Le 12, à Shaoula

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A Shaoula (Alger), une ancienne petite belle localité, avant d'être bidonvillisée, un adulte de trente-cinq piges est...

Mouloud. M. est un homme ébahi lorsqu'il est introduit au box des accusés, en vue de répondre de l'inculpation de violation de domicile et de tentative de vol, faits prévus et punis par les articles 295 (loi n°82-04 de février 1982) et 350 du Code pénal. Il aurait été neutralisé dans un jardin d'une ferme clôturée. Lui affirme avoir été arrêté sur un chemin vicinal et poussé à l'intérieur. Maître Akila Teldja-Drif, l'avocate, a déployé d'immenses efforts pour tenter de tirer le détenu de la bouse... Mais lorsqu'on marche sur la bouse, on ressent une chaleur bienfaisante. Et hop! On retire le pied, de plaisir.
Mouloud M. est né le 10 mars 1986 à S. Le 12 du mois écoulé, il est pris, selon lui, sur un chemin communal et selon la victime, à l'intérieur du domicile. «Lorsqu'il nous a vus, il s'est sauvé pour se terrer dans une niche ou plutôt derrière». A dit, Fawzi.G. la victime qui a affirmé mordicus, que la ferme était clôturée et que pour y accéder, il fallait, soit passer par le portail fermé à clé ou escalader le mur.
L'inculpé jure qu'il n'avait aucune mauvaise intention. «Pourquoi donc vous êtes-vous enfui puisque vous avez déclaré n'avoir rien à vous reprocher?» demande la procureure.
Le détenu répond que marchant seul, venant du café et «voyant les gens courir, j'ai pris peur».
La juge s'y met à son tour et trouve bizarre que quelqu'un qui n'a rien à se reprocher, puisse prendre ses jambes à son cou à la vue de personnes qui couraient dans sa direction. «Il était encagoulé» jette la victime. «Quelle cagoule», demande curieusement Maître Teldja-Drif qui obtient: «Il portait un bonnet et un turban noirs». Mouloud soutient qu'il était une heure avancée de la nuit et que l'humidité régnait en maîtresse des lieux. «Je voulais tout simplement me protéger!»
La magistrate pose une bonne question: «A-t-il été pris avec un objet de valeur entre les mains?» On entend un «non» résonnant dans la bouche de l'inculpé, soudain effarouché!
La parquetière parle de cagoule, de turban, de bonnet, de course à pied, de fuite. Elle réclame un an ferme et 25.000 dinars d'amende.
Suivons un morceau d'anthologie de l'intervention de Maitre Drif: «On veut tout simplement envoyer mon client en taule.
On raconte n'importe quoi, on arrête n'importe qui et on le présente sans preuves, ni témoins.» Elle assure que les débats n'ont rien démontré, sauf la profonde conviction du conseil qui allait mener à la présidente sur la voie du doute. «On nous ramène trois personnes d'une même famille et on les présente comme témoins», marmonne le conseil qui éloigne, ainsi, la tentative de vol, mais ne peut rien pour l'évidente violation de domicile, reconnue par Mouloud qui n'a jamais expliqué le pourquoi!
Après le traditionnel dernier mot que la loi lui permet de prononcer, la juge inflige tout de même un sec six mois d'emprisonnement, assortis du sursis pour violation de domicile.
La procureure grimace comme pour signifier qu'elle va interjeter appel!