Punie, la voisine

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Relaxée au niveau du tribunal, Khadidja Benmaddou a écopé d'une amende en appel qui demeure un recours inestimable pour les victimes...

Finalement l'argot judiciaire a une profonde signification. Il y a par exemple: «Il n'y a pas de mauvaise justice, mais de mauvais juges.»
Ou encore: «Lorsqu'un magistrat prend la mouche, il suspend son audience pour ne la reprendre qu'après avoir retrouvé son calme.»
Pour l'affaire qui est passée devant la chambre correctionnelle d'Alger concernant une grave affaire de voisinage, l'adage dit textuellement que «l'appel a été institué pour corriger la bévue du tribunal.» Oui avec le verdict du mardi 2016 de Youssef Boukhorza qui a finalement condamné Khadidja L. des Annassers à une amende ferme de vingt mille dinars pour insultes et injures à l'encontre de son voisin Liès Khedaoui qui avait déversé à la barre un torrent de mots disant des 'maux'' que l'on voudrait voir disparaître de notre environnement car notre société ne peut supporter qu'une femme enseignante retraitée aille jusqu'aux gros mots pour une raison bête: madame ne supporter pas le bruit dans la cage d'escalier ou encore des gamins qui courent au-dessus d'elle, car le comble c'est qu'elle réside un étage plus haut que sa victime.
A Hussein-Dey, Nadia Mamèche, la présidente, avait bâti un verdict sur le raté du témoin qui était venu apporter une pierre dans l'édifice de la vérité, mais qui a dérapé dans sa réponse!
«Oui, madame la présidente, cette dame a insulté le voisin et pis encore! Elle m'a insulté aussi...!»
Et c'est ce dérapage qui a bâti la conviction de la juge d'Hussein-Dey.
Or, devant la cour au Ruisseau, le témoignage avait été précis. Le trio de juges a suivi Ben M'hidi le procureur général, Aussi: la preuve? Dans son réquisitoire, il a demandé la peine du parquet d'Hussein-Dey, que la juge du siège a transformée en relaxe. Une fâcheuse situation que Me Akila Teldja Drif, le conseil de Khedaoui, a promis de mieux sensibiliser la composition de la cinquième chambre formée de magistrats aguerris, malins et compétents.
Et l'avocate d'Alger-Centre de passer à l'action le jour 'J'' surtout au moment où durant l'interrogatoire, la victime avait sifflé à son oreille cette pertinente remarque: «Me si vous l'entendiez dans les escaliers ou sur les paliers du bâtiment vous n'en croiriez pas vos oreilles!»,,i-e- la femme prévenue qui est en train de répondre posément et avec beaucoup de douceur n'est pas celle que l'on poursuit comme quoi, avec le double langage, il y a aussi le double visage.
Et le visage de Khadidja ce mardi était à la limite... angélique. D'ailleurs, son défenseur avait reconnu qu'elle était certes coléreuse, mais pas si mauvaise que le prétendent ses voisins présents dans la salle d'audience.
Youssef Boukhorsa le président qui n'est pas né avec les dernières pluies a su poser les bonnes questions puisant probablement dans les attendus de Mameche qui a gardé des réflexes de...parquetière, un poste qu'elle a longtemps traîné à Rouiba d'abord, puis à Boufarik.
Le fait est que la justice répond au quart de tour lorsquelle est maîtrisée via le dossier. Et ce dossier naturellement a commencé en 2014 avec les premières plaintes à la sûreté urbaine d'El Afia (Kouba), puis des plaintes adressées en 2015 à Mohammed Yahiaoui, le procureur de la République qui a vite deviné que c'était lui le rôle du ministère public de dévancer les événements et couper les 'pieds'' aux menaces de grossissement des faits en envoyant la dame poursuivie par ses voisins à 'la barre''.
Le reste, on le connaît. Le verdict est venu rappeler à l'ordre Khadidja Benhaddou, épouse Benyettou à une amende et une grosse décision. Elle n'a qu'à bien se tenir.