"Infidèle moi?"

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Il y a des débats où le président de l'audience prévoit de la «casse» à la barre car il s'agit d'attitudes immorales et donc de propos insoutenables.
Le président de l'audience mettant aux prises Yasmine N. à son conjoint Nabil R. a été plutôt intelligent en n'annonçant pas le huis clos dans ce dossier où la mère de trois enfants se plaint du comportement du mari, père de ses trois bambins dont une handicapée. A l'appel de leur noms et prénoms, les deux tourtereaux s'avancèrent avec une mine, mais alors une mine, on ne vous dit pas! on dirait deux ennemis qui venaient de se tirer dessus lors d'un duel et de se... râter.
Yasmine est déjà livide sous le dossier. Elle doit avoir - la pauvre - une maladie cachée qui n'attend que le signal du destin pour montrer le bout du nez.
Nabil, lui qui doit avoir le même âge, est certes, dans un mauvais état, mais il semble être sûr de lui. Il cache aussi un franc ricanement sauf que son avocate a dû lui montrer les lignes rouges à ne pas franchir lors du procès.
Me Mohamed Djediat, lui, se tient à plus de quatre pas de sa cliente, elle aussi mise au parfum par l'avocat de Patrice Lumumba.
«Nabil R. vous êtes poursuivi par votre épouse pour infidélité. Qu'avez-vous à dire là-dessus?» articule le magistrat qui sait très bien que cette inculpation est très ardue à définir encore moins à punir. L'adultère! la tromperie! un mari qui découche! Mon Dieu, que c'est difficile d'y arriver! Depuis le temps que nous courons de tels procès, nous sommes à chaque fois restés sur notre faim.
Le Code pénal, lui, avait été rédigé sur la base de la «charia» islamique qui prévoit de gros pans calmant les ardeurs des victimes d'adultère caractérisées.
Et ici, les conditions de constat du crime ou du délit sont terribles à arrêter.
Oui Allah a mis des «balises» pour que la vendetta ne s'y mêle pas et le sang préservé. C'est pourquoi nos juges vont généralement vers la relaxe de l'inculpé et ce n'est que justice. Mais dans ce dossier, Yasmine a été pointilleuse. Elle a tout expliqué sans tabou ni mesure échappatoire ni mensonge. Selon elle, elle n'a aucun intérêt à éclabousser ses enfants. Elle dit presque sans ponctuation: «Monsieur le président, vous avez constaté que mon mari n'a pas pu vous répondre? Il n'a rien à dire. Il sait que s'il ouvrait la bouche, il mentirait. Et devant l'assistance, il a peur de sa notoriété dans le quartier. Il est coupable d'avoir ramené Khalida chez nous. Ils sont restés seuls au salon. Il a éloigné les enfants avant qu'elle n'entre par le portail de notre maison.
Elle est venue en débardeur blanc. C'est le printemps, normal. Je demande réparation monsieur le président. Je suis victime d'humiliation. J'ai mal au coeur, j'ai mal aux tripes, j'ai mal aux tempes, j'ai mal au dos, j'ai mal partout. Rendez-moi justice. Qu'il me divorce. Je ne peux plus vivre avec une crapule pareille...» Elle l'a dit en français, le juge la gronde: «Non madame, on n'insulte personne ici!», tonne le magistrat... Cette entorse aux bonnes attitudes, cette «insulte» que la justice met sur le compte de la rage du moment, va être une munition de plus dans la ceinture à cartouches de l'avocat d'Alger et son adversaire Me Nassima Aïd de Chéraga trouvera les mots en vue d'excuser sa cliente rudement sermonnée au cours de la courte suspension d'audience ordonnée par le magistrat qui a dû faire sien le fameux adage propre aux juridictions qui veut qu'un juge du siège qui prend la mouche, prend de l'air au cours d'une brève halte pour revenir calmé et donc apte à rendre justice avec beaucoup de sérénité.
L'avocate membre du conseil de l'Ordre de Blida sait pertinemment depuis plus de deux décennies qu'en matière d'application de la loi, le délit très grave d'adultère est ardu au cours de sa «démonstration».
Il y a beaucoup de points solides, palpables avec des témoins (eh oui!) en vue de jeter le couple adultérin dans le braséro de Lucifer! «Voyez-vous, Allah a bien fait les choses pour que les auteurs coupables soient châtiés.
Il y a entre autres cette preuve irréfutable qui veut qu'au moins deux témoins de bonne moralité aient vu la... «plume dans l'encrier», s'était écriée l'avocate blonde qui venait ici, stopper net l'élan (peut-être) du tribunal à vouloir brandir le glaive de la justice et cesser les hostilités entre cet homme et sa moitié que le destin a assemblés en un et que la jalousie et la mesquinerie veulent briser.
D'ailleurs, à aucun moment, madame n'a fait face rageusement à son époux.
Le président lui, probablement ligoté par la loi, ne retiendra pas le délit. Il a surtout permis au couple de vider leurs sacs à rancune et c'était déjà beaucoup.
Quant aux allégations de madame, elles resteront dans les poubelles des scènes de ménage sauf qu'ici le camion «Net-com» de l'A.P.C. n'a pas de place pour ces propos orduriers.