TRUMP SE RETIRE DE L'ACCORD DE LA COP21

Un non-évènement pour un accord dépassé

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«Les promesses ne beurrent pas le pain» Proverbe américain

Une tempête dans un verre d'eau que l'annonce médiatique du refus de Trump de cautionner l'accord de Paris. De quoi s'agit-il? Rappelons d'abord les objectifs de l'accord de Paris qui n'a été validé qu'à la COP 22 à Marrakech. Pour rappel les Etats-Unis n'ont pas voulu entériner le protocole de Kyoto autrement plus robuste et contraignant. Résultat des courses: le protocole de Kyoto a donné lieu à des résultats maigres. La température a augmenté, les tonnages de CO2 sont devenus plus importants autour de 35 milliards de tonnes. Dans une allocution attendue, le président américain a précisé être prêt à ouvrir de nouvelles négociations «pour revenir dans l'accord de Paris», ou pour aboutir «à un nouveau traité», «L'accord de Paris compromettrait notre économie, briserait nos travailleurs, affaiblirait notre souveraineté, imposerait des risques juridiques inacceptables et nous mettrait en situation de faiblesse permanente par rapport aux autres pays du monde, a-t-il assuré. Il est temps de placer Youngstown, dans l'Ohio, Detroit, dans le Michigan, et Pittsburgh, en Pennsylvanie, et beaucoup d'autres endroits dans notre grand pays, avant Paris, en France. Il est temps de rendre l'Amérique grande à nouveau.» (1) «Comme pour Kyoto, les Etats-Unis ont posé des conditions à l'accord de Paris, exigeant notamment que les objectifs de réduction d'émissions ne soient pas contraignants. Leurs demandes ont été satisfaites et pourtant, une fois encore, ils se retirent. Donald Trump l'a bien compris, annonçant le 1er juin qu'il mettait fin à la fois à l'engagement de réduction de 26% à 28% des émissions des Etats-Unis d'ici à 2025 et au financement américain du Fonds vert pour le climat. Washington, qui avait accepté d'abonder 3 milliards des 10 milliards de dollars de la mise initiale, n'aura versé, sous l'administration Obama, qu'un milliard à l'institution de soutien aux pays du Sud. Jusqu'à présent, la limite des 2°C était très difficile à respecter. Sans les Etats-Unis, elle devient impossible à atteindre.» (1)

Que dit réellement l'accord?
De nombreuses études suggèrent qu'une augmentation de température de 3 °C est maintenant possible et même probable. Le nouvel accord confirme l'objectif de maintenir le seuil d'augmentation de la température au-dessous de 2°C et espère même tendre vers 1,5°C avant 2100. Pour y parvenir, l'accord précise que les émissions de gaz à effet de serre ne devront pas dépasser 40 Gt d'équivalent CO2 en 2030 Or, le rapport «note avec préoccupation» que «les niveaux des émissions globales de gaz à effet de serre en 2025 et 2030 estimés se traduisent par un niveau prévisible d'émissions de 55 gigatonnes en 2030». Soulignons que les émissions actuelles sont comprises en 35 et 40 Gt, cela signifie donc qu'il faudrait stopper toutes nos émissions ou bien les séquestrer massivement.
En clair, même s'il était appliqué, l'accord serait inefficace! Si l'objectif de 1,5°C est ambitieux, il est à la fois irréalisable, dépourvu d'engagements chiffrés et non contraignant! L'augmentation moyenne de la température mondiale est déjà de 1°C depuis 1850, ce qui signifie que nos sociétés devraient contenir le réchauffement à venir à 1°C voire 0,5°C dans l'option la plus optimiste... Or, les projections sur cette question estimaient déjà en 2011 que le seuil de 2°C était hors de portée. Au final, l'effort de réduction des émissions de gaz à effet de serre est maintenant un véritable défi qui n'est pas à la portée, le niveau doit être réduit de 40 à 95% d'ici à 2050, c'est-à-dire dans seulement 35 ans, L'accord est de mon point de vue une vaste escroquerie car à force de vouloir plaire à tout le monde (record 190 pays) les ambitions ont été réduites, même les Etats insulaires n'ont pas voulu signer.
C'est l'avis aussi de Jean Jouzel climatologue, ancien vice-président du groupe 1 du Giec; il n'est pas sûr, même si tout le monde signe, que l'accord permette de stopper le changement climatique. Nous résumons son interview: «La question du réchauffement climatique va continuer de peser, et surtout, le gaz de schiste est un concurrent direct du charbon. (...) Le problème de cet accord c'est que les engagements des pays ne sont pas à la hauteur de l'objectif. On sait déjà qu'à l'horizon 2030 'il y aura 30 à 40% d'émissions de gaz à effet de serre en trop'' pour rester sur la trajectoire des deux degrés. la reprise du charbon est extrêmement négative. Si Trump relance le charbon aux Etats-Unis, ça va donner à d'autres pays une justification pour le faire. Déjà Poutine, d'une certaine façon, s'est engouffré dans la brèche. Il n'y a pas aussi des problèmes sur les financements et notamment les 100 milliards de dollars par an promis aux pays en voie de développement? Ce que je crains le plus, c'est que les Etats-Unis arrêtent tout financement en faveur de la lutte pour le climat. Si on regarde les investissements au niveau planétaire en 2016, les énergies renouvelables ont été plus fortes que toutes les autres énergies. Autre signe important, c'est la diminution du coût des renouvelables. Là où le solaire est rentable, les gens ne se mettront pas au charbon. (...) Il faut aussi qu'il y ait des innovations au niveau du stockage de l'énergie et des matériaux. C'est cela, la réussite de la transition énergétique.» (2).
De plus, même avec les «cadeaux» le texte a été remanié quelques heures avant son adoption; l'accord ne fournira pas de traité juridiquement contraignant obligeant les pays à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. C'est ce qu'a affirmé le secrétaire d'Etat américain John Kerry au quotidien britannique Financial Times le 12 novembre 2015 «Ce ne sera certainement pas un traité (...) Il n'y aura pas d'objectifs de réduction juridiquement contraignants comme cela avait été le cas à Kyoto», a indiqué M. Kerry, en référence au protocole de Kyoto de 1997 par lequel les pays signataires s'engageaient à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre.(3)

Comment sauver la planète?
Il y a d'abord une forte tarification du carbone qui est indispensable pour respecter l'accord de Paris. Pour les deux économistes Stern et Stiglitz, rédacteurs de l'étude «la forte tarification du carbone, nécessaire pour limiter la hausse des températures à 2°C, est compatible avec la croissance économique Donald Trump qui considère que la feuille de route établie par l'administration Obama en matière de plafonnement de leurs émissions (réduction des émissions de CO2 de 26 à 28% d'ici à 2025 par rapport à 2005) seraient handicapants pour la croissance américaine prendra sa décision sur l'accord de Paris après son retour du G7. Une étude de l'Ocde publiée le 23 mai dernier démontrait pourtant que l'intégration des objectifs climatiques aux politiques économiques permettrait aux pays du G20 d'améliorer leur croissance de 1% d'ici à 2021, et de 2,8% d'ici à 2030. Certes, à l'échelle du G20 (85% du PIB mondial et 80% des émissions), la transition énergétique exige des investissements de quelque 6900 milliards de dollars par an d'ici à 2030, soit un surcoût de 10% en comparaison d'une politique traditionnelle (business as usual) ne tenant pas compte du climat. Mais ce surcoût serait largement compensé par les économies annuelles de 1700 milliards de dollars liées aux co-bénéfices de ces politiques (dépenses dans les énergies fossiles, la santé publique, etc)» (4)
Le 29 mai c'est 'un rapport de la Commission Stern/Stiglitz'', qui revient sur l'une des principales pistes de mise en oeuvre de l'accord de Paris: la tarification du carbone. C'est lors de la COP 22 de Marrakech en novembre 2016. Leur conclusion est simple: respecter l'accord de Paris implique de mettre en place un prix du carbone situé dans une fourchette de 40 à 80 dollars par tonne en 2020 pour atteindre 50 à 100 dollars en 2030. Revenant sur les co-bénéfices en termes d'innovation, de résilience, de villes plus agréables à vivre, d'amélioration de la qualité de l'air et de la santé, les auteurs affirment que la tarification du carbone permettrait également d'atteindre les Objectifs de développement durable (ODD). Dans tous les cas, la tarification du carbone devra s'accompagner de politiques de soutien à l'efficacité énergétique, aux énergies renouvelables, à l'innovation et au développement technologique, à l'investissement de long terme dans les infrastructures ainsi que de mesures d'accompagnement de la population vers une croissance bas carbone.» (4).

La réalité du bilan énergétique de la planète.
Tout n'est pas perdu, retrait ou pas des Etats-Unis. Ce qui va sauver la planète c'est la diminution de l'intensité énergétique et le recours massif aux énergies renouvelables. Ainsi le bilan énergétique mondial 2016 montre qu'en dépit des progrès observés en Chine, la décarbonation des économies et en particulier de la production d'électricité demeure trop lente au regard des objectifs fixés par l'accord de Paris. En 2016, malgré la plus faible croissance économique (+2,6%) enregistrée depuis la crise de 2008, la consommation mondiale d'énergie demeure stable (+0,9%), tout comme les émissions de CO2.(...) Grâce à une diminution de la demande et à son mix énergétique de moins en moins carboné, la Chine continue de progresser et voit ses émissions de CO2 stagner, en dépit de sa croissance économique qui se stabilise autour de 6 à 7%. Elles sont également en baisse aux Etats-Unis (où le gaz se substitue toujours plus au charbon) ainsi qu'en Europe et au Japon. Seule énergie à ne pas bénéficier du rebond de la consommation, le charbon recule globalement pour la troisième année: -4,7% en Chine où il est remplacé par les énergies renouvelables, le gaz et le nucléaire; -9% aux Etats-Unis où il cède du terrain aux gaz de schiste et aux renouvelables, notamment l'éolien porté par le maintien en 2016 d'un cadre fiscal très favorable; -50% au Royaume-Uni. En revanche, le charbon progresse fortement en Inde, où pas moins de 16 gigawatts ont été installés. Selon les projections d'Enerdata, pour une croissance de 3% environ, il faudrait pour rester dans les clous de l'Accord de Paris, que l'intensité carbone de la production énergétique s'améliore de quelque 6%, L'autre enseignement marquant du bilan 2016 concerne le spectaculaire développement des énergies renouvelables qui se poursuit sous l'impulsion de la Chine. Grâce à une croissance de 30% en 2016 (soit 22 GW additionnels) le pays possède désormais un quart du parc éolien du G20 (contre 13% en 2010). Idem dans le solaire». (5.)
Par ailleurs, ce refus américain aura peu d'impact, car aux Etats-Unis, l'industrie des énergies renouvelables avec 770.000 emplois, pèse dix fois plus que le secteur du charbon, et crée des jobs 17 fois plus rapidement que le reste de l'économie américaine.» C'est sans doute l'argument qui bat le plus directement en brèche la justification de Trump pour sortir de l'Accord. Sur le plan climatique, avec environ 14% des émissions de la planète (29% pour la Chine), le poids des États-Unis ne cesse de diminuer.» (5.)

Que risquent les Etats-Unis à quitter un tel traité?
Déjà on pense aux représailles qui n'auront pas lieu. Donald Trump aurait finalement décidé de tirer un trait sur la COP21 et la COP 22. S'il en a parfaitement le droit, cet acte aura des conséquences. En dehors même de l'avenir de la planète, la transition énergétique visée lors de la COP21 implique une transformation profonde de l'économie. Ainsi, la Chine va investir 360 milliards dans les énergies renouvelables d'ici 2020. «Je pense que si les Etats-Unis se retirent, ça risque d'être bien plus dur pour les sociétés américaines d'énergie renouvelable de vendre leur produit dans le monde», estime Andrew Light, du thinktank World Resources Institute, qui a travaillé pour le gouvernement américain sur l'accord. (...) Enfin, l'addition pourrait être encore plus salée pour les Etats-Unis dans le futur, si les choses tournent mal, comme le rappelait dans nos colonnes l'avocat Yann Aguila. Si les Etats-Unis se retiraient de l'accord de Paris, des actions en justice pourraient être engagées contre le gouvernement américain par des victimes du réchauffement climatique''.»

Les regrets hypocrites
Les pays européens -Berlin, Paris et Rome- ont «regretté» dans une déclaration commune la sortie des Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat. La chancelière allemande, Angela Merkel, a dit «regretter» la décision américaine. La chancelière a appelé à poursuivre «la politique climatique qui préserve notre terre». Le Japon a qualifié de «regrettable» la décision du président américain Donald Trump. Rappelant que le changement climatique exige des «efforts concertés de l'ensemble de la communauté internationale», le secrétaire général des Nations unies enjoignait dans un communiqué les villes, les Etats et les entreprises américaines à continuer à oeuvrer «en faveur d'une croissance économique durable et à faible émission de carbone».
Nous sommes plus déterminés que jamais en Allemagne, en Europe et dans le monde à rassembler toutes nos forces pour faire face au défi climatique, a déclaré Angela Merkel au lendemain de la sortie des Etats-Unis de l'accord de Paris. Cette décision ne peut et ne va pas arrêter ceux d'entre nous qui estimons avoir le devoir de protéger la planète», La Chine s'engage à appliquer l'accord. «Les parties prenantes doivent chérir ce résultat chèrement gagné», a déclaré la porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Hua Chunying. La Russie ne reviendra pas non plus sur sa décision de rejoindre l'accord de Paris pour lutter contre le changement climatique, a assuré vendredi le vice-Premier ministre russe, Arkadi Dvorkovitch. On remarquera au passage que les rentiers de l'Opep ne réagissent pas car leur avenir est inversement proportionnel à celui de la planète.

Conclusion
La décision de Donald Trump tout à fait compréhensible de mon point de vue, il veut défendre son pays, mais il le fait maladroitement. Le charbon est de plus en plus sur le déclin, non pas que le lobby du charbon est devenu soucieux de l'avenir de la planète et surtout des pays du Sud impactés en priorité par les convulsions climatique, mais parce que les énergies renouvelables deviennent de plus en plus compétitives, notamment l'électricité verte qui non seulement s'occupe du tertiaire mais s'engage d'une façon dynamique dans le secteur transport. De ce côté, les Etats-Unis ont un dynamisme inégalé. En tout cas les
autres pays si prompts à réagir doivent s'appliquer un accord plus contraignant car l'accord de Paris est en fait un coup d'épée dans l'eau. Cette vaste mise en scène ne mène pas loin car ceux qui réellement vont trinquer n'ont rien dit et attendent toujours la mise en oeuvre du Fonds vert de 100 milliards de dollars (largement insuffisant pour combattre les changements climatiques). Aux dernières nouvelles il n'y a que 3 milliards de récoltés.

1.http://www.lemonde.fr/climat/article/2017/06/02/climat-apres-l-annonce-du-retrait-americain-une-onde-de-choc-et-des-questions_5137499_1652612.html#biVv3bhIZVHzSu2e.99
2.http://www.politiques-energetiques.com/jean-jouzel-trump-climat
3.http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Monde/article/detail/2521343/2015/11/12/Un-accord-a-la-COP21-ne-sera-pas-juridiquement-contraignant.dhtml
4.Dominique Pialot 29/05/2017 http://www.latribune.fr/economie/international/climat-le-rapport-stern-stiglitz-convaincra-t-il-trump-725644.html
5. http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/energie-environnement/climat-un-mix-mondial-encore-trop-carbone-malgre-le-recul-du-charbon-726762.html
6.http://www.huffingtonpost.fr/2017/05/31/accord-de-paris-que-risquent-les-etats-unis-a-quitter-un-tel-t_a_22119468/