COOPÉRATION SCIENTIFIQUE ENTRE L'ALGÉRIE ET LA FRANCE

Les entreprises impliquées

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Rapprocher les entreprises algériennes et françaises installées en Algérie des Ecoles supérieures algériennes est l'objectif que se sont tracées hier l'Ecole supérieure des sciences de l''aliment et des industries alimentaires(Essaia) d'El Harrach et l'ambassade de France en Algérie à travers la rencontre qu'elles ont organisée au profit des entreprises en question. La directrice de l'Essaia, Meriem Ben Mehdi qui s'est exprimée à l'ouverture des travaux de cette rencontre a indiqué que l'idée de rapprocher les entreprises des écoles est animée par le souci d'élargir le réseau mixte des écoles (RME) des deux pays. «Cette volonté ne résulte pas uniquement de la volonté des Ecoles supérieures, mais aussi de celle des entreprises», a-t-elle précisé. Le réseau mixte entre les écoles des deux pays est efficace, selon Meriem Ben Mehdi, mais il n'est pas tout à fait à la hauteur des ambitions des entreprises. «Nous avons l'impression que nous ne formons pas en fonction des besoins des entreprises et ce, aussi bien en France qu'en Algérie. La vision que les écoles ont du monde de l'entreprise est dépassée maintenant», fera-t-elle remarquer. L'invitation des chefs d'entreprise au niveau des écoles rapproche davantage, selon la directrice, l'entrepreneur des étudiants les met directement en contact avec les programmes enseignés. «L'objectif des Ecoles supérieures est de former des étudiants opérationnels et efficaces au sein de l'entreprise», a-t-elle conclu. S'exprimant pour sa part à cette occasion, Stéphane Desobry, professeur à l'université de Lorraine et chef de la délégation française, a souligné que la rencontre d'hier s'inscrit dans la nouvelle conception que les Ecoles supérieures ont
désormais de l'environnement économique. «L'objectif premier des écoles est d'assurer l'employabilité de ses étudiants», indiquera-t-il. «Le chef de l'entreprise a un droit de regard quant aux programmes dispensés. Il a le droit d'exprimer les spécialités que son entreprise cherche», a-t-il affirmé. Et d'ajouter «faute de quoi, l'Ecole supérieure aura du mal à placer ses étudiants d'abord pour des stages, ensuite pour le recrutement». Stéphane Desobry est revenu par ailleurs sur la coopération scientifique existant entre les écoles des deux pays. «Les étudiants français expriment de plus en plus leur volonté d'effectuer leurs stages pratiques en Algérie. Ils savent désormais très bien que les possibilités de l'emploi existent davantage en Algérie qu'en France.L'Algérie est un atelier qui vient juste de s'ouvrir», a-t-il poursuivi. Questionné par ailleurs en marge de la rencontre sur la législation française qui ne favorise pas le placement des étudiants étrangers dans leurs entreprises, le professeur a fait remarquer que cela n'est pas vrai. Les meilleurs profils arrivent toujours à se faire placer. Avant de préciser que l'objectif de la coopération scientifique existant entre les deux pays n'est pas de favoriser le placement des étudiants algériens en France, mais d'aider ces derniers à devenir des cadres compétents et efficaces en Algérie. «L'Algérie en a vraiment besoin», a-t-il conclu. Par ailleurs, et en animant des ateliers, plusieurs professeurs et chefs d'entreprise de part et d'autre ont insisté sur l'annulation des barrières entre les Ecoles supérieures et les entreprises. L'ex-ministre de l'Agriculture Mustapha Feroukhi, qui a pris part à cette rencontre, a indiqué dans son intervention que les choses se sont inversées à présent. Les recherches ne peuvent jamais aboutir et réussir dans les labos des universités. «Ces dernières sont condamnées à s'effectuer en étroite collaboration avec les entreprises», a-t-il préconisé. Plus pragmatique, l'ex-ministre a indiqué que les sujets des mémoires et les recherches doivent être des propositions et des idées des chefs d'entreprise. «L'ère de la bibliothèque est révolue», a-t-il estimé, appelant les étudiants à embrasser le monde de l'incubation dès les premières années de l'université et il ne faut pas attendre la fin du cycle. D'autres intervenants ont appelé les autorités en charge du secteur de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique à accorder plus de moyens pour la recherche. Le budget consacré pour ce chapitre est encore le parent pauvre. «Inviter un chercheur étranger à rencontrer les étudiants est la demande la plus difficile à faire aboutir auprès de l'administration», a témoigné un enseignant-chercheur.