APRÈS LA SÉRIE NOIRE DU ONZE NATIONAL DE FOOTBALL

La fièvre Halilhodzic

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Les algériens ont besoin de retrouver cette communion de joie. C'est le voeu du peuple, mais pas seulement. Quand il tourne bien, le football est le caviar des hommes politiques.

On en parle dans les lieux de travail, dans les cafés, dans la rue, à la maison et dans les chaumières. Le technicien bosnien Vahid Halilhodzic meuble les discussions des soirées ramadhanesques. A mesure que les rumeurs enflent sur un possible retour en Algérie, la réminiscence du délire brésilien quand l'Algérie tenait la dragée haute à l'équipe allemande remonte en surface. Jamais la venue d'un entraîneur national n'a suscité autant d'enthousiasme et autant d'espoir. C'est la fièvre Halilhodzic qui se saisit du pays et les Algériens se remettent à rêver. Au secours Vahid, notre Equipe nationale sombre! On n'est plus dans le football, mais une sorte de détresse sociale qui ne se guérira que par l'arrivée de Vahid.
Le nom du Bosnien est évoqué avec insistance pour succéder à Rabah Madjer. A cette ambiance électrique, il en rajoute une couche quand il s'est dit «touché» par «la marque de sympathie du public algérien» qui réclame son retour. «Effectivement, j'ai eu vent de cela et croyez-moi ça me touche énormément. Les supporteurs algériens sont uniques au monde, à chaque fois que l'occasion se présente pour moi de parler avec vous j'en profite pour les saluer à mon tour et leur présenter mes remerciements les plus sincères», a -t-il confié au quotidien sportif Le Buteur.
Le malentendu de 2014 qui l'a poussé à quitter la barre technique des Verts n'est qu'un mauvais souvenir et les fans de l'EN veulent placer la balle au centre et entamer avec lui une nouvelle aventure footbalistique. Les Algériens n'arrivent pas encore à accepter leur absence dans l'événement sportif planétaire qui s'ouvrira dans quelques jours à Moscou. La Tunisie, l'Egypte, le Maroc et l'Arabie saoudite verront leurs drapeaux flotter en Russie et leurs hymnes entonnés, mais pas l'Algérie! Leur rêve de constituer une dream team algérienne s'est transformé en cauchemar depuis que l'Equipe nationale multiplie les faux pas, les échecs et enfin la débâcle. Battue par l'Iran, humiliée au stade du 5- Juillet par la petite équipe du Cap-Vert avant de se faire ramasser à la cuillère par le Portugal, c'est déjà trop pour le moral des Algériens habitués aux joies sublimes du sport-roi. Il y a à peine quatre ans, ils étaient au firmament du football mondial avec ce même Halilhodzic. L'Algérie a besoin de retrouver sa place sur la scène internationale sportive. Elle a besoin de redorer son blason par le cuir du foot.
Exit la politique, exit la crise, exit la cherté des prix, exit les querelles, exit le stress et les tracas du quotidien. Les Algériens ont besoin de retrouver cette communion de joie. C'est le voeu du peuple, mais pas seulement. Quand il tourne bien, le football est le caviar des hommes politiques. Il constitue à ce titre, une véritable soupape sociale à moindre frais. Mieux encore, elle suscite l'adhésion de toutes les tendances aussi opposées soit-elles. Peut-on demeurer insensible en voyant le drapeau national flotter dans le ciel de la Russie? Quel Algérien résistera à cette charge émotionnelle au moment d'entonner Kassamen? Redoutable arme de propagande, le football est un baromètre fait d'un mercure spécial qui ne se dilate pas sous l'effet de la chaleur, mais qui vibre avec les aspirations patriotiques. Est-il besoin de rappeler qu'un match de football faillit déclencher une guerre entre l'Algérie et l'Egypte? Pour la qualification au Mondial de 2010 en Afrique du Sud, un match se jouait sur un terrain de football et un autre, meurtrier celui-là, entre les dirigeants politiques des deux pays et dont le principal enjeu était la stabilité politique et sociale. Eliminée, l'Egypte a sombré et sombre toujours dans un chaos social. A la fin du match de qualification au Mondial d'Afrique du Sud qui s'est joué à Oum Dormane au Soudan, c'était la Nakba pour l'Egypte. La tristesse causée par cette défaite, égalait ou peut-être même dépassait celle engendrée en 1967, par la guerre contre Israël.
Il n'y a pas mieux que le sport-roi pour faire rencontrer des personnes de culture, de rangs et de pays différents. «Celui qui n'a rien compris au foot, n'a rien compris à la vie», confiait un jour à un journaliste d'El Moudjahid qui l'interviewait à sa sortie de prison en 1980, l'ancien président Ahmed Ben Bella, lui-même ancien joueur de l'Olympique de Marseille.
Il ne faut pas donc s'étonner si une marée humaine irait accueillir l'arrivée du Bosniaque s'il venait à donner son O.K. pour driver les Verts. Plus qu'un sport, le football est devenu une religion planétaire et comme toutes les nations du monde, les Algériens embrassent avec ferveur cette religion et leur Messie pour l'heure s'appelle Vahid Halilhodzic.