TIZI OUZOU

Encore un autre sacrifice...pour les bourses

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Devant le prix du mouton qui ne cesse de flamber, de nombreux pères de familles ont décidé de faillir à la règle en optant seulement pour l'achat d'une quantité raisonnable de viande.

Dans de nombreux villages, il sera procédé au sacrifice collectif, non pas de moutons comme le veut la religion musulmane, mais de boeufs. Une chose est toutefois sûre à Tizi Ouzou: il est difficile traverser cette fête de l'Aïd El Adha dans un tel contexte de cherté de la vie. Surtout quand on sait que les parents doivent d'ores et déjà se serrer la ceinture car la rentrée scolaire est à nos portes. Il s'agira donc, non pas de gérer son minuscule budget, mais de trouver des échappatoires juste pour ne pas gâcher la fête aux enfants. A ces derniers, il n'est pas du tout facile d'expliquer combien la vie est chère. L'aïd el adha leur est sacré, plus sacré que la rentrée scolaire, faut-il le rappeler.
En tout cas, avec un prix minimal de 50 000 DA, le mouton est devenu presque inaccessible aux bourses moyennes. Ajoutez à ces 50 000 DA, 50 000 autres DA pour l'achat des vêtements aux enfants et les autres frais engrangés systématiquement par la fête de l'Aïd El Adha, on risque de se retrouver presque avec une sale facture de 10 millions de centimes. Il vaut mieux donc même pas y penser, diront certains pères de familles qui ont par ailleurs mille et un autres soucis financiers à gérer en ces temps de crise.
En tout cas, dans les quelques marchés à bestiaux de la wilaya de Tizi Ouzou, ce n'est pas encore la grande ruée. Même si certains acheteurs potentiels n'hésitent pas à y faire des tournées, il n'en demeure pas moins que pour mettre la main à la poche, rien ne semble plus difficile. En dépit des informations qui font état de la réapparition de la fameuse fièvre aphteuse, ceci n'a pas du tout influé sur les prix élevés du mouton partout dans la wilaya de Tizi Ouzou.
Les maquignons, qui attendent pendant toute l'année l'arrivée de la période de l'Aïd El Adha pour réaliser leurs meilleurs chiffres d'affaires, n'ont pas failli à la règle cette fois-ci. Ceux qui ont été interrogés par nos soins semblent ne guère ignorer les règles du jeu du marché. «Ce n'est pas de notre faute, quand la demande sur le mouton augmente, les prix augmentent également et automatiquement», répond presque naïvement un maquignon rencontré au marché des bestiaux de Tala Atmane, l'un des plus connus et des plus fréquentés de la wilaya de Tizi Ouzou. Une petite tournée dans ce marché fait ressortir qu'on ne peut pas avoir un mouton «respectable» à moins de 60 000 DA et encore! Il faut d'abord négocier de manière ardue et patiente avec le vendeur, autrement on repartirait bredouille.
Cette cherté fait que les acheteurs potentiels ne font que passer et repasser interminablement dans leur majorité. Mais les maquignons ne désespèrent guère. Ils sont là, patients et ils savent que la majorité écrasante de ceux qui se rendent au marché, la veille de l'Aïd El Adha, finiront inéluctablement par céder et ce, quel que soit le prix. «Ceux qui n'ont pas l'intention d'acheter le mouton de l'Aïd ne se rendent jamais au marché la veille de l'Aïd», révèle, avec assurance, un éleveur de bétail qui connaît bien les règles du jeu puisqu'il a une expérience de plus de 30 ans dans le domaine.
Les éleveurs, pour leur part, trouvent tout à fait logique cette hausse des prix. Ils rappellent que ces augmentations sont liées au fait que tous les prix ont augmenté ces derniers temps dans notre pays. Y compris l'aliment et le fourrage. Donc, aux yeux des dizaines de vendeurs qui émaillent les différentes marchés à bestiaux de la wilaya de
Tizi Ouzou, il n' y a rien de plus normal que la hausse du prix du mouton, surtout à la veille de la fête du Sacrifice. Il faut rappeler dans ce sillage, que le prix de l'aliment frôle actuellement les 6000 DA alors que la botte de foin est à plus de
600 DA.
Les éventuels acheteurs qui tentent de patienter pour tâter l'évolution du marché à bestiaux ont totalement tort. Plus le jour de l'Aïd El Adha approche, plus les prix du mouton enregistrent des hausses. En plus, le choix devient de plus en plus minime et limité. Il faut rappeler, en outre, qu'une grande partie des familles dont le revenu est très faible a carrément fait le deuil du rituel de l'Aïd El Adha depuis plusieurs années dans la wilaya de Tizi Ouzou. Ce choix n'a pas été fait de gaieté de coeur, mais par contrainte. Ces familles n'ont tout simplement même pas le choix. Quand bien même elles brûleraient de désir de célébrer comme il se doit cette fête religieuse, elles ne le pourraient pas car elles n'en ont pas les moyens. Même pour acheter une petite quantité de viande rouge le jour «J»., il faudrait chercher des ressources insoupçonnées.
C'est dire que l'Aïd n'est pas toujours synonyme de bonheur. Sauf si la foi, la véritable foi, est tellement ancrée dans le coeur. Elle serait dans ce cas en mesure de remplacer amplement ce côté festif de la croyance. Celui qui tient à Dieu pourra aisément se passer d'un mouton.