ALORS QUE LE YÉMEN SE MEURT

Le monde "civilisé" regarde ailleurs

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«Le Royaume des Sabéens se situe au Yémen. Sa situation géographique et un climat qui favorisent le développement de leur civilisation. La reine Balkis est décrite comme une belle femme, dotée d'une intelligence certaine et d'une grande sagesse. Fort cultivée. Elle décida de rencontrer Salomon. 3000 chameaux la suivent transportant de précieux cadeaux. Elle veut ainsi tester le désir et la sagesse du roi Salomon...»

On ne s'arrêtera pas d'attirer l'attention sur un drame à bas bruit qui est la mort lente d'un peuple devant l'indifférence de l'Occident pourvoyeur en armes de potentats arabes qui se disent musulmans et qui font subir le martyre à un peuple sans défense qui voulait aspirer à se déterminer lui-même. Il nous est souvent arrivé de dénoncer la politique abjecte d'Israël vis-à-vis des Palestiniens colonisés, mais ce qui se passe au Yémen n'a rien à y envier en termes de barbarie. Au-delà de la religion et de la géopolitique, il y a l'humanité et ce qui se passe au Yémen qui subit une démolition minutieuse de la part d'une coalition au petit pied de 10 pays pieds nickelés qui montrent leurs deltoïdes de libellules en face des damnés de la Terre.

Petit rappel des causes du conflit
Cette description du journal, L'Express il y a deux ans nous permet de mesurer l'étendue du deux poids, deux mesures: «Deux guerres au Moyen-Orient, l'une largement médiatisée, l'autre ignorée. La Syrie et le Yémen ont pourtant des points communs: un conflit intérieur né dans le sillage des Printemps arabes, mais vite internationalisé. Des crimes commis contre la population civile et un désastre humanitaire. Dans un cas, la France et les autres pays occidentaux dénoncent avec force ces violences. Dans l'autre, Paris, Londres et Washington, non contents de garder le silence sur les bombardements meurtriers de la coalition menée par l'Arabie saoudite, continuent de lui vendre des armes. Explications de ce deux poids, deux mesures.» (1)
«Le Yémen, comme la Syrie, est secoué par une révolte contre son régime tyrannique, en 2011: Ali Abdallah Saleh a passé 32 ans au pouvoir - la dynastie Assad 41 ans à Damas. Au Yémen, Saleh est chassé en janvier 2012. Quelques mois plus tard, il s'allie avec la rébellion houthiste, qu'il avait combattue quand il était président. Quittant leur zone d'influence, dans le nord du pays, en 2014, les rebelles s'emparent de la capitale yéménite avant de pousser l'avantage jusqu'à Aden, dans le sud. C'est pour stopper cette avancée - soutenue par l'Iran, accuse Riyadh que, à la tête d'une coalition de dix pays, l'Arabie saoudite déclenche, le 25 mars 2015, une intervention militaire. Arguant de la légitimité -contestable- du président Abd Rabo Mansour Hadi, les pays occidentaux donnent leur aval à l'opération. Autre similitude avec la Syrie, la perte de contrôle, sans doute durable, de vastes pans du territoire par les forces gouvernementales. Au Yémen, c'est au profit des Houthistes et d'Al-Qaïda. Aujourd'hui, l'internationalisation de la crise au Yémen a contribué à y creuser la fracture confessionnelle, une évolution qu'a également connue la Syrie. Le «Nord», contrôlé par la rébellion houthiste, de confession zaïdite, fait face au reste du pays, sunnite. «Des identités reconstruites, peu opérationnelles avant la guerre», selon le chercheur Laurent Bonnefoy. Ce schisme a été accentué par l'hostilité de l'Arabie saoudite, leader autoproclamé du monde sunnite, et de l'Iran chiite, impliqués, à des degrés divers, dans les deux conflits.» (1)

Le commerce florissant des armes de destruction des Yéménites
Les massacres de masse des Saoudiens au Yémen, sont tus par les médias et par les pourvoyeurs d'armes: «La complexité du Yémen lit-on dans l'Express, a conduit les pays occidentaux à s'en désintéresser. «Ils se sont contentés de laisser filer et de sous-traiter la crise aux Saoudiens», déplore Laurent Bonnefoy. Et pas question de suspendre les juteuses ventes d'armes aux monarchies du Golfe: Riyadh est le deuxième plus gros importateur d'armement au monde, ses importations ont triplé sur cinq ans, rappelle le Grip. En 2015, 75% des armes vendues par la France l'ont été à l'Arabie saoudite. (...) «Le débat est vif au Royaume-Uni, au Canada, mais pas en France», s'interroge Cédric Poitevin. «Nos exportations d'armement sont conformes à nos engagements internationaux, notamment aux dispositions du traité sur le commerce des armes et de la position commune européenne», répond le Quai d'Orsay. Ces règles prévoient que les Etats de l'UE doivent s'abstenir «en cas de non-respect du droit international humanitaire, si la technologie exportée risque d'aggraver des conflits internes» ou «représente une menace pour la stabilité régionale». Des notions «sujettes à interprétation», selon Cédric Poitevin, qui permettent à la France de s'asseoir sur les protestations des défenseurs des droits humains» (...)L'Union européenne a imposé dès le mois de mai 2011 un embargo sur les armes à destination de la Syrie, après que la répression des manifestations avait fait plus de 600 morts. Rien de tel au Yémen, où l'Occident ne remet pas en cause la légitimité de l'intervention saoudienne, selon Cédric Poitevin, seulement ses modalités''.» (1)
Près de 380 milliards de dollars de contrat pour Trump tel est le deal pour laisser les Saoudiens massacrer les Yéménites en accord avec les intérêts géopolitique des USA et d'Israël, donc tout va bien... Kathy Kelly co-coordonne Voices for Creative Nonviolence accuse nommément les Etats- Unis, elle écrit: «(...) Pendant ce temps, les fabricants d'armes américains, dont General Dynamics, Raytheon et Lockheed Martin, profitent massivement des ventes d'armes à l'Arabie saoudite. En décembre 2016, Medea Benjamin a écrit: «Malgré la nature répressive du régime saoudien, les gouvernements américains ont non seulement soutenu les Saoudiens sur le plan diplomatique, mais aussi au plan militaire. Sous l'administration Obama cela s'est traduit par des ventes massives d'armes, à hauteur de 115 milliards de dollars».(...) Nous devons faire en sorte d'être assez nombreux pour que nos voix soient entendues lorsqu'elles s'élèvent en faveur des habitants du Yémen.» (2)
Pour aller plus dans l'horreur, en apprenti sorcier l'Arabie saoudite utilise des armes à sous-munition radioactive qui vont faire des dégâts avec le temps: «La coalition arabe menée par l'Arabie saoudite au Yémen a de nouveau utilisé des armes à sous-munitions dans sa guerre contre les Houthis, selon Amnesty International. Il n'y a pas de guerre «propre», mais celle menée au Yémen est particulièrement sale. (...) Régulièrement accusée d'avoir tué des civils lors de ses bombardements aériens, elle avait admis le 19 octobre avoir fait «un usage limité» de bombes à sous-munitions britanniques de type BL-755. L'Arabie saoudite avait par la même occasion fait savoir qu'elle n'utilisait désormais plus ces bombes.» (3)

Une épidémie majeure «du jamais-vu»
Déjà en 2016, un an après le début de l'intervention saoudienne, de 4000 à 6000 civils ont été tués au Yémen. Les ONG dénoncent une situation humanitaire désastreuse. Selon l'ONU, plus de 21 millions de Yéménites (contre 13, 5 millions de Syriens) dépendent d'une aide humanitaire d'urgence. «L'extrême pauvreté du Yémen a constitué un facteur aggravant, constate Isabelle Moussard-Carlsen de Action Contre la Faim. Avant la guerre, le Yémen importait déjà 90% de ses besoins alimentaires.» (1)
Pour Felipe Herrera Aguirre Metro: «Dans l'ombre du conflit, une épidémie sans précédent de choléra ravage également le petit pays de la péninsule d'Arabie. Nous sommes rendus à près d'un demi-million de cas et à près de 2000 décès. C'est une épidémie majeure, du jamais-vu. En comparaison, il y a eu 172 000 cas suspectés dans le monde en 2015, selon l'Organisation mondiale de la santé. Ici, dans un seul pays, on dépasse 500 000 cas en moins de 4 mois. Un Yéménite sur 54 aurait développé le choléra. Il s'agit d'une conséquence directe du conflit armé. Le choléra est présent dans l'eau et se transmet rapidement dans des environnements pollués (...) Il y a plusieurs défis. L'un d'eux est l'absence de respect des lois de la guerre par les différents groupes impliqués au Yémen. Viser les civils, les infrastructures comme les usines de traitement des eaux, les égouts et les hôpitaux est interdit par la loi internationale. Pourtant, cela se produit toujours. Un autre obstacle est la restriction des importations. Avant le conflit, le Yémen importait 90% de ses biens. Depuis, les importations ont diminué de moitié. Malheureusement, nous ne voyons aucun signe d'amélioration en ce moment. En matière de santé publique, avec un système de santé à genoux, on peut se demander ce qui va suivre l'épidémie de choléra.» (4)
Marianne Meunier de la Croix va plus loin elle écrit: «La guerre au Yémen a aggravé tous les maux du pays le plus pauvre du Moyen-Orient. Les 27 millions d'habitants que compte le Yémen n'ont aujourd'hui guère d'autre possibilité pour recevoir des soins. Deux ans et cinq mois d'affrontements entre les partisans du président élu, Abd Rabbo Mansour Hadi, épaulés par une coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite, et les rebelles houthistes, soutenus de façon distendue par l'Iran, ont eu raison de l'infrastructure sanitaire du pays, qui fonctionne à 45% tout au plus. Ayant tué près de 8 000 personnes, les combats ont aussi fait près de 45 000 blessés Une situation qui a conduit le Conseil de sécurité des Nations unies à évoquer, le 9 août, un risque de famine. le choléra, réapparu en avril dernier après une première épidémie en 2016, qui a contaminé plus de 450 000 personnes et fait plus de 2 000 morts. La saison des pluies, en cours, pourrait favoriser sa prolifération et porter le nombre de malades à 600 000 d'ici à la fin de l'année, prévient le Comité international de la Croix-Rouge (Cicr). Le blocus accentue la difficulté du travail des ONG. Celles-ci peuvent accéder au pays par le port d'Aden, dans le sud, et l'aéroport de Sanaa, Au début de l'année, les Nations unies ont lancé un appel à l'aide pour le Yémen. Sur les 2,1 milliards de dollars (1,79 milliard d'euros) espérés, 1,1 milliard de dollars (940 millions d'euros) a été promis, pour l'essentiel lors d'une conférence organisée à Genève, en avril. L'Arabie saoudite a promis de verser plus de 33 millions de dollars (28 millions d'euros) à l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour lutter contre la maladie.» (5)

La guerre au Yémen, un spectacle sportif?
Le témoignage pathétique de Shireen Al-Adeimi née à Aden, dans le sud du Yémen. Elle prépare actuellement un doctorat à la Harvard Graduate School of Education. Le texte ci-dessous est un Twit qu'elle a publié le 11 août 2017.: «La guerre contre le Yémen fait rage, pourtant, le sort des Yéménites ne reçoit toujours pas l'attention qu'il mérite de la part des médias et des politiciens. Alors que les riches Etats arabes bombardent le Yémen avec des armes sophistiquées (achetées à l'Occident) et embauchent des mercenaires pour leurs troupes au sol, beaucoup de gens et d'organes (par exemple, l'ONU) ont peur de s'opposer aux Saoudiens parce qu'ils ont besoin de leur argent ou parce qu'ils sont eux-mêmes impliqués dans le conflit et / ou en profitent (par exemple, les Etats-Unis et l'Angleterre). Alors, l'ONU exprime ses «inquiétudes» et le Royaume-Uni son désir de «trouver une solution politique», tout en se remplissant les poches du prix du sang des Yéménites. Le Yémen est-il devenu un spectacle sportif? Depuis deux ans et demi, les corps émaciés des enfants yéménites ou leurs cadavres envahissent nos écrans. Est-ce de l'impuissance ou de l'indifférence? Je ne sais pas. Sommes-nous «loin des yeux, loin du coeur»? Je ne sais pas. Quelqu'un m'a dit, une fois, que les enfants yéménites n'étaient pas assez «photogéniques» pour susciter de l'empathie. Est-ce du racisme, de la discrimination? Je ne sais pas. Ou bien, les portefeuilles yéménites ne sont pas assez bien remplis pour acheter ou exiger l'attention, la condamnation et l'action du reste du monde? Je ne sais pas non plus.» (6)
«Ce que je sais, c'est que le monde nous regarde. Il regarde nos enfants mourir de maladies guérissables comme le choléra parce qu'ils n'ont pas accès à de l'eau potable. Il regarde nos enfants mourir de faim au milieu d'immenses richesses mondiales parce que leurs parents n'ont pas les moyens d'acheter le peu de nourriture encore disponible. Il regarde nos concitoyens, enfants, femmes et hommes, se faire tuer par les raids aériens des Saoudiens soutenus par les États-Unis, sur leurs maisons, leurs écoles et leurs hôpitaux. Et lorsque nous demandons seulement que nos articles soient diffusés plus largement, on nous envoie promener (on m'a répondu qu'il n'y a que quelques dizaines de personnes qui s'intéressaient). Je pleure les enfants dont les petits corps ont abandonné le combat de la survie pendant les quelques minutes que vous avez passées à lire ce twit. Et je prie pour le Yémen.» (6)
Ceci rappelle l'indifférence de l'ONU de Koffi Annan devant la mort de 500 000 enfants,du fait d'un embargo inhumain, mais c'était pour Marguerite Albright le prix à payer pour faire partir Saddam. Aux dernières nouvelles il n'y a pas d'avancée pour la paix. L'Iran, accusé de soutenir au Yémen les rebelles chiites Houthis, ne peut pas contribuer à une solution dans ce pays en guerre, a affirmé le 21 aout 2017 à New York le ministre yéménite des Affaires étrangères, Abdulmalik al-Mekhalafi adoubé par la «coalition». L'Iran est une partie du problème, pas la solution
Il y a deux ans j'écrivais ces lignes qui n'ont pas pris une ride Que dire en conclusion? La situation n'est pas limpide loin s'en faut! Cependant, quelques faits objectifs: les potentats arabes ont atteint le fond en termes de dignité. Au lieu d'être fascinés par la science et le savoir, ils s'équipent jusqu'aux dents pour porter la guerre soit à leur peuple soit entre eux. Qu'il nous suffise de savoir que l'Arabie saoudite a acheté aux Etats-Unis pour plus de 70 milliards de dollars d'armement. Il en est de même des autres potentats qui dépensent l'équivalent de 200 milliards de dollars en armes fournies gracieusement par un Occident qui divise pour régner. Les Iraniens; eux, sont une puissance technologique qui avance malgré toutes les entraves occidentales et israéliennes. Quel est le pays arabe qui peut lancer des satellites? Qui peut fabriquer son propre armement? Qui peut maîtriser l'atome? En définitive, ces rodomontades n'augurent rien de bon. C'est à se tordre de rire si ce n'est pas tragique d'apprendre la résolution des pays arabes qui s'inventent une force d'intervention rapide pour mater toutes les remises en cause d'un Ordre, celui des tyrans en place, mais plus globalement celle de l'Empire qui adoube, série, dicte norme, décide du bien et du mal. Les peuples arabes n'ont pas des dirigeants éclairés, c'est cela leur malheur. Ce n'est pas demain qu'ils se décoloniseront mentalement. Le spectre de schismes de l'Islam est un faux nez, la seule vraie révolution qui aurait pu en son temps réussir, ce fut celle de la résurrection «El Baâth» d'un Monde arabe nationaliste, qui n'instrumente pas la religion. Les Nasser, les Saddam, les Assad, et même le trublion Kadhafi, avaient une certaine idée de l'Etat de la Nation arabe. Nous savons tous comment ils furent éliminés.» (7) Rien à ajouter si ce n'est que le nombre de Yéménites qui sont morts a été décuplé. On dit que parmi les signes de la fin du monde musulman il y aura un feu du côté du Yémen, serait-ce ce signe?

1.http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/conflit-au-yemen-conflit-en-syrie-deux-poids-deux-mesures_1776015.html
2.http://www.counterpunch.org/2017/03/22/reality-and-the-u-s-made-famine-in-yemen/
3.http://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/yemen-la-coalition-arabe-persiste-a-utiliser-des-armes-a-sous-munitions_1887335.html
4.http://journalmetro.com/monde/1186745/cest-une-epidemie-majeure-du-jamais-vu-au-yemen/
5.Marianne Meunier, http://www.la-croix.com/Monde/Moyen-Orient/Yemen-catastrophe-desastre-2017-08-20-12008707606.Shireen Al-Adeimi http://www.moonofalabama.org/2017 /08/-shireen-al-adeimi-has-the-war-in...
7.https://www.legrandsoir.info/le-yemen-dans-la-tourmente-adieu-l-arabie-heureuse.html