POURPARLERS À GENÈVE ENTRE LE ROYAUME DU MAROC ET LA RASD

Le destin d'un peuple en suspens

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La position de Mohammed VI n'a pas évolué d'un iota par rapport à la question sahraouie. Le souverain marocain ne veut pas entendre parler de référendum qui garantit le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination.

Les lignes n'ont pas bougé. Pas de déclarations spectaculaires. Comme il fallait s'y attendre. La rencontre d'hier, s'apparentait beaucoup plus à une réunion qui consistait à renouer les fils du dialogue brouillés depuis 2012, plus de six longues années. A s'asseoir autour d'une même table de négociations tout en respectant les positions des uns et des autres certes. Et surtout ne pas piétiner la légalité internationale. Tenir compte des nombreuses résolutions votées par le Conseil de sécurité, s'y plier et les appliquer en ce qui concerne le Sahara occidental. Toutes, sans exception, ont mis en exergue l'organisation d'un référendum qui puisse garantir au peuple sahraoui le droit à l'autodétermination: Le noeud gordien de la question sahraouie. Il n'a jamais pu être tranché. Le Maroc qui campe autour de sa position de projet de large autonomie y a fait obstacle. Les initiatives n'auront pourtant pas manqué. James Baker, ex-envoyé spécial de l'ONU pour le Sahara occidental échouera à mettre en oeuvre le référendum prévu dans le cessez-le-feu conclu en 1991. Suivront les quatre rounds de négociations de Manhasset dont le premier acte se jouera les 19 et 20 juin 2007. Le second se tiendra les 10 et 11 août de la même année. Le troisième, les 8 et 9 janvier 2008. Le quatrième et dernier round a eu lieu les 18 et 19 mars 2008.
Les négociations qui ont été pilotées par Peter van Walsun, envoyé personnel pour le Sahara occidental du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, à l'époque, ne déboucheront sur rien de concret. Christopher Ross lui succédera. Nommé envoyé personnel du SG de l'ONU pour le Sahara occidental en janvier 2009, le diplomate américain réussira à organiser neuf rounds de pourparlers informels dont le dernier s'est tenu entre le 11 et le 13 mars 2012 aux Etats-Unis, à Greentree, Long Island, près de New York. Sans progrès notoire. Depuis, plus rien jusqu'à l'arrivée de son successeur qui s'est engagé à organiser des pourparlers directs entre le Maroc et le Front Polisario, sans préconditions, avant la fin de l'année 2018 et a réussi à tenir son pari.
Le Maroc et le Front Polisario se sont donc rencontrés hier à Genève. Un face-à-face pour briser la glace. Une première depuis 2012. «Cette réunion sera la première du genre en six ans et se déroulera conformément à la résolution 2440 du Conseil de sécurité des Nations unies. Elle constituera un premier pas vers un processus de négociation renouvelé visant à parvenir à une solution juste, durable et mutuellement acceptable, qui fournira pour l'autodétermination du peuple du Sahara occidental», a indiqué la veille de ce rendez-vous un communiqué de l'ONU. Ce que le Maroc n'est pas disposé à entendre. «Le Maroc ne reconnaît pas -et ne reconnaîtra jamais- cette entité fantoche (La République sahraouie, Ndlr)...» avait déclaré le chef de la diplomatie marocaine Nacer Bourita, qui était à la tête de la délégation qui a pris part, hier, aux discussions avec le Front Polisario, dans un entretien publié le 5 février 2017 par le site marocain, d'info en ligne Le Desk. S'y est-il rendu avec la même disposition d'esprit? A en croire la presse marocaine rien n'a changé. «Le Maroc n'a rien à donner», a confié une source marocaine officielle qui a ajouté que Rabat ne considère pas la rencontre de Genève comme une négociation, mais comme simple «table ronde» a rapporté le même média. La présence de l'ambassadeur marocain à l'ONU, Omar Hilale, au sein de la délégation conduite par Bourita en est un indice. Réputé pour son animosité contre l'Algérie qui soutient la cause sahraouie et les efforts de l'envoyé spécial de l'ONU pour parvenir à une solution juste qui assure le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination comme le stipulent les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, il constitue un des remparts à la mise en oeuvre d'un processus de négociations qui garantit au peuple sahraoui le droit de décider de son destin. La rencontre d'hier est-elle, dans ce cas, un coup d'épée dans l'eau? Possible. Paradoxalement elle réduit la marge de manoeuvre du royaume. Le discrédit pend au-dessus de la tête du souverain marocain comme une épée de Damoclès.