"Facebook je te maudis"

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La vie accouche souvent de surprises inattendues lesquelles réservent des situations bizarres qui vous retournent en moins de deux! Imaginez que le destin a fait que Fayçal T. a rencontré Farida. H., une étudiante copine de sa nièce qui fréquente la même fac qu' elle. Originaire d' un grand village de l' ouest de Médéa, Farida a les grandes qualités des filles de la région de Ksar El Boukhari, mais aussi les défauts. Parmi eux, nous trouvons la tête dure, un entêtement désespérant! Elle ne s'avoue jamais vaincue! Fayçal, lui a une mentalité de fils de montagnard ayant vu le jour et grandi dans une méga cité balnéaire de la côte - est et donc lui aussi, ne casse jamais. Il lui arrive de plier, mais il ne baisse jamais les bras.
Apparemment, ils s'aiment, pas à la folie mais tout de même. Ils se fréquentent le temps de s'apprécier puis de se fiancer via la lecture de la «Fatiha», la mairie étant laissée pour plus tard!
Les sorties se multiplient jusqu'aux vacances durant lesquelles chacun rentrait chez lui.
Or, avec le temps, le couple se désagrège, les malentendus s'accumulent, les problèmes surgissent et la séparation est inévitable, cruelle, déchirante et réelle. Ceux qui roucoulaient hier, se cachent aujourd'hui pour taire les motifs ayant conduit à la rupture.
Chacun de son côté, l'ex-couple ne fait plus parler de lui jusqu'au jour où Fayçal reçut un message qu'il parcourut sans intérêt.
Le lendemain, un deuxième, puis un troisième message.
Fayçal lut et relut les messages puis se décida à répondre sur le même ton que l'expéditrice Farida. On ne saura jamais le contenu des messages envoyés et reçus! Puis, c'est la guéguerre par facebook! Me Messaouden parlera à demi-mot du contenu des messages et ne finira jamais ses accusations contre Fayçal qui voulut tant que la vérité soit sue par la cour! N'empêche que Fayçal reçut quelques mois plus tard un jugement du tribunal du coin, prononcé par défaut, le condamnant à de la prison ferme et à une amende aussi ferme pour diffamation via facebook! Il se précipita chez le premier avocat,
Me Imed Ferrag de Annaba qui lui expliqua que le jugement par défaut devient caduc après avoir fait opposition le plus tôt possible.
Le pénible déplacement à Ksar el Boukhari de plus de près de 800 bornes, est effectué.
L'opposition déposée et le procès est fixé dans les 15 jours qui suivent. Mais le jour du jugement, Farida n' est pas au rendez-vous et le juge est contraint de reporter pour le début avril 2018 et Fayçal devra refaire la route ou plutôt l'autoroute Est-Ouest en aller et retour.
Un calvaire! Vous pensez bien qu'un tel déplacement ne peut se faire que dans la douleur! Il va falloir retourner autant de fois que les évènements le voudront.
Finalement, le procès se tient et il est expéditif surtout que les larmes de la femme viennent arroser les débats qui prennent une tournure inattendue pour Fayçal qui est condamné sur le siège à 120 heures de travaux utiles soit une peine sévère que le condamné rejette en interjetant appel qui est fixé au lundi 30 avril 2018. Finalement, la victime ne se présente pas et donc report.
Le lundi 7 mai, à 9 heures, Mohamed Martil, le président de la chambre correctionnelle de Médéa entra solennellement dans la vaste salle d'audience, entouré solidement des deux charmantes conseillères Karima Houcine et Amal Benrekiya et entama les débats tambour battant, sans perdre une seule minute. Après avoir entendu six personnes qui se sont déchirées à la barre pour une histoire de coups et blessures réciproques, un dossier venant du tribunal de Béni Slimane mettant aux prises un jeune homme à une dame qui le poursuit pour harcèlement sexuel et renvoyé deux autres affaires, Fayçal T. et Farida H. deux ex qui ne sont pas allés jusqu'au bout de leur éphémère union s'avancèrent à la barre. Ils sont flanqués de leurs conseils Mes Imed Ferrag
et Mohamed Youssef Messaouden qui ont été à la hauteur du magistrat aux tempes grises qui ne voulait même pas d'une audience à huis-clos, afin de dédramatiser ce conflit né de la déception entre deux jeunes qui se sont follement aimés et qui se sont quittés mollement!
D'ailleurs, le président a très bien fait d'avoir choisi cette démarche puisqu'à un moment donné, Farida avait envie de chialer, mais vainement, car le juge allait tellement vite en besogne que rien de grave n'arriva.
Les larmes qu'allait verser Farida, deviendront plus tard, à la fin d'une âpre lutte, des mots significatifs qui, traduits en langue française, donneront à peu près ceci: «Sur Allah, je m'appuie, Lui, l'Unique détendeur de la Vérité!».
Fayçal est poursuivi pour diffamation, fait prévu et puni par l'article 298 (loi N° 06-23 du 20 décembre 2006) et devra attendre le 14 mai 2018- pour savoir si la cour a bien compris le différend entre les deux ex-amoureux.