EDUCATION NATIONALE

Le bac, le bunker et la réforme

Par

Les chiffres de l'Education nationale sont, de loin, les plus impressionnants en comparaison avec ceux d'autres départements ministériels. Rien que pour cette année, le département de Nouria Benghebrit organise les examens de fin de cycle pour pas moins de 2 millions de candidats. Plus de 600 000 fonctionnaires ont été mobilisés pour la circonstance. Et comme si cela ne suffisait pas, le même ministère encadre un autre examen tout aussi crucial pour l'école algérienne et concerne 740 000 candidats. Ce sont les prétendants aux postes d'enseignants. Mme Benghebrit et ses collaborateurs auront certainement beaucoup à faire pour mener à bon port une année scolaire qui n'aura pas été de tout repos, avec une grève stressante et des attaques idéologiques répétées.
En fait, la ministre qui a réuni, hier, des titres de la presse écrite pour une discussion à bâtons rompus, à quelques jours du rendez-vous le plus «populaire», mais aussi le plus «politique» de la saison, a délivré des messages assez précis, histoire de remettre quelques pendules à l'heure.
Le baccalauréat, c'est bien de cet examen, dont il est question, semble préoccuper la ministre, ces collaborateurs et on peut même monter plus haut dans la hiérarchie de l'Etat algérien. Le bac, qui a connu les perturbations que l'on sait, devient un point de fixation de l'opinion nationale, mais également un enjeu politique en ce sens que la tête de la ministre est systématiquement demandée à l'occasion de cet examen national. Appréciée à l'aune de cette seule «épreuve», les détracteurs de Mme Benghebrit, croient sans doute avoir trouvé le «point faible» d'une réforme qui, va bien au-delà du baccalauréat.
En tout cas, pour la session 2018, l'Exécutif qui mobilise, en plus de l'éducation, l'intérieur, la défense et les technologies de l'information et la communication, a objectivement tout verrouillé.
Le bunker, la sécurisation de tout le cheminement des épreuves jusqu'au centre d'examination, la coupure de l'Internet durant la première heure de chaque épreuve, l'interdiction de port de téléphones portables et bien d'autres mesures destinées à rendre «étanche» toute l'opération, témoignent de la détermination de crédibiliser l'examen. Mais bien plus, il devine à travers cette «armada» de procédures, un traumatisme né de la grande fraude de la session de 2016. Nouria Benghebrit qui préfère parler de publication sur le Net et non pas de fuite de sujets, affiche une grande assurance quant à l'efficacité de l'organisation mise en place. Les cadres du ministère de l'Education nationale s'épuisent certainement à voir au «centimètre près» l'édifice anti-fuite, au moment où l'important reste dans ce qui se fait au niveau du primaire. Les aspects pratiques mis à part, il faut bien reconnaître que le visage de la ministre s'illumine lorsqu'elle aborde les questions de fond, celles qui font le socle de sa réforme. Les tout petits sont, disons-le même s'il elle se garde de l'affirmer tout de go, sa priorité première. Une longue et très importante étude sur les matières de base, un statut spécifique pour le stade primaire et un travail sérieux dans le sens de la réappropriation de l'identité nationale dans les manuels scolaires, constituent les véritables fondements de l'action ministérielle.
Mme Benghebrit confie qu'une commission mixte éducation-culture planche sur une anthologie scolaire des oeuvres littéraires algériennes. Un apport plus que stratégique, voire historique, appelé à donner à l'école algérienne l'image qu'elle a toujours méritée et que la société a tant réclamée.
Un travail de fond donc, qui ne plaît pas aux obscurantistes qui, en tentant de «piéger» la ministre sur des manuels d'éducation islamique ou encore la «basmala», jusqu'à chahuter l'examen du baccalauréat, veulent pousser Mme Benghebrit vers la porte, pour arrêter net, le travail d' «algérianisation» de l'école.