RUMEURS ET FAKE NEWS MINENT LE REPOS DES MEMBRES DU GOUVERNEMENT

"Maudites" vacances de ministres

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En plus des rumeurs, un second ingrédient est venu souiller le repos des ministres: les fake news, ces bobards numériques offrant le beau rôle aux marchands de peur et aux receleurs d'intrigues qui se nourrissent de cette situation pour essaimer leurs balivernes.

C'est avec la peur au ventre que les membres du gouvernement prennent leur quartier d'été. Les vacances sont bien là, mais pour nombre d'entre eux, le moral ne s'y prête pas. Des échos au gouvernement indiquent que des règles strictes seront édictées aux ministres durant leur période de repos. Trois règles à respecter scrupuleusement. La première est qu'ils ne doivent pas s'éloigner trop loin de la capitale qu'ils sont censés rejoindre durant la journée en cas de nécessité. La seconde ne les autorise pas à dépasser deux semaines de congé. «Entre le chapeau d'été et le tee-shirt, les ministres doivent caler le costume officiel», ironise un employé au Premier ministère. Et enfin, la dernière règle stipule qu'ils doivent rester joignables à toute heure. En d'autres termes, ils ne se détachent pas du travail. Mais il n' y a pas que les exigences professionnelles qui sapent le moral de nos ministres. L'ambiance générale qui marque la vie politique en rajoute une couche. C'est le temps des rumeurs estivales dont on a beau minimiser les impacts, mais les effets sont là. On annonce par exemple que le président de la République procédera à un remaniement gouvernemental pour apporter du sang neuf à l'Exécutif et surtout faire tomber les peaux mortes. On prévoit un large mouvement des walis et surtout de diplomates maintenant que les vacances scolaires sont effectives et on susurre que de nombreux postes dans les hautes sphères de la République connaîtront un sérieux rajeunissement. Les colporteurs de ces nouvelles en veulent pour argument, imparable, avancent-ils, le dernier message adressé par le président de la République à l'occasion des festivités du 5 Juillet. Un message dans lequel le chef de l'Etat a tracé les contours des nouvelles batailles à mener par le peuple algérien, plus particulièrement la jeunesse, à savoir la diversification économique, consolider la démocratie et asseoir le civisme au sein de la société. «Des batailles qui nous interpellent fortement à l'effet de prendre exemple sur nos aïeuls et de s'appuyer sur toutes les compétences de l'Algérie que nous sommes appelés à mieux exploiter. (...). Voilà aussi comment ériger notre jeunesse en véritable acquis pour l'Algérie», a insisté le président Bouteflika dans son message. Que le chef de l'Etat décide de remanier l'Exécutif est une action à la limite, ordinaire dans le fonctionnement des affaires de l'Etat. C'est quand cette action est surexploitée au point de tétaniser le fonctionnement normal des institutions que cela devient un problème. Il y a quelques mois, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, excédé par la diffusion de ces rumeurs incessantes, a été contraint de monter au créneau pour apporter un démenti officiel.
Un second ingrédient est venu souiller le repos des ministres: les fake news. L'incroyable foisonnement de bobards numériques qui donnent le beau rôle aux marchands de peur et aux receleurs d'intrigues qui se nourrissent de cette situation pour essaimer leurs balivernes. Le scandale des 701 kilos de cocaïne saisis le moi de mai dernier au port d'Oran est venu nourrir ce torrent incontrôlable. Avides de clics et d'audience, les médias ont flairé l'aubaine pour se faufiler dans la brèche en ces temps où l'actualité se trouve dans un état stationnaire. A coups de manchettes, on annonce un «séisme politique et des changements profonds et radicaux en perspective». L'affaire de la cocaïne dite d'El Bouchi prend les allures d'un thriller digne des séries hollywoodiennes, d'autant plus séduisant aux yeux d'une partie de l'opinion qui espère voir des têtes tomber et de préférence celles de... ministres. C'est dans ces conditions de pressions sociales et politiques que les membres du gouvernement s'apprêtent à partir en congé. «Maudites» vacances de ministres!