MOHAMED HADJ DJILANI, PREMIER SECRÉTAIRE DU FFS, À L'EXPRESSION

"Nous nous battons pour une alternative démocratique"

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Le premier secrétaire du Front des forces socialistes, Mohamed Hadj Djilani, reconduit pour la deuxième fois à la tête du secrétariat national par l'instance présidentielle, revient dans cet entretien sur la période de crise statutaire qui a caractérisé le parti. Il abonde aussi sur le volet qui a trait à la nouvelle feuille de route du FFS dans la perspective de la préparation du 6ème congrès qui se déroulera en 2019. Hadj Djilani s'attarde sur les actions à mener sur le plan politique par rapport à la situation globale du pays.


L'Expression: Le FFS vient de sortir d'une crise statutaire qui l'a rongé pendant des mois. Est-ce le retour à la normalité ou juste une période en attendant le congrès national en 2019?
Mohamed Hadj Djilani:
Il y a lieu de signaler en premier lieu, que de par la qualité des débats démocratiques et transparents qui ont eu lieu dans ses structures, au niveau du conseil national, notamment et de par le déroulement serein et démocratique de son congrès extraordinaire, le FFS vient de donner une leçon de démocratie à l'ensemble des acteurs politiques algériens, à ceux gouvernant le pays en particulier. La crise de gouvernance qui ronge notre pays ne pourra être résolue que si seulement le pouvoir accepte d'asseoir un véritable débat et de véritables institutions démocratiquement élues par le peuple.
Les militants du FFS, en choisissant en toute démocratie l'instance présidentielle au rythme d'un congrès extraordinaire réussi, organisé de surcroît un 20 avril, journée de la démocratie, ont prouvé leur maturité et leur sens des responsabilités, ils sont donc à féliciter. Ceci dit, quelles que soient les situations que peut traverser notre parti, les militants que nous sommes, respectueux de ses textes et de ses valeurs, trouvons toujours les voies et les moyens de les transcender.

Votre parti a fait du consensus son leitmotiv dans sa littérature politique quant à la situation politique du pays. Ce consensus est-il un moyen durable dans le règlement des situations conflictuelles et de luttes de clans comme cela est appelé?
L'idée du consensus ne date pas d'aujourd'hui, l'histoire de l'Algérie montre à l'évidence que l'appel de Novembre et les résolutions du congrès de la Soummam, auxquels nous demeurons profondément attachés, avaient défini les termes d'un consensus national fondamental et fondateur, c'est donc pour nous la reconstruction de ce consensus qui demeure la solution la moins coûteuse à la crise. Le statu quo qui caractérise la situation actuelle, aussi bien que la crise morale, la crise économique et les injustices sociales trouvent leurs sources respectives dans l'absence d'un consensus national, dans le pays.

Il est dit que votre reconduction à la tête du secrétariat national est un prolongement de la réélection de Ali Laskri au sein de l'instance présidentielle (IP) lors du dernier congrès extraordinaire. Peut-on dire que votre désignation comme premier secrétaire pour la deuxième fois est l'émanation de la nouvelle reconfiguration au sein de l'instance dirigeante du parti et à sa tête Ali Laskri?
En effet, l'instance présidentielle vient de me nommer premier secrétaire du FFS. Mes remerciements les plus chaleureux vont à ses membres, je ne ménagerai aucun effort pour être digne de la confiance placée en ma personne.
Mes salutations les plus chaleureuses vont à l'ensemble des militantes et militants du FFS, qui sont appelés dans les jours à venir, à mener un travail colossal pour rehausser le parti à tous les niveaux, leur apport et leur implication seront déterminants dans la réussite de la mission dans laquelle nous avons été investis.
Ma nomination a coïncidé avec le 1er Mai, Journée internationale des travailleurs. Pour le militant syndical que je suis, cette nomination me renforce dans la nécessité de rappeler la solidarité effective de notre parti à mener le combat aux côtés des forces vives de la société. Ma pensée la plus chaleureuse est allée à la mémoire de Hocine Ait Ahmed qui restera pour nous tous un repère. Cette nomination est beaucoup plus une responsabilité qu'une récompense. Ceci dit, au FFS nous n'aspirons pas aux postes de responsabilités autant que nous aspirons à bâtir une alternative au pouvoir usurpateur qui depuis plus d'un demi-siècle, prive le peuple algérien de son droit à l'autodétermination. Le plan d'action que nous avons présenté devant le conseil national et qui a été adopté à l'unanimité de ses membres, est marqué par un engagement solennel à accompagner les forces autonomes qui luttent pour le changement.
Il s'inscrit dans la continuité de notre appel du 1er Novembre 2017 pour l'Etat social, et de celui du 1er mai 2018 en direction des travailleurs, des femmes, des jeunes et des journalistes.

Envisagez-vous réellement d'entamer un assainissement somme toute «démocratique», une formule chère au membre de l'instance présidentielle, Ali Laskri? Cela ne ressemble-t-il pas à une forme de purge contre certains cadres au sein du conseil national et au niveau de structures horizontales du parti?
Un observateur initié remarquera que lors de sa conférence de presse tenue après le congrès extraordinaire, l'instance présidentielle a réaffirmé l'assainissement démocratique en faveur du rassemblement des énergies et de la restitution du parti à ses militants, dans toutes les structures et dans son mode de fonctionnement, pour aboutir à un congrès national rassembleur. Ceux qui pariaient sur une instabilité au sein du FFS, voire même sur la disparition du parti seront bien déchantés.
La composante du secrétariat national est la preuve palpable de notre volonté de rassembler davantage les énergies du parti, à travers le retour de cadres et de militants qui étaient en retrait.

L'instance présidentielle a annoncé dès sa mise en place que le 6ème congrès national ne tiendra pas compte de la date annoncée précédemment. C'est-à-dire le premier trimestre de l'année 2019. Plus que ça, l'instance a affirmé que le congrès pourrait se tenir même après l'échéance de l'élection présidentielle. S'agit-il là, d'une démarche qui coupe court avec certaines velléités de certains d'arrimer le FFS dans l'ambiance de cette joute de la présidentielle?
Ce que nous pouvons assurer, c'est que le prochain congrès du FFS sera un grand événement politique. Nous tâcherons de par les résolutions qui en découleront, et de par la qualité des débats, d'en faire une énième joute démocratique. Nous sommes déterminées à organiser un 6ème Congrès national rassembleur, nous impliquerons tous les militants, leurs structures et leur encadrement, dans toutes les étapes du dispositif de prépara tion du congrès. Quant à la date de sa tenue, il faut savoir que notre parti tiendra plusieurs échéances avant d'arriver au congrès national, conformément à la feuille de route de l'instance présidentielle. Ces échéances statutaires consistent en la mise en place du secrétariat national et du comité d'éthique, le renouvellement des fédérations et des sections, le renouvellement des commissions du conseil national, l'organisation de la Conférence nationale des élus et l'organisation de la conférence nationale d'audit.

Pourrait-on comprendre que le FFS ne s'inscrit pas dans l'optique de la présidentielle de 2019?
Le FFS s'est toujours inscrit et s'inscrira toujours dans le combat des Algériennes et des Algériens pour l'instauration de l'Etat de droit et de la démocratie, de la consécration du principe d'égalité et de justice sociales. Notre ligne politique est inviolable car écrite avec le sang de nos martyrs et les sacrifices d'une vie entière de notre feu président, Hocine Ait Ahmed.
Notre combat vise en définitive à substituer au système actuel une alternative démocratique à même de réaliser tous ces objectifs.

La situation sociale est telle que les issues tardent à s'esquisser. Avez-vous un plan de sortie de crise quant à l'impasse qui caractérise le front social et ses retombées?
Le FFS est inquiet de la situation sociale que vit notre pays, nous avons exprimé notre inquiétude à maintes reprises, notamment lors des rencontres consacrées aux libertés syndicales organisées le 7 avril et le 1er mai au niveau de notre siège national. Notre inquiétude tient au fait que le régime a abandonné l'Etat social en prônant une politique libérale reniant ainsi les engagements de Novembre et de la Soummam, ce qui a des conséquences tragiques sur les conditions de vie et de travail des Algériens. La violence faite à l'élite du pays, notamment les médecins et praticiens de la santé, les syndicalistes, les étudiants par les répres sions répétitives et continues des manifestations publiques pourtant pacifiques et la comparution devant les tribunaux de ses acteurs renforcent notre inquiétude. Le FFS, préoccupé par la situation sociale des citoyens qui se dégrade de jour en jour et inquiet des conséquences sur la stabilité du pays de la crise économique et sociale qui s'amplifie, à cause de l'orientation libérale du système et d'une mauvaise gouvernance, dénonce énergiquement la décision prise par le ministère du Travail contre le mouvement syndical, exige son retrait immédiat, et un débat national autour de la question sociale. Partant de ce constat, le FFS a lancé un appel aux travailleurs, à l'effet de se mobiliser davantage autour des partis démocratiques d'opposition et autour des syndicats autonomes. L'enjeu principal, aujourd'hui, pour trouver une issue à la crise nationale et préserver l'avenir pour toutes les Algériennes et tous les Algériens, est la reconstruction d'un consensus national fondamental qui pourrait s'organiser autour de la démocratie politique, de la citoyenneté, du développement économique et de l'équité sociale. Concrètement, il s'agit du respect des pluralismes politique, linguistique, syndical, et des libertés fondamentales pour permettre l'autodétermination individuelle de chaque Algérienne et Algérien et l'autodétermination collective du peuple algérien.

Quelle est la lecture du FFS par rapport à la loi sur la santé que vos députés avaient refusé de voter?
La loi sanitaire qui a été examinée par l'Assemblée populaire nationale est une trahison de l'état social. Nous avons demandé au FFS le retrait immédiat du projet de loi relatif à la santé. Nous le considérons antinational, antisocial et anticonstitutionnel, il consacre un recul sur les acquis sociaux des Algériennes et des Algériens et un recul graduel de la gratuité des soins. Un débat national et général doit être ouvert sur cette loi, en associant l'ensemble des acteurs sociaux, politiques, experts et spécialistes pour arriver à un projet consensuel sur le système sanitaire en Algérie et à une stratégie nationale pour le développement de ce secteur.