Un président différent des autres

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Désormais, dans le canevas des relations algéro-françaises, il y aura un avant et un après-Macron. Nous passons de la passion à la réflexion et de l'émotion à la raison. Son geste, courageux, à travers lequel il a officiellement reconnu le rôle de la France dans la mort de Maurice Audin a été salué par les historiens et les hommes politiques des deux pays. Le président Macron a donné corps à la promesse d'une France nouvelle. En ouvrant, avec beaucoup d'audace, le douloureux dossier de la guerre d'Algérie qui a déchiré la société française, Macron vient de faire un pas décisif dans l'entreprise de dépassionner l'épineuse question mémorielle qui lie la France et l'Algérie. «C'est un acte important. Pour nous les historiens, la vérité scientifique est déjà établie depuis longtemps», soutient Raphaëlle Branche, historienne et spécialiste de la guerre d'Algérie, estimant «dès lors que l'État dit «je reconnais», il donne une force supplémentaire à cette vérité». Sans nul doute, le président Macron est décidé à mener cette entreprise. En opération vérité sur la guerre d'Algérie depuis sa visite à Alger en tant que candidat à la présidentielle, Macron a brisé le tabou en dénonçant franchement et frontalement alors «les crimes contre l'humanité» commis pendant la colonisation. Des propos qui avaient mis le feu en France. Prudence à Alger où l'on s'interrogeait s'il fallait prendre pour argent comptant les propos d'un candidat en pleine campagne présidentielle. Il vient de confirmer le bien-fondé de ses propos. En plus de cette histoire commune qu'il convient d'assumer, les deux pays partagent un destin commun. D'abord avec une communauté de près de 5 millions de personnes. Confrontés au défi sécuritaire commun aussi bien au Sahel que les deux rives de la Méditerranée en plus de défis économiques et sociaux
Il reste à décrypter, donner du sens et à accompagner ce pas géant effectué par l'Etat français. Quels seront les nouveaux rapports avec la France macronienne? Comment restaurer un socle commun qui autorise les échanges? Depuis l'indépendance du pays, les relations algéro-françaises ont été marquées du sceau de l'incompréhension et de la difficulté.
Le temps n'est-il donc pas venu pour confier cette question mémorielle aux chercheurs, aux spécialistes et aux historiens? IL leur appartient, à eux seuls de traiter cette question d'une manière totalement dépassionnée et surtout objective. Les bruyantes mésententes, les coups tordus, les tractations secrètes, les traités d'amitié avortés, le poids de la mémoire, tout est remis en cause. Passionnantes perspectives entre deux pays rongés par des années d'une relation passionnelle...