L'Algérie salue un grand "pas"

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La «reconnaissance par la France de l'assassinat de Maurice Audin est une avancée», a déclaré le ministre des Moudjahidine Tayeb Zitouni.

C'est un puissant tabou que le président français vient de faire tomber. Ce qui doit permettre à faire la lumière sur bien des disparitions, des assassinats commis sous la torture. Une pratique dont s'en sont lavés les mains ceux qui ont en usé jusqu'à arracher le dernier souffle de leurs suppliciés. Maurice Audin en est un symbole. Il a fallu attendre l'arrivée d'un président français décomplexé par rapport à la guerre d'Algérie pour reconnaître que la France, ancienne puissance coloniale en Algérie, a mis en place un «système» entraînant des actes de torture et la mort de Maurice Audin. Un «pas» significatif dans le douloureux travail de mémoire. Les autorités et historiens algériens ont salué la reconnaissance par la France de sa responsabilité dans la mort sous la torture de Maurice Audin, militant de la cause nationale. «C'est un grand jour», a assuré Amar Mohand Amer, historien et chercheur au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (Crasc) d'Oran. Cette reconnaissance «renvoie à un des nombreux traumatismes de la colonisation (...) la torture et les disparitions de milliers de militants de la cause nationale (algérienne) qu'ils soient musulmans, juifs, chrétiens ou autres», a-t-il confié à l'AFP. «Il a fallu un jeune président pour avoir le courage de dire que l'Etat français avait menti», a t-il souligné. La «reconnaissance par la France de l'assassinat de Maurice Audin est une avancée, a déclaré de son côté le ministre des Moudjahidine Tayeb Zitouni. qui y a vu une «une preuve qu'il y aura davantage de reconnaissances» des crimes commis par la France durant la guerre d'Algérie. Interrogé par l'AFP, Abdelmadjid Merdaci, historien et professeur à l'université de Constantine, a noté que «le président la République reconnaît que l'armée française a commis un crime». «C'est un pas significatif. Cette reconnaissance a une portée symbolique pour la France et pour l'Algérie et elle appelle d'autres reconnaissances» a t-il observé, soulignant qu'outre le cas de Maurice Audin, la guerre d'Algérie a été marquée par «les tortures, les disparitions» et les massacres de civils. Le travail de mémoire ne peut se «faire dans la stigmatisation et les accusations réciproques», a rappelé Abdelmadjid Merdaci, qui s'est réjoui d' «un pas pour lever les hypothèques qui pèsent sur les rapports entre l'Algérie et la France». «Pour nous, Algériens, Maurice Audin est un Français de naissance, mais un Algérien de choix», explique l'historien, «il n'a pas été arrêté parce qu'il était un militant communiste français, mais parce qu'il était un militant indépendantiste algérien». La démarche d'Emmanuel Macron est aussi «un rappel important que ceux qui avaient pris fait et cause pour l'indépendance de l'Algérie n'étaient pas tous musulmans», a t-il poursuivi. «Il y a des Français qui ont porté l'honneur de la France et les valeurs de la République française», a-t-il souligné. Maurice Audin «a fait le choix naturel de l'Algérie. Ils étaient nombreux, les Européens, à se considérer comme Algériens à part entière et à avoir lutté contre une France coloniale très répressive», confirme Amar Mohand Amer. Pour Abdelmadjid Merdaci, la reconnaissance de la responsabilité de la France a aussi une importance cruciale à l'échelle de la famille de Maurice Audin: «pour son épouse Josette, son fils Pierre, sa fille. Mme Audin attend cela depuis des décennies». C'est enfin arrivé...mais la douleur reste toujours là.