MANIFESTATIONS ET EMPÊCHEMENT DES VISITES MINISTÉRIELLES

La mobilisation ne faiblit pas

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A moins de vouloir détourner le mouvement de son objectif, l'ampleur de la mobilisation ne saurait être réduite à des réformes gérées par le sérail.

Les manifestations sectorielles se poursuivent pour rejeter l'agenda électoral du pouvoir. Mais la tendance répressive s'affirme aussi: des vidéos accablantes, montrant des policiers tirer des grenades lacrymogènes depuis les toits des immeubles vers une foule compacte, sont diffusées sur la Toile. Les Algériens à l'étranger ont tenu hier des rassemblements antisystème dans plusieurs villes du monde notamment à Paris (place de la République), Toulouse, Odessa (Ukraine) et même devant le siège de l'ONU, où un appel a été adressé à l'UE, à l'Allemagne et aux USA de ne pas s'ingérer dans les affaires internes de l'Algérie et de soutenir le combat du peuple. Les étudiants maintiennent la pression de la mobilisation contre le système. Ils ont organisé, hier, des rassemblements et manifestations de rue à travers le pays pour réitérer leur rejet de toute élection organisée par les figures du régime qualifiées d'artisans de la fraude, en l'occurrence «Bensalah, Bedoui et Belaïz». Les étudiants ont manifesté hier à l'intérieur de la Fac centrale en scandant «Bensalah dégage». Ils réclament également le départ de la «bande». Ceux de la Faculté de médecine ont tenu un rassemblement dans l'enceinte universitaire. Après la montée au créneau du nouveau syndicat des magistrats qui compte près de 2000 juges et procureurs, pour dire haut et fort qu'ils ne superviseront pas l' élection du 4 juillet prochain, les notaires et les huissiers de justice ont manifesté, hier, à leur tour devant le ministère de la Justice à El-Biar(Alger).
A l'incroyable manifestation des magistrats pour la première fois depuis l'indépendance, s'ajoute l'empêchement des visites de délégations ministérielles dans les wilayas de l'intérieur. Les manifestants ont chassé avant-hier une délégation de trois ministres à Béchar tandis que, hier, à Tébessa, le ministre de l'Energie en visite dans cette wilaya a été empêché de sortir de l'aéroport. Sur le plan politique, tout le monde s'accorde à dire qu'il est hors de question que l'actuel Premier ministre, Noureddine Bedoui, qualifié de «fraudeur en chef» et le ministre de l'Intérieur, ex-chef de cabinet de Bedoui puissent organiser l'élection présidentielle prochaine. «La démission du président du Conseil constitutionnel, Tayeb Belaïz, du président par intérim, Abdelkader Bensalah et du ministre de l'Intérieur, sont des revendications simples et réalisables. Les décideurs doivent répondre à la volonté populaire», estime-t-on.A moins de vouloir dévier le mouvement de son objectif, personne ne peut dire que l'ampleur de la mobilisation et la nature des revendications exprimées se réduiraient à des réformes conçues et pilotées par un sérail objet d'un discrédit populaire. L'idée de chercher à doter le mouvement d'une quelconque direction, n'a aucune chance d'avoir un écho favorable, soulignent des observateurs. «Depuis la dernière violation de la Constitution par l'annulation de l'élection du 18 avril, cette Loi fondamentale n'est plus valable», a indiqué Mohcine Belabbas. «Si la justice a réellement retrouvé son indépendance, comme prétendent les autorités,dont le chef d'état-major, il faut qu'elle ouvre une enquête pour débusquer le responsable qui a ordonné de tirer des bombes lacrymogènes et des balles en caoutchouc dans la foule compacte à l'intérieur du tunnel», a indiqué Mohcine Belabbas. «Le chef d'état-major de l'armée, Gaïd Salah doit cesser de faire de déclarations politiques...»,a-t-il soutenu. «La phase actuelle est une phase de règlement de comptes. Il faut qu'il y ait des comptes à rendre, à travers une justice transitionnelle où les juges auront plus de prérogatives pour s'autosaisir et ouvrir des enquêtes sur la corruption», a-t-il ajouté. Par ailleurs, pour beaucoup, la stratégie de la peur a été déjouée depuis le début de la protesta. Dans son interview parue hier dans le journal El-Khabar, Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs, a indiqué que «la démission du président Abdelaziz Bouteflika, le 2 avril, est la conséquence du non-respect d'un accord établi au sein du pouvoir». Elle a rappelé les conditions durant lesquelles le chef de l'Etat contesté avait annoncé son départ, accéléré après la réunion de l'état-major de l'armée. Bouteflika a démissionné le jour-même de la demande de Gaïd Salah d'appliquer «immédiatement» l'article 102 de la Constitution. «En tout cas, la démission du chef de l'Etat a évité au pays des complications politiques et sécuritaires», a-t-elle dit.