La bataille du désespoir

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Maître Zine el Abidine Arhab, l'avocat brun d'El Harrach (cour d'Alger) a occupé l'espace du prétoire, en vue de tirer du pétrin son client qui risquait gros.

En effet, parcourant l'aire réservée aux débats, des plaidoiries, des témoignages et autres confrontations, le conseil a, tout en sueur en cette mi-janvier 2019, passé plus d'une heure à tenter de renverser la vapeur de la locomotive personnifiée par le rude réquisitoire du procureur général, à l' encontre de Youssef F. Accusé d'association de malfaiteurs, jugé, selon l'arrêt de renvoi, après avoir été acquitté en première instance à Dar El Beida.
Des erreurs de «jeunesse», oui! Des erreurs d'appréciation, non! C'est ainsi que la justice doit fonctionner.
En tout cas, Maître Arhab est venu au tribunal criminel d'Alger du Ruisseau sauver son client qui a échappé à la condamnation, tenter un deuxième coup, en jouant définitivement le sort de l'accusé, en livrant la bataille du désespoir face à Djamel Zemmour, le longiligne, sympathique et compétent président du tribunal criminel d'Alger où tout est à refaire. Avec ses deux conseillères, le président a déjà eu l'attention attirée par le procureur général qui a dit sa confiance en la justice populaire en ces termes: «Monsieur le président, l'accusé d'association de malfaiteurs a été jugé en première instance et a bénéficié d'un acquittement. C'est bien pour lui. Mais la justice ne s'arrête pas à la première instance. Il y a l' appel et le ministère public, mécontent du verdict de Dar El Beida, a interjeté appel et tout, est donc à refaire aujourd'hui. Vous avez constaté que Youssef a, à plusieurs reprises, menti. C'est normal, il doit sauver sa peau et tous les moyens lui semblent bons! Mais, l'honorable tribunal criminel avec ses quatre jurés a bien suivi l'interrogatoire pour s'être fait une nette idée claire et précise de ce qui attend l'accusé. Vous ne pouvez accorder aucune circonstance atténuante à cet employé paramilitaire qui a, oui, c'est certain, un casier vierge, mais qui fait preuve de nuisance à la société et donc, doit payer le prix! Tout ce qu'il a raconté ce matin, est faux. Il était sur les lieux de la transaction. Il attendait le résultat des «négociations» en cours avec les quatre autres accusés qui sont aujourd'hui hors d'état de nuire en croupissant en cellule. Que fait Youssef dehors? Ne me dites surtout pas qu'il a déjà été jugé et acquitté.
N'oublions pas aussi et surtout qu'il était en fuite car les faits remontent à 2014. Nous entamons la cinquième année des faits très graves et monsieur Youssef est toujours libre.
Aujourd'hui, c'est la fin de la cavale voulue par l'accusé qui doit comprendre une bonne fois pour toutes que notre pays a une justice, quoiqu'en pensent certains.
Le ministère public réclame une peine exemplaire, à savoir le maximum de ce que prévoit la loi!».
L'avocat d'El Harrach s'avance vers la composition du tribunal criminel et commencera un carrousel où tout y était. Il s'évertuera d'emblée à tenter de démonter le stratagème consistant à prouver que le procès de la première instance, n'était qu'illusoire. «Non, monsieur le procureur général, mon client s'est présenté aujourd'hui, libre, car il a été acquitté à Dar El Beida! Et aujourd'hui, comme hier, il sera acquitté! Il est vrai que Youssef s'est entremêlé les pédales. Il n'est pas habitué aux rudes et secs interrogatoires où parfois les mêmes questions revenaient, tels des pièges tendus par le représentant du ministère public. Il a, par moments menti par omission pour ne pas dire par crainte. Il était troublé, ému, écrasé, comme hypnotisé par les magistrats professionnels, pourtant agréables à écouter. Il ne savait plus où il en était à un moment donné, surtout lorsqu'on lui a demandé à combien de mètres il se trouvait au moment de la transaction entre les trafiquants de devises et l'intermédiaire: une fois, il répondait trente mètres, une autre fois, cent. Savez-vous pourquoi? Simple! Il faisait les cent mètres en attendant les résultats de la transaction. D'ailleurs, le trafic de devise se fait derrière le Sénat, et ça vous dit quelque chose?»
Ici, va s'arrêter cette chronique qui prouve que la justice a été celle que le peuple veut: «Juste, se rattrapant grâce à l'appel et au pourvoi en cassation!».