"Mon fils m'a insulté et humilié"

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Le 25 donc du mois passé, le procès commence par une sortie du détenu qui est apparu amaigri durant sa courte détention préventive. Il lève le bras, puis la main, signe d'un désarroi incommensurable et murmure, confus, comme un fauve évadé d'un cirque, blessé, traqué et dont on voulait la peau:
- «Madame la présidente, je présente les excuses à mon père ici présent et surtout à ma mère que j'ai malmenée en même temps que mon père. Par la même occasion, je m'excuse d'avoir dérangé la justice, le procureur et les policiers que papa a alertés!
- Votre maman ne vous poursuit pas. Heureusement, d'ailleurs, sinon, c'est la bérézina!», rétorque la magistrate décontractée comme tout contrairement au détenu dans les vaps. Elle demande au détenu s'il était prêt à rendre compte de ses actes ce jour ou non. Hakim N. acquiert et se dit disposé à être jugé aujourd'hui car, dira-t-il, «je n'ai pas dormi en détention et à chaque fois que je pense à ce que j'ai fait, j'en perds le sommeil et l'appétit», répond l'inculpé.
- Vous en voulez à qui?», le lourd silence est éloquent...», déclara la juge qui est satisfaite qu'il n'y ait pas de résistance de la part du fiston, surtout que les souvenirs d'inculpés qui n'ont jamais reconnu de graves faits similaires, le tout couronné de larmes, de gémissements et autres lamentations, sont toujours là!
Autant l'inculpé s'avançait vers la vérité, autant la magistrate se réjouissait. Des comportements de ce genre, avaient un écho favorable du côté du tribunal qui s'en souviendra lors de la mise en examen de l'affaire du jour. A la première question pourtant, le jeune Hakim allait emprunter un chemin qui n'était pas le sien: «Dites-moi un peu à quel moment votre coup de poing est parti sur le visage de votre père», questionna la juge qui ne s'attendait pas à la réaction du père,
- «Quoi? Quoi? S'il avait levé la main sur moi, il aurait regretté d'être né, il y a 20 ans! Il m'a seulement dit qu'il allait m'étendre s'il ne touchait pas la somme exigée!», s'écria le papa, révolté par les assertions du fiston qui faisait non, de la tête, depuis le début.
- «Calmez- vous, Hadj, j'ai posé la question à l'inculpé et c'est à lui de répondre», coupa la présidente ravie de la démarche suivie qui allait donner ses résultats et plus vite que l'on pensait... Puis, elle attendit la fameuse réponse du fils qui ne tarda pas: «Mon père n'a jamais parlé de coups au visage ou dans n'importe quelle partie du corps. D'ailleurs, il vient de vous le confirmer. Certes, j'ai prononcé des mots durs à son encontre, mais j'ai vite compris que je n'aurai jamais dû lâcher de tels mots blessants. Je regrette amèrement et si je dois retourner, eh bien soit! Au moins, j'aurai apaisé ma conscience et donc, je pourrais dormir tranquille et débarrassé d'un poids lourd à supporter. Pardon! Papa. Je sais que tu as bon coeur et que tu me pardonneras du fond du coeur», pleure l'inculpé qui n'a pas jeté un oeil en direction du paternel durant tout le monologue qu' il vient de réciter. C'est là le signe du remords, un remords venu peut-être à temps réparer les gros dégâts commis par le «gosse» et par le père. Tiens! Et pourquoi donc le papa? Nous le verrons plus tard au moment où il passera à la barre...
La juge est restée bouche bée devant ce déluge de mots débité par Hakim, à un rythme infernal et presque sans ponctuation. Elle est restée interdite car à entendre le p'tit, on aurait cru à une dispute entre gamins! Avant de se trouver nez à nez avec le jeune inculpé, la présidente regarda bien la tête du père visiblement abattu par ce qui lui arrive à 68 ans! Elle le dévisagera durant une poignée de secondes puis lâchera sans trop réfléchir: «Hadj, a-t-on attiré votre attention pendant le dépôt de plainte au commissariat? Vous a-t-on dit le risque que vous preniez en poursuivant votre enfant? Attention! Le ministère public suit les plaintes de toutes natures! Le paternel bouge la tête de haut en bas, signe évident qu'il a bien compris la question... Il confirma tous les propos déversés devant la police. Passant la parole au procureur, celui-ci qui se contentera de lire quelques passages des articles 287, 297 et 299 du Code pénal et demandera une peine d'emprisonnement ferme de 18 mois ferme. Prenant toutes les précautions du monde, le conseil pria la juge d'accepter les excuses du client que les murs ont réveillé et refuse d'excuser tout ce qu'a fait le fiston et réclamé une peine d'emprisonnement certes, «mais assortie du sursis!»
Après quoi, le juge prend les dispositions qu'il faut et décide de juger sur le siège et inflige la peine réclamée par le représentant du ministère public, assortie du sursis en ajoutant à l'intention de l'inculpé: «Attention, la prochaine fois, ce sera du ferme! Est-ce que vous avez compris?» Le nouveau condamné dit oui de la tête qu'il garde baissée depuis qu'il a vu le tonton paternel assis au milieu de l'assistance.