LE MONDE RISQUE DE S'EMBRASER

Paix pour les peuples

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«Qu'est devenue notre sensibilité morale? En avons-nous jamais eu une? Que signifient ces mots? Renvoient-ils à un terme très rarement employé ces temps-ci, la conscience? Une conscience qui soit non seulement liée à nos propres actes, mais qui soit également liée à la part de responsabilité qui est la nôtre dans les actes d'autrui? Tout cela est-il mort?» Harold Pinter dans son discours d'acceptation du prix Nobel

Le monde bruisse de bruits de bottes alimentés par les twitts ravageurs de Donald Trump et les réponses sans concession de Kim Jong-Un sous les regards impuissants de l'Organisation des Nations unies, ce grand machin dont parlait déjà à l'époque le président français Charles de Gaulle. A l'Assemblée générale de l'ONU, Donald Trump a adopté mardi dernier une rhétorique guerrière contre la Corée du Nord, qu'il a menacée de «détruire totalement», et a qualifié Kim Jong-Un de «rocket-man»courant à sa perte. Le dirigeant nord-coréen a répondu: «En tant qu'homme représentant la Rpdc et au nom de la dignité et de l'honneur de mon Etat, du peuple et en mon nom, je vais faire payer cher son discours à l'homme détenant les prérogatives du commandement suprême aux Etats-Unis.»
La Russie et la Chine ont mis en garde les Etats-Unis contre toute tentation militaire, lors d'allocutions devant l'Assemblée générale de l'ONU, Wang Yi, le ministre des Affaires étrangères chinois, a appelé la Corée du Nord à ne pas persister dans une voie dangereuse tout en invitant les Etats-Unis à s'en tenir à leurs promesses de non-agression. Le Kremlin a aussi fait part de son inquiétude «Moscou est sans aucun doute profondément préoccupé de l'escalade des tensions dans la péninsule coréenne, liée à l'échange de déclarations assez grossières et pleines de menaces» entre les deux présidents, a déclaré à la presse le porte-parole du Kremlin, appelant une nouvelle fois à la «retenue».
L'armistice de la guerre de Corée n'a toujours rien réglé. Pour l'histoire, le diplomate nord-coréen Sin Son-ho aux Nations unies avait déclaré en octobre 2008, lors d'une session de l'Assemblée générale des Nations unies que la Corée du Nord a mis au point des armes nucléaires pour répondre à la menace qu'elle perçoit de la part des États-Unis, en ajoutant que la Corée du Nord a commencé à démanteler son armement nucléaire et qu'elle soutient «la dénucléarisation de la péninsule coréenne».En précisant que son pays désire que soit signé un traité de paix pour remplacer l'armistice qui a mis fin à la guerre de Corée, il y a 55 ans. On aurait cru qu'avec la nomination du nouveau président que la paix était à portée de main. Rien n'y fit, un engrenage dangereux a fait que les Etats-Unis ont installé les missiles Thaads en Corée du Sud et ont présenté l'addition de 3 milliards de dollars aux dirigeants qui ne voulaient pas les payer.

Résumé de l'état d'avancement de la paix froide
Paul Craig Roberts, ancien secrétaire au Commerce sous Reagan, analyse finement les non-dits des discours de Trump qu'il dit avoir désavoué tout ce dont sur quoi il a été élu.: «Le discours à l'ONU de Trump montre clairement que c'en est fini de la présidence de Trump, si l'on se réfère à ses promesses de campagne où il s'était engagé à sortir Washington du rôle de gendarme du monde'', sortir du Moyen-Orient, et rafistoler les relations avec la Russie. La CIA et le complexe militaro-sécuritaire ont pleinement pris le contrôle du gouvernement américain. Trump a accepté sa servitude (...) Washington uber alles est la seule politique étrangère qui vaille. Aux Nations unies Trump a, de fait, menacé de rayer la Corée du Nord de la surface de la terre. Y rajoutant d'autres menaces contre le Venezuela et l'Iran. Il a diabolisé ces pays, les qualifiant «d'États voyous», alors que ce terme serait plutôt applicable à Washington qui a détruit, tout ou partie, huit pays en ce début du XXIème siècle et en a trois à cinq de plus dans sa ligne de mire. Washington est en train de réussir à conduire le monde à Armagueddon, parce que les dirigeants du monde préfèrent l'argent à la vérité, à la justice, à la survie. Washington, absorbé dans ses tentatives de destruction de la Syrie, a laissé à sa marionnette d'Arabie saoudite le soin de détruire le Yémen. L'autocratie saoudienne, un des principaux sponsors avec les Etats-Unis du terrorisme, a fait du bon boulot, grâce aux livraisons d'armes américaines et au ravitaillement de ses avions d'attaque par les États-Unis.

La destruction de la Corée du Nord: un phoenix qui renaît de ses cendres
Cette guerre totalement gratuite a permis de maximiser les profits du complexe militaro-sécuritaire américain, une bande de malfaiteurs comme on n'en a jamais vu sur Terre. Tout le problème nord-coréen se résume à placer des missiles nucléaires américains à la frontière de la Chine. Tout le problème iranien se résume à placer des missiles nucléaires américains à la frontière de la Russie. (...) Le gouvernement des États-Unis, qui n'est pas un gouvernement du peuple, est le seul qui ait jamais menacé un autre pays de destruction totale comme Trump l'a fait pour la Corée du Nord dans son discours à l'ONU.» (1)
La contribution suivante montre que les tentatives nombreuses de démolir la Corée du Nord ont été vaines. Il les liste: «Détruire totalement la Corée du Nord? Cela a été entrepris de manière systématique, scientifique et à un rythme infernal par les différentes branches des forces armées US lors de la guerre de Corée (1950-1952) au point où les Nord-Coréens furent obligés d'enterrer leurs villes et leurs usines sous terre. C'est également l'objectif affiché et poursuivi par le complexe militaro-industriel depuis la fin de cette guerre terrible menée sous mandat de l'ONU. Si la Corée du Nord a échappé à une destruction totale jusque-là, elle le doit initialement à sa position stratégique adjacente de l'ex-Urss et de la République populaire de Chine, l'absence de ressources énergétiques fossiles; la présence le long de la ligne de front (la DMZ) de milliers de pièces d'artillerie pouvant déverser sur Séoul, une ville de plusieurs millions d'habitants, plus de deux millions d'obus et de roquettes en l'espace de quelques minutes; l'échec de plus de 276 tentatives clandestines visant à décapiter le régime; l'absorption des ressources politiques, diplomatiques, économiques, financières et militaires US par les désastres afghan et irakien, puis par l'échec du «printemps arabe»; la montée en puissance de la Chine et la ré-emergence de la Russie; l'amélioration notable des conditions de vie et du revenu en Corée du Nord entre les années 2005 et 2015; enfin, l'acquisition par Pyongyang de l'arme atomique, mais surtout l'incapacité de ses adversaires à connaître son arsenal réel. De fait, les USA auraient pu détruire la Corée du Nord à deux reprises: la première fois après la chute de l'ex-Urss et l'effondrement consécutif de l'économie nord-coréenne en 1991, suivi d'un état de famine et de pénuries. La seconde fois, c'était en 1994-1995 lorsque l'Armée nord-coréenne eut d'immenses difficultés à se procurer des armes, des munitions et des pièces de rechange. Ce temps-là est révolu.» (2)

Faisons-les crever de faim: la solution du Wall Street Journal
Mike Whitney rapporte les délires de Wall Street: «Les rédacteurs du Wall Street Journal (WSJ) ont concocté un plan pour en finir avec la crise de la Corée du Nord: les faire crever de faim. Dans un récent article, le quotidien se réjouit des estimations de l'ONU affirmant que 40% de la population est sous-alimentée et appelle à serrer davantage la ceinture. Le Wall Street Journal reconnaît que cette tactique est «anormalement éthique», mais ajoute que «la Corée du Nord constitue un cas exceptionnel». Dans un article intitulé «Les options pour se débarrasser de Kim Jong-Un», le comité de rédaction du WSJ suggère que les USA utilisent «tous les moyens à leur disposition pour renverser le régime nord-coréen», y compris, bien sûr, le blocage des importations alimentaires vitales qui permettent aux femmes et aux enfants d'échapper à une mort atroce par famine. Voici un extrait de l'article: «Le Nord est particulièrement sensible cette année aux pressions parce qu'une grave sécheresse qui a duré d'avril à juin a fait chuter la récolte précoce de céréales de 30%. Les Coréens du Nord n'accepteront pas la famine comme ils l'ont fait il y a deux décennies. L'assistance fournie par le passé s'est avérée être une erreur, dans la mesure où elle a permis à l'un des pires régimes que l'histoire ait connus de se perpétuer.(...) Anéantir l'État nord-coréen aussi vite que possible est la démarche la plus humaine possible.» (3)

U.S. Defense Secretary Jim Mattis Weighs Using «Kinetic Weapon» On North Korea
Pour Aaron Kesel, le général Mattis secrétaire d'Etat à la défense pense qu'il y a une option militaire contre la Corée du Nord qui ne mettrait pas Séoul en danger. En 2015, l'armée de l'air des États-Unis a confirmé que l'entrepreneur militaire Boeing possède une arme à impulsion électromagnétique capable de cibler et de détruire les systèmes électriques sans les dommages collatéraux causés par la destruction de personnes. C'est essentiellement un EMP qui élimine la grille d'alimentation d'une zone donnée. Le projet est connu sous le nom de «Champ», ou projet de missiles avancés hyperfréquences haute puissance de la contre-électronique, et il est déjà opérationnel depuis 2015. (...) Le général David Goldfein, chef d'état-major de la Force aérienne, a déclaré que les États-Unis ont également d'autres armes cinétiques dans leur arsenal qui permettraient à Trump de «détruire totalement la Corée du Nord» - l'un des systèmes d'armes est le «Bâton de Dieu». (...)» (4)

Quelle serait la solution pour arrêter l'escalade?
Barthélémy Courmont, directeur de recherches à l'Iris (Paris), pense que si on ne s'en prend pas au pétrole, les sanctions ne serviront à rien.: «L'échec de ces sanctions est aujourd'hui patent. Elles ne font pas fléchir le régime nord-coréen et surtout ne sont pas toujours respectées (...) Pékin refuse en revanche un embargo pétrolier intégral, souhaité par les Etats-Unis. Selon lui, une rupture de l'approvisionnement pétrolier de la Corée du Nord aurait principalement un impact pour la population et pourrait entraîner des mouvements migratoires. (...) la sortie de crise pourrait passer par la reconnaissance «de facto du statut de puissance nucléaire de la Corée du Nord, comme pour l'Inde, le Pakistan ou Israël qui ont obtenu l'arme nucléaire hors cadre international dans le passé Cette option constituerait un aveu d'échec des politiques de non-prolifération, mais permettrait selon lui de sortir de l'impasse actuelle qui pousse Pyongyang à aller toujours plus loin dans son programme nucléaire et ses menaces.» (5)
Jean Levy du «Comité Valmy» demande quant à lui à la France d'être prudente: «La France doit, d'urgence, se retirer de l'Otan pour ne pas être entraînée dans un conflit mortel pour la civilisation. Ces propos sont source d'inquiétude pour tous les peuples épris de paix, pour notre peuple. (...) Avec l'arrivée de Trump à la Maison-Blanche, il était possible de penser que Washington, mesurant ces changements historiques, s'en serait tenu à la politique annoncée par le nouveau président. C'était sans compter avec «l'Etat profond» (...) Aujourd'hui, les Etats-Unis, pris de vertige dans leur nouvel environnement mondial, veulent mordre pour défendre leur suprématie. Le président s'est mué en un nouveau Dr Folamour. (...La France doit prendre des initiatives de paix en conviant l'ensemble des Etats du monde à une conférence internationale visant au désarmement nucléaire général, à la fermeture totale de toutes les bases militaires des Etats hors de leurs frontières, à la coopération mutuelle des peuples au profit de leur économie et de leur niveau de vie. Et, comme première mesure de sauvegarde, le retrait total des structures de l'Otan... (6)

A quoi servent les Nations unies?
On remarquera que les Nations unies sont devenues une chambre d'enregistrement où chacun s'écoute parler. Il est loin le temps des décisions, notamment de l'époque du début des années soixante avec les décolonisations. L'Organisation des Nations unies (ONU) à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le 24 octobre 1945. L'organisation a connu des secrétaires généraux remarquables, notamment en la personne de Dag Hammarskjöld diplomate suédois, qui fut secrétaire général des Nations unies de 1953 à 1961. L'année même de sa mort, survenue avant la fin de son mandat, le prix Nobel de la paix lui fut décerné à titre posthume. Il y eut des secrétaires généraux dont le passage a été discutable, notamment depuis les attentats de septembre 2001. C'est un fait, les Etats-Unis contribuant pour 25% du budget de l'ONU sont ceux qui décident et les secrétaires généraux depuis Boutros Boutrous-Ghali, Koffi Annan et l'énigmatique Ban Ki-moon qui ne faisait rien sans l'aval des Etats-Unis, n'ont pas de mon point de vue donné ses lettres de noblesse à l'organisation. Souvenons-nous du scandale sous Koffi Annan du «pétrole contre nourriture». Souvenons-nous comment la seule résolution qui a été votée a vu la mise à mort autorisée par le Conseil de sécurité pour assassiner El Gueddafi. Les 195 Etats n'ont aucun poids réel. Tout passe par le Conseil de sécurité Il témoigne de la difficulté d'avancer sur des sujets sensibles lorsque les cinq Etats qui le composent sont les seuls décideurs en fonction de leurs intérêts. Souvenons-nous de la quarantaine de résolution sur la Palestine bloquées par les Etats-Unis et d'autres bloquées concernant la Corée du Nord. Clarence Mollusque écrit à propos du bilan de l'organisation: «Le bilan est, selon l'optimisme qu'on y met, au mieux décevant, au pire désastreux. Seulement décevant si on s'attache à l'enceinte exceptionnelle que représentent les Nations unies, capable de faire discuter en leur sein des puissances différentes, voire frontalement opposées sur le terrain. Seulement décevant aussi si on apprécie les nombreuses résolutions votées par l'Assemblée générale, dont certaines font preuve d'une audace remarquable.» (7)
Devant les conflits qui ravagent le monde, on se demande souvent à quoi sert l'ONU. N'est-ce pas une utopie sans espoir que de travailler à la concorde universelle? N'est-il pas temps d'aller vers un désarmement nucléaire total et revoir la composition du Conseil de sécurité en supprimant la clause du veto? Des pays comme le Japon, l'Inde, l'Allemagne, sont autrement plus importants économiquement que le Royaume-Uni ou la France, devraient faire partie d'une nouvelle organisation. Pour cela le multilatéralisme doit être consacré. C'est la seule possibilité pour ramener la sérénité dans le monde.

1.http://www.paulcraigroberts.org/2017/09/19/thoughts-trumps-un-declaration-war-iran-north-korea/
2.https://strategika51.wordpress.com/2017/09/20/une-reflexion-sur-le-discours-de-trump-a-lag-des-nations-unies
3.http://www.investigaction.net/fr/faisons-les-crever-de-faim-voila-la-solution-du-wall-street-journal-au-probleme-de-la-coree-du-nord/
4.Https://www.activistpost.com/2017/09/us-defense-secretary-jim-mattis-weighs-using-kinetic-weapon-north-korea.html?
5.http://www.iris-france.org/98435-le-regime-de-sanctions-a-lencontre-de-la-coree-du-nord/
6.Jean Levy http://www.comite-valmy.org /spip.php?article9026
7. https://www.cairn.info/revue-le-journal-de-l-ecole-de-paris-du-management-2007-6-page-16.htm