Alléché par un appart...

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Ah! la cupidité, sacrée cupidité! Que ne fait-on pas en ton nom? Un magistrat n'est heureux qu'avec un toit pour sa famille. C'est légitime et normal comme situation. Ce même magistrat est nommé à un poste spécifique: président de tribunal. Il est jeune - 30 ans-! C'est beau et c'est bien. Mais ce qui l' est moins, c'est l'ambition démesurée qui commençait à le dévorer. Ses collègues le voyaient fréquenter, bosser et sortir avec des types pas bien du tout. Ses fréquentations laissaient à désirer. Au cours d'une conférence régionale où s'étaient retrouvés des collègues de pas moins de huit cours, il était subjugué à l' idée de changer d' air. Il le fit savoir à son chef hiérarchique, le président de cour, un homme bien sous toutes les formes et qui avait même connu les affres de la hogra émanant de la chancellerie-ie. Il l' avertit sagement en ces termes: «Collègue! vous êtes jeune et venez de bien mettre le pied à l'étrier, vous êtes obligé de bien faire attention à chaque entreprise. Le président de la cour avait, depuis ce jour-là, pris des précautions et même fit en sorte d'éviter cet énergumène par qui, un scandale est vite arrivé!
Un beau jour, alors qu'il exerçait à quelque 200 bornes de la capitale, il est abordé par un justiciable qui avait un problème dans la juridiction dirigée par monsieur le président. Le problème est ainsi posé avec des propositions qui n'avaient rien à voir avec la déontologie chère aux magistrats. Ils conviennent d'un rendez-vous dans un restaurant de Bou-Ismaïl (Tipasa). Une transaction de remise de la somme convenue, loin du lieu du... crime, cela n'est pas courant! Et pourtant, tout le monde est au rendez-vous! Le repas est réussi. La somme convenue est versée au grand bonheur du jeune magistrat qui ne savait pas qu'il venait de détruire sa fraîche carrière, avec, en prime, une prochaine incarcération désastreuse, honteuse, salissante et destructrice pour lui et sa famille.
Ce qu'ignorait le président du tribunal, c'est que la transaction était filmée à l'insu du goujat. Une pièce à conviction à verser au dossier du jour en criminelle.
Le jour «J» arriva. Le tribunal criminel entra solennellement dans l'imposante salle d'audience pour rendre justice envers un des membres de la famille de la magistrature, un très jeune juge à qui la chancellerie avait fait confiance. Cette même confiance qui a été trahie, éclaboussée, salie...
A un moment donné du procès, la présidente posa une question à l'accusé qui avait, dès le début des débats, perdu de sa superbe avec son titre de monsieur le président... A ce propos, la juge l' avait appelé: mon collègue! Ce qui a soulevé le courroux du parquetier et même plus...
- «Qu'aviez-vous l' intention de faire des 100 millions de centimes encaissés illicitement?», articule la juge qui ne s'attendait nullement à la réponse du magistrat accusé dont le visage s'était éclairé lorsque la présidente s'était adressée à lui en le nommant «collègue» et crut à tort à une circonstance atténuante!
- Je voulais acheter un appartement! (rires dans la salle d'audience, sauf celui du représentant du ministère public).»
D' ailleurs le procureur général avait de suite répliqué:
«Non, accusé! vous ne pouvez pas être mon collègue. Vous êtes accusé de corruption et vous n'êtes plus magistrat! Cela vous le savez depuis votre interpellation, puis de votre accusation! C'est pour cela que je refuse de vous appeler comme l'a fait madame la présidente. Non, vous n' êtes pas, même plus mon collègue! Je suis confus de m'adresser à vous car, vous ne méritez pas que l'on vous adresse la parole! Mais que voulez-vous, c'est à travers la fonction que je vous parle!» a récité Mostefa Benimam, le représentant du ministère public qui se rasseoit, les lèvres sèches comme s' il venait de courir les «800 mètres» aux Jeux olympiques. D'ailleurs le procureur général n'ouvrira plus la bouche jusqu'au moment où la présidente l'invitera à requérir. Le parquetier mit sa main droite sous son menton et donnera l'impression de conduire les débats aux lieu et place de la juge qui s'est même amusée, jusqu'à taquiner le juge poursuivi, présumé corrompu... Il y a de fortes chances pour que cet énergumène échappe au triste sort qui l'attend!
«Il n' y a pas de quoi sourire, encore moins rire avec un type de ce genre!» devait penser le procureur général, sûr de son intime conviction, même si le tribunal criminel n'aura jamais besoin de son intime conviction, propre aux seuls juges et jurés! Entre-temps, la juge avait une réponse toute faite à la réponse de l'accusé qui n'a pas eu à trop réfléchir avant de donner une réponse cahin-caha! Oui, la somme reçue en guise de commission ne va pas avec ce que voulait le juge corrompu!
«Celui qui fait le décompte tout seul croit en la réussite», assure un dicton bien de chez nous.
«Mais malheureux! vous ignorez le prix d'un appartement? Les 300 millions de centimes ne peuvent même pas vous permettre d'acheter une seule pièce!», s'écrie presque la magistrate qui était vraiment révoltée sans se mettre en colère car, elle savait, encore ce jour-là, que travailler en pleine ire, était déconseillé et fort bien. Elle eut le temps de se ressaisir et de fixer l'accusé qui planait, planait, de désespoir (déjà?).
L'ex-juge ne dit mot; il commençait à songer au mot de la fin du procès qui tarde, tarde... Sa face était blême, ses yeux rouges, ses mains sans expression, seules, ses phalanges entre-croisées ne cessaient de faire des allers et retours à ne pas en finir!
L'assistance suivait religieusement le procès, car on y apprenait beaucoup en un minimum de temps. C'est ainsi que l' on apprendra des astuces du genre comment présenter un rabatteur aux collègues. C' est souvent un proche de la famille ou un ami d'enfance venu se rappeler du bon vieux temps. Et ça marche! trop bien même!
Le temps passa très vite. Le réquisitoire, la plaidoirie furent ce qu' ils pouvaient être suivis de brèves délibérations, puis vint le moment fatidique: le verdict!
Il n'y eut ni circonstances atténuantes ni pitié ni pardon (il ne manquerait plus que cela!), rien qui puisse sauver les meubles! «5 ans de réclusion ferme!» Le parquet ayant réclamé 20 ans car pour le représentant de la société, il y avait aggravation dans les demandes, puisqu'un magistrat ne peut être considéré comme un simple justiciable et qu'il se doit de se maîtriser devant toute démarche suspecte ou toute autre tentation, manipulation ou encore déviation.
Le désormais ex-magistrat se tint les tempes et pour la première fois en ce lundi gris, froid et triste, pleura... Tenez, un magistrat qui pleure! lui, qui avait vu des dizaines de condamnés pleurer, des parents aussi, va apprendre à ses dépens qu' il vaut mieux un dinar gagné à la sueur de son front que 100 milliards sortis de la poche d'un corrupteur! En attendant, il est bien logé et gratis! «Cheh et re-cheh!!!»