La colère noire de Maître Djedaâ

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Saliha. L. est une inculpée de non-présentation d'enfant, fait prévu et puni par l'article 327 du Code pénal, qui prévoit une peine d'emprisonnement ferme de deux à cinq ans. Est-ce que la maman connaissait la loi, lorsqu'elle a interdit au père de prendre son enfant au moment voulu par la loi? Pourtant, lorsqu'elle a décidé de constituer Maître Abdelaziz Djedaâ comme conseil celui-ci venait de perdre son gendre, le docteur Fayçal Bouaziz qui avait succombé à une crise cardiaque, elle a dû certainement être informée par l'avocat sur les risques qu'elle a pris en refusant au papa l'exercice de ses droits.
Après avoir appris que la justice voulait bien la voir en chair et en os pour connaître les tenants et aboutissants de cette triste et regrettable affaire qui est passée devant le tribunal correctionnel un mardi d'automne aussi gris que le ciel du jour.
Maître Abdelaziz Djedaâ, le conseil de la femme, au bord d'un coup de «grisou», s'aperçoit que le tribunal ne donne pas l'impression d'être dans le coup et donc, une rapide et nécessaire mise au point s'impose, à l'instant, avant qu'il ne soit trop tard: «Monsieur le président, il me semble qu'il y a un gros malentendu. Il ne s'agit pas de refus, mais d'appliquer les termes du jugement.
Oui, ni plus ni moins. Il y est stipulé «que le père peut voir le bébé, pas l'emmener! Oui, monsieur le juge, pas l'emmener! Il est trop jeune pour discerner ce qui est bien ou mal.
D'ailleurs, la veille, le père a bien vu son fils chez la maman durant deux heures, c'était largement suffisant. C'est clair? Appliquez la loi, c'est tout! Quant à l'abandon de famille, abordé par l'inculpé, ce n'est pas un délit, car il s'agit d'abord de refus de présenter l'enfant. Ma cliente s'est mélangé les pédales; c'est elle, l'inculpée.»
Le conseil éteint sa légitime colère et quitte momentanément la barre. Maître Djedâa est un avocat près de ses clients. Il est toujours là, quand il faut protéger le justiciable contre les excès et autres dépassements des magistrats, car il faut le souligner, ce vieux poli, courtois et expérimenté avocat est le modèle même de l'avocat qui sait ce que veut dire défendre quelqu'un dans les moments durs d'un procès.
A la barre, Saliha, l'inculpée était à l'aise, du fait de la régularité des débats, qui dominait alors. Elle répondait avec une fraîcheur déconcertante, qui n'avait rien à voir avec les faits reprochés, aux questions du juge. Elle explique, en réponse à la question du président, relative au pourquoi du refus de présenter l'enfant au père, «qu'il avait abandonné le bébé et le domicile conjugal.
Le comble pour ce papa sensible à la non-présentation de l'enfant, c'est que, lorsqu'il a abandonné l'appartement et la famille, notre fils avait quarante de fièvre.
Le savait-il? Ou bien avait-il d'autres préoccupations?
Pourtant, en sortant je lui ai dit que l'enfant était mal! Il s'en fichait éperdument, et est parti en laissant la porte d'entrée entrouverte. C'est dire l'immense intérêt qu'il a pour sa famille!» lança l'oeil bas, madame, qui se trouvait soudain très mal et demanda la permission au juge de s'asseoir quelques minutes, le temps de reprendre ses esprits. Galant et à souhait, le président dit: «Oui, madame, vous pouvez aller vous asseoir jusqu' à ce que je vous rappelle!»
La bonne dame tourna les talons vers la rangée de bancs réservée aux justiciables, sans lever la tête jusqu'au siège. Puis, le magistrat lut un large passage relatif à la plainte de monsieur, un passage dur, implacable, allant jusqu'à désigner la maman «d'indigne»!
Le juge toussota puis s'exclama, cachant mal sa colère qui n'a pas sa raison d'être au moment où il entre à la salle d'audience, car il reste entendu que c'est là, l'ABC de la magistrature qui veut qu'un magistrat du siège ne peut rendre justice dans un état second, de colère ou d'énervement: «Inculpée, vous voyez un peu dans quelle affreuse situation vous vous êtes mise en jouant à la forte tête!
La colère du moment n'explique pas tout. Il fallait obéir à la loi. C'est son père et nul n'a le droit d'empêcher un père d'exercer son droit de visite, un droit consacré par la force de la loi; à défaut, c'est un cas de rébellion. Et vous risquez les foudres du terrible article 327. Ne vous amusez plus à ce jeu qui consiste à régler vos comptes sur le dos d'un pauvre innocent qui est votre fils, mais aussi le fils de son père. J'espère m'être fait comprendre!»
Devant ce charivari, le juge n'a pas d'autres choix, hormis la mise en examen, car beaucoup de zones d'ombre planent sur ce procès qui a mis face à face, deux êtres qui se sont connus, fréquentés, aimés et mariés pour le pire et le meilleur!
Le pire n'a pas résisté au difficile quotidien qui entre enjeu sur le «ring» pour semer la pagaille au sein de la désormais ex- famille.