Relaxe pour Tony

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Tahar.G. dit «Tony» est un émigré qui débarque, à Alger, heureux comme un bébé qui a retrouvé son jouet. Il est arrivé, tout joyeux, pour passer quelques jours en famille, juste de quoi retrouver les siens, discuter des problèmes familiaux, des voisins toujours aussi hostiles et par-dessus tout, revoir sa ville chérie -Alger la Blanche-, et surtout l'est de la capitale, lieu d'une enfance bercée par les jeux immortels, des jeux extravagants où le risque le disputait à l'aventure. Au poste frontière, on lui signifie son interpellation car un vieux mandat d'arrêt avait été lancé contre lui en 2012! Et, chose qu'il ignorait, c'est que le mandat d'arrêt doit être vidé coûte que coûte par la grâce d'un jugement prononcé par défaut pour vol, fait prévu et puni par l'article 350 du Code pénal et qui dispose dans le chapitre III de la Section 1/ Vols et extorsions. Article350 (loi n°06 -23 du 26 décembre 2006): «Quiconque soustrait frauduleusement une chose qui ne lui appartient pas est coupable de vol et puni d'un emprisonnement d'un an à 5 ans et d'une amende de 100 000 à 500 000 DA. La même peine est applicable à la soustraction frauduleuse d'eau, de gaz et d'électricité. Le coupable peut en outre être frappé pour un an au moins et 5 ans au plus de l'interdiction de séjour dans les conditions prévues aux articles 12 et 13 de la présente loi. La tentative du délit prévue à l'alinéa précédent est punie des mêmes peines que l' infraction consommée.» Tout un programme que cet article! L'article en question est parfait du moment que le vol demeure un délit grave qui écorche la dignité de l'auteur du méfait et même celle de la victime.
Mais à propos, notre ami émigré a-t-il vraiment commis ce vol, ayant amené le fameux et déshonorant mandat d' arrêt qui va désormais pourrir la vie du fêtard qu' on vient d' interpeller, heureusement, dans des conditions dignes, du respect des droits de l'homme? Or, il faut, avant de condamner un individu, s'assurer totalement de sa culpabilité. Et ici, précisément, la présomption d' innocence doit prévaloir et dans tous les cas de figure, elle doit envelopper toute accusation. Par chance, le magistrat qui a ce dossier, est un chaud partisan de la preuve...La preuve? C'est que toutes les questions allaient dans le sens de la recherche de la vérité i-e des témoignages précis sans balbutiements ni des propos approximatifs. Les faits remontent au moment où le pauvre bonhomme avait dégoté un poste de travail dans une entreprise, comme chauffeur-livreur, flanqué dans toutes les livraisons par un convoyeur encaisseur. «D'accord, d'accord! Mais ce qui existe sous nos yeux, ce sont les bons de livraison contresignés et portant vos coordonnées!», rétorque le président qui n'est pas contrarié par la réponse du détenu.
- C'est tout simplement une simplification de la démarche. Les bons de livraison portaient mes coordonnées pour les inévitables barrages des services de sécurité. D'ailleurs, j'ignore tout de ce qui se passe entre le représentant chargé d'encaisser les montants de la marchandise remise et le boss qui me poursuit aujourd'hui. C'est tuant, mais j'ai confiance en la justice de mon pays.» La précision avec laquelle s'exprime le détenu, prouve, si besoin est, qu'il dit la vérité, rien que la vérité!
-Pourquoi n'avez-vous pas constitué un conseil, dans cette affaire?» demande à titre de curiosité le magistrat
-Pour la simple raison que je suis innocent et qu'un avocat vous aurait dit exactement la même chose!» réplique l'inculpé pas stressé du tout et entièrement à l'écoute du juge dont le regard sentait la...relaxe!Après avoir tenté des questions précises, le président n'avait obtenu que des réponses aussi précises. Le procureur qui n'était point intervenu pendant tout le procès, car il n'y avait pas de quoi fouetter un chaton, demandera l'application de la loi, c'est-à-dire pour les non-initiés: la relaxe de l'inculpé qui a eu vraiment chaud! S'emparant de son stylo, le magistrat prend la décision de trancher sur le siège. Il transcrivit le dispositif qui a vu la relaxe pure et simple de l'émigré qui n'est pas prêt d'oublier au moins les deux nuits passées aux Quatre hectares d'El Harrach et surtout c'est un Algérien de plus de gagné car, depuis le temps qu'on rêvait de rencontrer un national qui ne se lamente pas d'être... algérien, c'est fait depuis une dizaine de jours!