LES CONFLITS EN LIBYE ET DANS LE SAHEL PRÉOCCUPENT L'ONU, L'AFRICOM ET L'UE

Ballet diplomatique à Alger

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Le positionnement politique «non négociable» de l'Algérie constitue l'essentiel de sa crédibilité sur les dossiers libyen, malien et plus globalement sahélien.

Incontournable sur tous les dossiers chauds du Maghreb et du Sahel, l'Algérie est systématiquement consultée par l'ensemble des acteurs impliqués de près ou de loin dans les conflits libyens, maliens et dans tout le Sahel. Principal moteur de l'accord historique inter-malien et voix très écoutée dans le conflit libyen, Alger est non seulement une force de stabilité pour toute la région, aux dires de tous les diplomates qui ont eu à intervenir sur les dossiers maghrébin et sahélien, mais c'est également un interlocuteur privilégié pour les parties en conflit. A équidistance entre les belligérants à l'exception des groupes terroristes, l'Algérie entretient des relations continues avec les gouvernements de la région. Cela fait d'elle un point de convergence pour les puissances mondiales impliquées dans les conflits qui minent le Sahel. Le positionnement politique «non négociable» de l'Algérie qui retient la non- ingérence dans les affaires internes et des Etats et la primauté accordée aux solutions inclusives, même critiquées par les Français et les Américains, il y a quelques années, constituent l'essentiel de la crédibilité d'Alger sur les dossiers libyen, malien et plus globalement sahélien. Cette donnée, rappelée récemment par un rapport produit par un groupe de parlementaires français, confirme le caractère incontournable de l'Algérie dans la recherche des solutions dans les pays en butte aux problèmes de sécurité. Il est entendu que si les rédacteurs du rapport, comme tous les gouvernements de l'Union européenne s'intéressent tant à cette région du monde c'est en raison du risque migratoire qu'elle sous-tend. L'explosion du Maghreb et du Sahel auraient des effets chaotiques sur l'Europe. Plus que les intérêts «étroits» des Européens, en grande partie responsables du chaos libyen et la grande fragilisation du Mali, il y a un désir «stratégique» de stabiliser la région. L'Onu qui a pris en charge la question libyenne et s'emploie à mettre en place les conditions d'une solution inclusive, telle que proposée par l'Algérie, a dépêché, très récemment l'envoyé spécial de son secrétaire général, Ghassen Salamé. Reçu par le ministre des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, Salamé a affirmé que «l'Algérie est en droit légitimement de s'intéresser à la situation en Libye eu égard aux liens profonds qui unissent les deux pays et de la longue frontière qu'ils partagent», saluant «la disponibilité constante de l'Algérie à aider la Libye à sortir de l'impasse politique dans laquelle elle se trouve». Un témoignage probant du poids de l'Algérie, dont le travail diplomatique sur le terrain a permis à ce pays d'éviter l'embrasement généralisé. Les multiples rencontres à Alger entre les factions libyennes et les nombreuses tournées du ministre des AE dans toutes les régions de la Libye apportent un substrat intéressant pour la mission de Ghassen Salamé.
La zone d'influence de l'Algérie va bien au- delà de la Libye. Son action certaine pour la stabilisation du Niger et du Mali permet à tout le Sahel de maintenir un minimum de cohésion, donnant toute sa signification au Comité d'état-major opérationnel conjoint (Cemoc). Une instance transpartisane qui joue un rôle central dans la coordination entre les armées de la région dans la lutte antiterroriste et donne un signal fort de la volonté de tous les pays du Sahel de refuser des ingérences militaires directes. L'Algérie contribue financièrement et matériellement à l'équipement des armées des pays du Sahel pour leur donner les moyens de combattre par eux-mêmes les terroristes. L'attitude opérationnelle de l'Algérie et son engagement en faveur de la non-ingérence, en a fait un interlocuteur central du commandement de l'Africom. Le premier responsable de ce corps d'armée américaine est régulièrement reçu en Algérie pour des consultations et à chacune de ses visites, le général Thomas D. Waldhauser relève que son pays et l'Algérie «travaillent ensemble en qualité de partenaires égaux pour construire un avenir meilleur, pas seulement en Algérie, mais partout en Afrique du Nord».
Le général américain a souligné lors de son dernier séjours à Alger que «grâce à un partenariat solide, nos pays sont mieux capables de combattre les causes profondes du terrorisme et de promouvoir la paix et la stabilité». C'est dire que l'Algérie n'est pas vue comme un petit pays dans une mosaïque régionale, mais un partenaire et une force de stabilité pour le Maghreb, le Sahel et même au-delà.