Mineur? Majeur? Fautifs!

Par

Depuis la nuit des temps, la justice a fait en sorte de ne juger que les inculpés, prévenus et accusés majeurs.
Les temps ont changé. Devra-t-on examiner le cas d'un mineur par la seule volonté de la date de naissance? N'a-t-on pas assisté à El Harrach à une mineure de 16 ans qui en paraissait avoir le double sur tous les plans (physique, mental, physiologique, caricatural et éducationnel)? Cette fois, le mineur de un mètre quatre- vingt-cinq, malgré ses 17 ans et demi, a pris 160 millions de centimes de l'armoire de son papa pour les «offrir» à K. Ali-Youssef, inculpé de vol (article 350) du Code pénal. Il est debout à la barre, flanqué de Maître Saidi, son jeune avocat, qui jouera son va-tout devant l'attitude d'«homme» de son client qui a de suite reconnu avoir reçu des mains du mineur non pas cent soixante, mais 135 millions de centimes en vue d'une virée au pays des Gaulois, des Germains, des Saxons, bref de «Schengen».
«Vous n'avez pas de pot, vous vous trouvez dans une très mauvaise impasse en ayant poussé un mineur à ruiner sa famille», balance, le visage sec, mais qui laisse apparaître une bonne mine, le président qui regarde en direction de la très jeune magistrate qui occupe le siège du ministère public.
Le malheureux papa, victime du vol par son propre rejeton, a tout de quelqu'un qui devine, que jamais il ne reverra ses millions. Cette situation est née après qu'Ali, le détenu, eut récité le parcours méditerranéen durant lequel il aurait tout dilapidé (Tunisie, Italie, Espagne, Andorre, France et Maroc). Le mineur assure que tout ce scénario est faux: «Il n'a jamais quitté le pays, il travaille avec le fric de papa.» Et le juge de poser la question que tout un chacun attendait: «Quel courage de remettre à un inconnu une forte somme pour un visa et un change en devise.»
Le détenu assure ne pas connaître le mineur et dit: «Nous devions partir à trois, puis Satan m'a tenté et je suis..»- «Non! Satan ne vous a jamais tenté, il vous a mené en bateau sur les rives de la Méditerranée!», rugit le magistrat visiblement méfiant devant les déclarations «rapiécées» de l'inculpé, embêté surtout par le fait qu'il soit confronté au paternel pas au mieux de sa forme, surtout qu'il a été l'enfant gâté d'une famille nombreuse, aujourd'hui déchirée par le comportement irresponsable du benjamin Ali-Youssef qui a aujourd'hui honte de lever la tête à la barre de crainte de croiser le regard des proches venus en force voir de plus près l'enfant gâté qu'il était avant de mordre dans l'inculpation.
Maître Ahmed - Lotfi Saïdi fera son boulot au nom de la partie civile. Il regrettera que l'inculpé ait manipulé le «gosse» en lui faisant miroiter l'eldorado d'outre-mer.
«Le mineur vous a appris, monsieur le président, qu'il s'était rendu auprès d'Ali en vue de restituer l'argent - sa réponse a été une promesse et la fuite: voilà la stricte vérité, monsieur le président!».
Il réclame le magot outre huit cent cinquante millions de dommages et intérêts.
La procureure, qui avait posé deux questions édifiantes, n'a eu que des réponses défaitistes, il demande une peine de prison de trois ans ferme, l'oeil vif et fixe...en direction du détenu qui, lui, ne cessait de gigoter.
Maître Malia Bouzid s'en prend d'emblée aux faits: «Ils ne sont pas ce que les victimes ont présenté. Il n'y a pas eu de vol, le fric, lui, a été remis en mains propres par l'une des victimes, c'est du recel des choses!» a mâchonné l'immense avocate qui a aussi pris d'assaut les demandes en dommages et intérêts qui devraient toucher les deux autres ayant participé à la «collecte» d'argent «con-jointement, les participations. C'est même du civil».
«Cette affaire est une opposition - le tribunal devrait débouter les plaignants!» articule l'avocate qui sera satisfaite du verdict lequel a vu la peine d'emprisonnement de deux ans ferme et d'une forte amende conséquente. Cette peine a été réduite en appel à dix-huit mois ferme, les demandes en dommages et intérêts, elles, avaient été prononcées en hausse.