Lycéens en colère, au couteau

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Souvent, des disputes, des bagarres, ont lieu un peu partout à la sortie des écoles, collèges et lycées..., pour rien!

Les conséquences sont catastrophiques pour les collégiens et lycéens, d'une part, les parents d'autre part. Oui, les conséquences sont dramatiques, surtout que certains parquetiers n'écoutent pas les procureurs généraux qui ont, à chaque fois, lancé des appels à la retenue pour ce qui est de la distribution des mandats de dépôt «qui en veut? ou «à qui le tour?» souvent inutiles, ridicules et humiliants pour des jeunes en pleine adolescence.
Les avocats ont, pour leur part, tiré la sonnette d'alarme afin que cessent ces pratiques, d'une autre époque, heureusement pas généralisées. Le dernier procès qui s'est tenu, a vu Salim. A., dix-neuf ans, élève de terminale, candidat au bac, brandir un poignard de bandit au nez de Fayçal. N. qui a eu plus de trouille que de mal, et donc le traumatisme qui s'en est suivi n' est pas à souhaiter à un ennemi.
La comparution immédiate, Ce nouveau procédé allait tout de même arranger la cravate aux antagonistes dans les conditions les meilleures. Or, c'est ce nouveau procédé qui a semé la panique, car, comme tout le monde le sait, tout ce qui est nouveau, est systématiquement suspect.
La présidente de la section correctionnelle du tribunal était décidée à en finir au plus vite, mais la panique de l'inculpé, est venue s'ajouter au traumatisme de la victime qui n'a pas pu oublier le brandissement de couteau la journée des faits, pour grossir le procès qui a alors pris d' autres proportions inattendues et inquiétantes au moment où la victime a crié à la hogra de la part de Salim, présenté par son conseil qui était plutôt conciliant, comme un gentil garçon, inoffensif à souhait.
La juge a débuté les débats en trombe, faisant mine que les rancoeurs étaient déjà loin et que les esprits s'étaient calmés. Calmés? Erreur! Lors de l'interrogatoire, alors que l'inculpé Salim répondait à une question précise de la présidente, Fayçal, la victime jeta dans la salle d'audience un effroyable cri inhumain. La juge sursauta et s'inquiéta:
«Ça va, victime? Quelque chose ne va pas? Répondez-moi, le temps presse et j'en suis encore à l'inculpé.
- Oui, madame la présidente, ça va très bien! Je voulais simplement vider ce que j'avais au fond de la gorge et dégager ce qui grattait mes cordes vocales! rétorqua la victime visiblement soulagée momentanément, mais vigilante pour ce qui est de l'audience et de son déroulement.
- Ah vous inculpé! Qu'est-ce qui s'est passé l'après-midi du quatre du mois? a déclaré la juge en pleine forme ce jour, comme pour avertir les amateurs d'incidents que ce n'était pas le moment de jouer au justicier car la justice est là, présente plus que jamais!»
Il est vrai que la magistrate, tout comme le procureur, avait aperçu de loin, deux étranges personnages à l' allure suspecte qui lançaient des regards bizarres en direction de Salim, l' inculpé très mal en point, après l' interpellation par des policiers qui n' ont fait que leur boulot!
Salim commence par raconter le pourquoi et le comment de la bagarre, «qui a débuté à vrai dire dans la salle de classe, avant la sortie. Fayçal a crié le prénom de mes soeurs et fait semblant, comme si de rien ne s'était produit!
-Voilà, nous y sommes! Il y avait donc quelque chose qui s'est déroulée. Continuez votre récit, le tribunal est tout ouïe! Seule la vérité compte, à part cela, le tribunal ne retiendra rien! Ni balivernes ni bavardages ni histoires à dormir debout! C'est clair, net et précis! Que l'on se le dise une bonne fois pour toutes!» enchaîne la juge décidée à en finir avec cette triste histoire où des ados sont impliqués jusqu'au cou.
L'inculpé ne se fit pas prier pour aller vers la suite des évènements et précisa donc que:
«Sous le coup de l'émotion, je vis rouge, et sans m'en rendre compte, je m'emparais du couteau de Yassine et frappais deux coups, je ne saurai vous affirmer où les coups ont été donnés!
- Vous n'êtes pas loin de la vérité, car un individu en colère ne sait plus où il en est! L'essentiel, c'est de savoir si oui ou non, vous avez agressé le copain. Nous avons la réponse.
Le tribunal vous remercie de votre franche collaboration. Nous en avons fini avec cette histoire; la représentante du ministère public est donc priée d'effectuer ses demandes!» dit la présidente qui verra la jeune procureure articuler quelques phrases presque inaudibles et brouillonnes, réclamer une peine d'emprisonnement de six mois ferme et 10.000 DA d'amende pour coups et blessures volontaires ayant entraîné un arrêt de travail de 12 jours, sauf complications. La parquetière se rasseoit.
L'agresseur est prié de dire le dernier mot que la loi lui confère, ce qu'il fait volontiers en s'excusant auprès de la victime, de la justice, du procureur et surtout d'Allah le Miséricordieux! Sur le siège, la juge transcrit le court dispositif, ce qui permet à un léger brouhaha de se lever, jusqu'au moment où le poing de la magistrate ne vienne remettre de l'ordre dans la salle d'audience et inflige une peine de prison de six mois, assortie du sursis, la magistrate ayant pris probablement en considération que l'inculpé préparait le bac et avec de rudes recommandations au condamné qui a sué, sué...