A MOINS D'UNE SEMAINE DE L'AID

Les habits de la saignée

Par
image

C'est le rush! À moins d'une semaine de l'Aïd el Fitr, les magasins de vêtements sont pris d'assaut par les familles des quatre coins de l'Algérie. C'est pratiquement le même geste partout, juste après un ftour bien copieux, on sort à la recherche de la tenue qui égayera nos enfants le jour de la fête de la fin du Ramadhan. Néanmoins, cette séance de «shopping» s'avère une mission quasi impossible pour la majorité des chefs de foyers, car tout simplement: ça flambe! Déjà saignés par un mois de Ramadhan bien «chaud», ils sont refroidis par les prix des vêtements qui ont atteint des cimes! Il faut une moyenne de 10.000 dinars pour habiller correctement un enfant (haut, pantalon et chaussures). Une véritable fortune qui n'affecte pas la détermination de ses parents. Le plaisir et les frissons de voir leurs enfants se pavaner tout contents avec leurs nouvelles tenues n'ont pas de prix! Alors, on n'hésite pas à se bousculer, jouer des coudes pour pouvoir entrer dans les magasins d'habillement, trop exigus pour accueillir toute cette foule. Il faut dire que les Algériens tiennent coûte que coûte à cette tradition, quoi qu'il en... coûte.
Ils tentent néanmoins de «dénicher» les bonnes affaires, qui ont le plus souvent des accents chinois ou turcs. Pour le «Made in bladi», il faudra revenir après! «Ils sont de moindre qualité et coûtent beaucoup plus cher que ceux venant de ces pays devenus des géants du textile», témoigne avec amertume la majorité des pères de famille rencontrés lors de leur recherche des bonnes affaires. Malgré toutes ces entraves, ils finissent tous par succomber aux appels des vêtements de l'Aïd. Certains, même dans l'excès avec la nouvelle mode consistant à acheter une tenue différente pour chacun des deux jours de cette fête religieuse. Mais pour tous les parents, ce sacrifice vaut la chandelle car l'Aïd appartient aux enfants...

Béjaïa
Ni choix, ni rahma
L'empressement habituel que l'on constate à la mi-Ramadhan sur les marchés notamment vestimentaires, n'est pas de mise à Béjaïa. A deux semaines de l'Aïd, les parents ne semblent pas se presser devant les étals où avons-nous constaté, hier, peu de choix s'offrent aux clients.


«Le constat est sans appel. Vous ne pouvez pas habiller moyennement un enfant à moins de 9000 DA. Une tenue complète à bas prix frôle les 6000 DA. Ce n'est pas gratuit de faire plaisir à ses enfants et plus particulièrement quand on en a plusieurs. Le pouvoir d'achat de la majorité des Algériens s'est érodé de manière sérieuse. Ceux qui ont encore des moyens n'ont pas l'embarras du choix. je cherche quelque chose de plus moderne pour ma fille, je n'en trouve pas et je vais devoir attendre car d'ici l'Aïd il peut y avoir de l'arrivage», garde espoir cette femme qui a une fille unique a qui n'arrive pas a trouver les habits qu'elle voudrait lui offrir pour la fête de l'Aïd. Le commerçant chez qui, nous l'avons rencontrée, a abondé dans le même sens. «Les vêtements d'importation que nous mettons en vente ces jours-ci datent d'il y a deux ou trois ans. On importe plus. Les seuls articles qui nous restent sont ceux importés en quantité de la Turquie et leur qualité n'est toujours pas celle souhaitée par tous», explique notre interlocuteur. La fête de l'Aïd, qui marque la rupture du mois de jeûne, ne sera pas de tout repos pour les ménages tout comme ne l'a pas été aussi le mois sacré. La fièvre des achats d'habits va monter d'un cran au fil des jours. Au niveau des magasins, particulièrement ceux spécialisés dans le prêt-à-porter, l'habituel rush dès la fin des «tarawih» et jusqu'à une heure tardive de la nuit, commence à prendre forme. Les parents, accompagnés de leurs bambins, se rendent dans les boutiques, magasins et autres grandes surfaces spécialisés dans l'habillement à la recherche de la bonne affaire. Ce n'est pas trop facile cette année. Peu fournis, les magasins de vêtements ne mettent pas un grand choix à la disposition des clients, à savoir toutes sortes de marques nationales et étrangères. Des clients portés souvent vers la négociation à la recherche d'un rabais sur tel ou tel article. Mais les prix freinent les ardeurs. «Un passage inévitable», soupire cette dame qui relève que «les articles de très bonne qualité sont rares et sont affichés à des prix exorbitants». Ayant déjà trop déboursé, un fonctionnaire se met à l'évidence. «Il est pratiquement impossible pour un fonctionnaire de satisfaire ses enfants», affirme-t-il dans un grand magasin sur la rue de la Liberté où de nombreuses boutiques attirent beaucoup de monde ces derniers jours, a-t-on constaté. Ainsi, les prix ont enregistré une augmentation certaine par rapport à l'année précédente. Un ensemble pour fillette est ainsi cédé à 3500 DA, une robe entre 3000 et 4000 DA, une paire de sandales à partir de 1500 DA, jusqu'à 5000 DA et une paire de chaussures pour enfant de moins de 2 ans à... 1500 DA jusqu'à 5000 DA. Certains parents prévoyants ont pris les devants en faisant leurs achats quelques semaines avant le début du mois de jeûne et ce, afin d'éviter cette période qui se singularise par une traditionnelle flambée. Les bonnes affaires ne sont pas dans ces lieux. Elles sont dans les nouveaux marchés qui commencent à polluer la ville. Ces marchés, informels, cela s'entend, sont les plus indiqués pour «les bonnes affaires», eu égard à la modération des prix qui y sont pratiqués, comparativement à ceux affichés en vitrine. En attendant leur apparition en force, qui va certainement susciter une concurrence qui ira à coup sûr dans le sens souhaité par les mères et pères de familles, la fièvre des achats ne s'est pas invitée trop tôt cette année. Mais elle sera là a coup sûr car un Kabyle digne de ce nom ne peut se permettre une fête de l'Aïd sans voir tous ses enfants heureux.