MOHAMED TOUMI, DIRECTEUR EXÉCUTIF DE LA FÉDÉRATION DES CONSOMMATEURS, À L'EXPRESSION

"Les lois ne sont pas respectées"

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Dans cet entretien, Mohamed Toumi nous fait part de son constat par rapport au respect des règles d'hygiène et propose des solutions pour y remédier.

L'Expression: Nous sommes à l'entame de la saison estivale. Quel constat faites-vous par rapport au respect des règles d'hygiène concernant les produits alimentaires?
Mohamed Toumi:
Le problème majeur que rencontre la commercialisation des produits élémentaires est invariablement lié au respect des conditions de transport. Je citerai, par exemple, le produit que les Algériens voient partout. Il s'agit de l'eau minérale. Vous avez sans doute constaté que des centaines de fardeaux d'eau sont transportés par des camions à l'air libre. Ces camions font très souvent de longues distances sous des températures caniculaires, pendant plus de 10 heures de routes. Dans de pareilles conditions, il est clair que le produit se détériore par l'effet de la chaleur. Et ce n'est pas fini! Les conditions d'exposition de cette eau minérale sont loin d'être satisfaisantes. Alors que les bouteilles d'eau sont supposées être à l'intérieur, beaucoup de commerçants les laissent toute la journée au soleil.J'ai pris l'exemple le plus visible. Mais je peux vous citer des dizaines de cas de manquement aux conditions de transport et de stockage, ce qui engendre fatalement des intoxications, dont l'issue est parfois dramatique.

A ce propos, justement, avez-vous enregistré des cas d'intoxication?
Nous avons eu vent, à la fédération de quelques cas d'intoxication à l'ouest du pays. Mais nous n'avons pas réussi à avoir une quelconque confirmation de la part des autorités compétentes. Les directions du commerce et de la santé disent n'avoir enregistré aucun cas.

Pensez-vous que les structures de l'Etat habilitées à assurer un maximum d'hygiène font bien leur travail?
Ce que je peux dire en réponse à votre question, c'est que les moyens ne manquent pas au niveau des APC. Chaque commune est dotée de son propre bureau d'hygiène. Il existe en tout plus de 1500 bureaux d'hygiène. Mais dans le lot, nous, à la Fédération des consommateurs nous citerons deux wilayas pour le travail qu'elles accomplissent. Il s'agit de Tizi Ouzou et Batna. Les directions du commerce, en collaboration avec la Gendarmerie nationale, dans ces wilayas, font un travail remarquable. Elles se sont dotées de minilaboratoires mobiles et agissent donc en amont. Elles interceptent des camions de transport de marchandise et vérifient leur contenu, notamment la viande, des produits laitiers et autres marchandises périssables, afin de faire effectuer les vérifications de température. Si la chaîne de froid est respectée, il n'y a aucun problème. Toutefois, dans le cas contraire, les aliments sont frappés de non-conformité. Ils seront détruits.
Mais, il faut dire que le souci peut être ailleurs. Pour cause, certains commerçants malhonnêtes débranchent durant la nuit leurs appareils pour économiser l'électricité. Il y a aussi le phénomène des abattages clandestins. À Sidi Moussa, il y a encore de la viande et de la volaille exposées en plein air. Le 9 mai dernier, j'ai moi-même signalé aux autorités ce problème persistant.

Est-ce que vous préconisez la réforme de la réglementation?
Non, une réforme n'est pas nécessaire. Bien au contraire la réglementation algérienne est l'une des meilleures des pays arabes. Le problème n'est pas dans les textes de loi, mais dans leur application. Il suffit de traduire sur le terrain de façon plus rigoureuse et strict les décrets déjà existants.

Est-ce que vous organisez jusque-là des campagnes de sensibilisation?
La fédération prépare actuellement «le petit guide du commerçant» en partenariat avec l'OMS, guide qui est en cours de validation. Le but est de disposer ce guide dans toutes les écoles afin d'inculquer aux enfants les bonnes pratiques. C'est grâce aux enfants que les parents seront plus vigilants concernant les aliments qu'ils achètent et les conditions dans lesquelles ils sont distribués. Il est important de faire prendre conscience au citoyen de la situation.

Il y a un autre domaine dont je voudrai éclaircir les choses: la coloration de la viande de mouton en bleu. Que pensez-vous de l'annonce du ministre de l'Agriculture sur le scénario de la viande de couleur bleue, est-elle fondée?
Je me suis entretenu avec le directeur du service vétérinaire et depuis l'Aïd 2017 à aujourd'hui, des analyses ont été faites par la police scientifique et par les deux laboratoires: gendarmerie et police. Les résultats ne sont pas annoncés. C'est un phénomène nouveau qui n'existait pas auparavant. D'ailleurs, nos aïeux n'ont jamais eu de problème de ce genre alors qu'ils ne disposaient pas de réfrigérateur. Le Maroc est tout aussi confronté à la viande bleue et la cause dont il a fait part pourrait être liée à une bactérie ou bien le régime alimentaire à base de volaille. Les propos du ministre ne sont pas convaincants et même irréalistes.