FERMETURE DE ROUTES À BÉJAÏA

L'enfer continue

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Pour la seconde fois consécutive, la Route nationale 26 est restée toute la journée fermée à la circulation. Au deuxième jour, les manifestants semblent revenir à la charge pour défier le wali par intérim qui, lors du premier jour de fermeture, avait affirmé en substance, à partir de la commune de Feraoun, où il était en visite, que «le dialogue n'est pas possible avec ceux qui ferment les routes». Le chef de l'exécutif, qui reste l'homme le plus sollicité à chaque manifestation, est perçu comme l'unique responsable en mesure de répondre aux doléances. Le wali par intérim a indiqué avoir dépêché la veille les services de sécurité pour inviter les citoyens frondeurs à s'en abstenir et se présenter au siège de la wilaya pour discuter. Mais, fait-il remarquer, «ils ont refusé et en ont fait à leur tête». Le jour-même, d'autres citoyens de la commune de Boukhlifa ont fermé la RN 09 suite à la noyade d'une fillette dans une mer en furie. Il était 15 heures. Les deux axes routiers les plus importants de Béjaïa subissent régulièrement le diktat des citoyens, qui pour un oui ou pour un non s'invitent dans la rue pour pénaliser leurs semblables, loin d'avoir un quelconque rapport avec leur situation. La pratique est simple.
Les manifestants, ne dépassant souvent pas une vingtaine de personnes, dressent des barricades faites de pneus brûlés, de buses de gros diamètres, de troncs d'arbres, de pierres, de débris de verre et autres détritus, et s'interposent, menaçant tout usager qui oserait toucher à leurs barricades.
Les automobilistes restent souvent cloués sur la route tandis que d'autres font des détours assez risqués. Les passagers des bus se voient eux aussi contraints de traverser à pied ce goulot d'étranglement et rejoindre un autre bus, de l'autre côté. La fermeté du wali par intérim cache mal une autre défaillance, qui singularise autant les membres de l'exécutif que les élus des différentes assemblées. Comment se fait-il que l'on agisse avant? Si les élus locaux se
montrent laxistes devant ce fléau, laissant faire leurs citoyens afin de parvenir à arracher des avantages qu'ils ne peuvent pas obtenir dans d'autres conditions, les députés semblent vivre sur une autre planète. Présents le plus souvent sur les réseaux sociaux, les députés de Béjaïa entrent dans une concurrence absurde. C'est à celui qui prendra la meilleure pose avec un ministre sur fond de visite dans l'intérêt des citoyens de la wilaya. A quoi sert d'arracher la décision d'extension d'un aéroport lorsque les routes sont régulièrement fermées? s'interroge un citoyen. N'est-ce pas là l'urgence de l'heure, suffoque un autre.
Sur un autre plan, les citoyens de Béjaïa s'interrogent sur les traitements différents réservés à deux manifestations du même genre qui ont eu lieu dans deux wilayas voisines. A Jijel la RN 43, qui a été fermée par les «parkingueurs» et les loueurs de parasols a été rouverte par la force publique en très peu de temps.
Le lendemain, l'un des plus importants axes routiers de la wilaya de Béjaïa est resté fermé sans que personne ne bouge le petit doigt. «Deux poids, deux mesures», qui laissent perplexe plus d'un, se demandant «s'il ne s'agit pas d'une machination contre l'intérêt de la région», fruit «d'un accord tacite entre les autorités et les manifestants».
Béjaïa vit une situation des plus délicates. Si le fléau des fermetures de routes n'est pas nouveau, sa persistance inquiète à plus d'un titre. Face aux horizons totalement bouchés, l'indignation est à son paroxysme.