés dans une galerie désaffectée d'extraction de charbon, ont péri. La presse de l'Hexagone, réputée de ne pas jeter de l'huile sur le feu lorsque la grogne sociale s'empare du royaume, n'a pu taire ces événements dramatiques... Les plumes ont redoublé d'ardeur au point de faire ressurgir les moments les plus douloureux que vivent les populations des régions déshéritées du royaume.
Les «manifestations de la soif» contre des coupures d'eau récurrentes à Zagora, dans le Sud désertique, en octobre 2017 ont refait surface. Les manifestations de 2007 contre la hausse des prix des produits alimentaires de base qui avaient secoué Sefrou (centre) ont été ressuscitées. Une détresse sociale qui met en exergue la face hideuse du royaume.