Elle n'avait pas neuf ans

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Les accidents de la circulation sont légion. Les pouvoirs publics semblent impuissants devant de véritables fous du volant.

Dire d'un automobiliste, que c'est un fou du volant, est un peu exagéré! Un accident de la circulation est généralement le résultat d'un ensemble de raisons qui se sont accumulées pour que le sinistre survienne. C'est pourquoi le législateur a retenu le caractère «accidentel» d'un... accident, mais, il se trouve qu'un accident n'arrive pas tout seul. Une voiture est immanquablement conduite par un être humain, sujet à une petite faute. Une simple erreur, une inattention, un regard détourné durant cinq secondes et la cata est là, meurtrière!
De nos jours, un véritable fléau s'est installé dans notre société, à l'instar de toutes les autres, évolution de la technologie oblige!
Le portable, le mobile, le Smartphone, sont devenus des armes terribles qui sèment quotidiennement, la mort et font des milliers de blessés, souvent des handicapés à vie. Oui, nous le voyons tous les jours qu'Allah crée. Cela n'échappe à personne! Pas plus tard que lundi, sur le tronçon Dar El Beida-Zéralda, un vieillard de 75 ans, a presque frôlé avec son véhicule, l'auto conduite par une femme qui téléphonait, faisant fi de la longue file de voitures. Arrivé à hauteur de la conductrice, il lui dit sans rire: «Madame, vous êtes sur la route de l'hôpital 'Azur-plage.'' En cas d'accident vous êtes sûre de trouver une prise en charge par les kinés spécialisés dans l'infirmité des membres!». Sans commentaire! Un chauffard, au volant d'un bus, a envoyé une voiture légère hors de l'asphalte sur la route Thénia- Tidjalabine (wilaya de Boumerdès) laquelle avait entraîné la mort d'une fillette de moins de neuf ans qui se trouvait avec sa famille (les parents et deux autres frères) au moment du sinistre.
Un accident de la circulation s'est produit sur la voie rapide, appelée pompeusement et à tort autoroute Thénia et le chauffeur du bus est inculpé d'homicide involontaire. Il souffre le martyre rien que de reprendre à la barre du tribunal, les faits qui remontent à quelques semestres déjà. Lorsqu'il y a des accidents de la circulation, surtout mortels, les procès ne se tiennent pas rapidement.
La coutume veut que la justice, via les magistrats, laisse passer l'orage, la douleur de la perte d'un être cher, bref, que la tension baisse.
Evidemment, quand on dit déclarations, il faut songer aux déclarations contradictoires, aux propos mensongers et autres faux témoignages. Pour cette fois, les nombreuses versions s'entrechoquent.
L'inculpé affirme avoir roulé à droite à 70 kilomètres par heure en cinquième vitesse et c'était la victime qui avait tenté de doubler alors que le bus arrivait au niveau d'un chantier invisible de loin à l'heure du drame (vingt et une heures trente). La victime, l'air abattu en raison la disparition de sa fille touchée à la tête et aux jambes lors des «tonneaux» survenus, a, elle, crié que c'est le bus qui l'a prise sur le côté gauche avant de l'envoyer sur la piste fatale.
Le papa va plus loin. Il a flétri l'action des enquêteurs qui auraient pris pour argent comptant les déclarations de l'inculpé: «Monsieur le président, ma fille est morte.
Laissez-moi vous dire que ce Monsieur avait eu la présence d'esprit de changer la position du bus», dit-il la voix chevrotante.
Le juge rappelle au chauffard que ce n'est pas une mouche qui a été victime de sa stupidité: «Vous n'allez tout de même pas me faire avaler que vous, les chauffeurs de bus, êtes des anges?», récite, les yeux mi-clos, le magistrat visiblement ému par le rappel de l'accident.
Le procureur de la République requiert trois mois fermes, après avoir rappelé que c'était un accident de la circulation, donc le destin a voulu cette tragédie.
L'avocat de la partie civile, est dans tous ses états. «Il est sûr que c'est le bus qui a doublé la voiture en pleine nuit, qu'il y avait une Golf qui venait derrière le bus jouant au code-phare pour passer et ce, en troisième position.
Je regrette qu'il y ait de nos jours des témoins lâches qui ferment les yeux.
Ils font comme si rien ne s'était passé», marmonne le jovial avocat Maître Mohamed Djediat qui demande 340.000 dinars pour les dommages et intérêts aux parents et 200.000 autres pour les quatre frères! Après avoir mis le dossier en examen sous huitaine, le juge condamne le prévenu à «une peine de six mois de prison assortie du sursis, une amende conséquente et 160.000 dinars pour chaque parent à titre de dommages et intérêts». L'inculpé décide d'interjeter appel et il n'a que 10 jours...