ILS ESTIMENT QUE L'ARMÉE EST INCONTOURNABLE

Les partis lancent des SOS

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Les démocrates comme les islamistes tentent d'appeler à la raison en plaidant pour le respect de la volonté populaire et la sauvegarde de l'intérêt du pays.

Des cris d'alarme fusent de partout. La situation d'impasse que traverse le pays inquiète plus d'un. Après 12 vendredis de manifestations populaires, les choses se corsent davantage. Le dialogue de sourds s'installe et ferme tous les horizons. Le mouvement populaire refuse l'agenda politique du pouvoir et réclame une période de transition, alors que le pouvoir, de son côté, s'en tient strictement à l'option constitutionnelle. Cette équation compliquée risque de plomber l'horizon et avorter toute tentative de sortie de crise. Devant cet état de fait, partis et personnalités politiques prennent le relais pour porter très haut les revendications populaires en lançant des appels pressants à l'adresse de l'institution militaire. Ces derniers jours, les sorties médiatiques se multiplient de part et d'autre. Les démocrates comme les islamistes tentent d'appeler à la raison en plaidant pour le respect de la volonté populaire et la sauvegarde de l'intérêt du pays. Pour eux, le maintien de l'élection présidentielle au 4 juillet risque sérieusement de mener le pays au chaos. «La nécessité d'un changement du système de gouvernance est indispensable. Si on reste dans l'élection présidentielle du 4 juillet, on se dirigera vers la catastrophe», avertit l'ancien chef du gouvernement, Ahmed Benbitour. Ce dernier a appelé carrément la grande muette «à restituer le pouvoir au peuple». «Depuis l'indépendance à aujourd'hui, tous les chefs de l'Etat ont été désignés par l'armée et non pas élus par le peuple. Nous espérons cette fois-ci que ce ne sera pas l'armée qui va désigner celui qui va être le candidat à la présidence de la République, qu'on aurait vraiment une élection et non des cooptations», a-t-il proprement expliqué, lundi, sur les ondes de la Chaîne 3 de la Radio nationale. Le même jour, le président du Mouvement de la société pour la paix, Abderrezak Makri qui était l'invité du forum El Moudjahid a lancé un appel à l'adresse de l'institution militaire l'invitant ouvertement à assumer ses responsabilités. «Nous sommes conscients du poids de l'institution militaire dans la décision politique, c'est pourquoi nous appelons le chef d'état-major de l'ANP à trouver des solutions, comme il l'a fait pour la démission de Bouteflika à travers l'application de l'article 102», a-t-il clairement précisé. Persuadé que les conditions ne sont pas réunies pour maintenir l'échéance présidentielle dans les délais fixés, Makri estime qu'il est du rôle de l'institution militaire d'oeuvrer à une sortie de crise en accompagnant le processus de transition réclamé par le peuple. L'ancien président du RCD, Saïd Sadi est intervenu également au courant de cette semaine pour apporter sa lecture sur l'évolution de la situation. Il a soutenu que le maintien de l'élection présidentielle pour le 4 juillet prochain ne réglera pas les choses. «Pis encore, elle mettra l'armée face à un peuple déterminé, soudé et unanime dans sa quête de liberté. Et cette fois, il n'y a ni parti déclarant abolir les libertés individuelles et collectives ni mouvement insurrectionnel armé pouvant justifier des mesures exceptionnelles», a-t-il prévenu. Saïd Sadi a indiqué que «s'il est difficile de trouver des explications rationnelles à la présidentielle officiellement prévue pour le 4 juillet et à laquelle personne ne croit ou adhère, il est, hélas, aisé de deviner les tragiques conséquences de cet aveuglement». Par ailleurs, des avocats montent au créneau pour dénoncer le maintien de cette élection. Les robes noires ont renoué avec la protesta en organisant des sit-in devant les Palais de justice au niveau des 48 wilayas pour réclamer le départ de tout le système.