FIN DES IMPORTATIONS DE PRODUITS AGRICOLES DANS TROIS ANS

Le voeu pieux de Bouazghi

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La pluviométrie exceptionnelle qui a abouti à ces récoltes record n'a fait améliorer les rendements que de deux petits points marginaux.

Le ministre de l'Agriculture croit voir dans la tendance haussière de la production de cette année, une perspective extrêmement positive. Par un simple calcul arithmétique, il a déduit que le pays pourra se passer des importations des produits agricoles dans une échéance n'excédant pas les trois prochaines années. «Les chiffres réalisés cette année et les indicateurs de production sont à même de permettre au secteur d'arrêter graduellement l'importation d'ici trois ans», a-t-il affirmé, lundi dernier, à la Radio nationale. Le ministre qui s'appuie sur les 60 millions de quintaux de céréales, les quelque 50 millions de quintaux de pomme de terre et les 300.000 quintaux de lentilles pour faire ses prévisions, quelque peu optimistes, ne dit pas que cette prouesse exceptionnelle est la conséquence directe d'une pluviométrie tout autant exceptionnelle.
La relation de cause à effet, étant établie par l'ensemble des observateurs et par les agriculteurs eux-mêmes, devrait suffire au ministre pour tempérer son optimisme. Et pour cause, son discours repose sur un facteur dont il n'a aucun contrôle et qui peut très bien faire défaut lors de la prochaine saison agricole. De 60 millions de quintaux, la récolte céréalière peut régresser de moitié et réduire à néant ses espérances. Le fait que la céréaliculture algérienne est majoritairement dépendante, pour son irrigation, des eaux de pluie, rend aléatoire toute prévision de production avant les mois de mai-juin de chaque saison. Les fellahs n'ont pas encore labouré leurs champs pour la prochaine année agricole que le ministre prédit une récolte record.
L'autre facteur limitant toute appréciation prématurée des performances de la céréaliculture est en rapport avec le rendement à l'hectare. Abdelkader Bouazghi l'a estimé à 19 quintaux à l'hectare, contre 17 quintaux à l'hectare, les années précédentes. C'est dire que la pluviométrie exceptionnelle qui a abouti à ces récoltes record n'a fait améliorer les rendements que de deux petits points marginaux. Les performances de la filière sont, en réalité, presque aussi médiocres que d'habitude. Il suffit pour s'en convaincre de savoir que dans beaucoup d'autres pays, les céréaliers obtiennent jusqu'à 70 quintaux à l'hectare. Lorsque les fellahs algériens se rapprochent majoritairement de ces niveaux de rendement, on pourrait objectivement parler de la fin des importations de ce produit agricole stratégique. Cela sans entrer dans les détails des productions céréalières qui classe le blé tendre en queue du peloton, alors que le pays est l'un des plus importants consommateurs mondiaux de ce produit.
D'ailleurs, les chiffres réalisés par la filière sur blé tendre reste très loin de l'autosuffisance.
Toutes ces entraves «naturelles» à l'épanouissement effectif de l'agriculture algérienne ne datent pas d'aujourd'hui et le gouvernement, à travers les successifs ministres de l'Agriculture, travaille à les lever. Trois axes essentiels ont été adoptés pour relever le défi de l'autosuffisance en matière de produits agricoles: l'augmentation de la surface agricole utile, l'extension de l'irrigation et l'application d'un strict itinéraire technique. Les deux premiers chantiers exigent des investissements colossaux. Les dizaines de barrages réalisés à travers le territoire national sont prioritairement destinés à irriguer 2 millions d'hectares à plus ou moins courte échéance.
La hausse des surfaces agricoles irriguées a certes contribué aux performances enregistrées cette année, mais il serait illusoire de croire que l'irrigation d'appoint peut se substituer aux eaux de pluie. Cela arrivera certainement un jour, mais pas dans les trois prochaines années.
Contrairement au Maroc et à l'Egypte qui ont fait de la mobilisation de l'eau une priorité au tout début des années 50-60, l'Algérie s'est mise tardivement, mais sûrement sur cette trajectoire. Il faut certainement encore du temps et d'autres investissements pour garantir des productions agricoles optimales malgré un manque de la ressource hydrique. Mais il faut dire, également, que cela ne résoudra pas totalement la problématique de l'agriculture algérienne qui manque d'aires de stockage, de mécanisation et de main-d'oeuvre. Cela pour dire que le voeu du ministre, restera un simple voeu, tant que les moyens objectifs de l'épanouissement de l'agriculture nationale ne sont pas tous réunis.