Association d'apprentis voleurs

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En 2018-2019, des élus d'une grande commune d'Alger ont totalement failli à leur devoir de serviteurs de citoyens dans le besoin...

Vous ne pouvez imaginer des inculpés d'un genre un peu particulier, qu'en assistant à des procès mettant aux prises des élus peu recommandables à la wilaya d'Alger d'où est partie une plainte excellemment confectionnée par le dévoué et exemplaire Mohamed Amrani, chef de cabinet de Abdelkader Zoukh, l'inusable et vigilant wali qui bosse près de vingt heures par jour afin de redonner à Alger sa blancheur et sa renommée perdue depuis un bon bout de temps, depuis le défunt Conseil populaire de la ville d'Alger mené de main de maître par les élus des communes environnantes à la capitale, Hadj Alloune et Belaïd. Quel était le nombre de ces malfaiteurs pris en flagrant délit de détournement de logements destinés à des familles vivant dans l'étroitesse et l'exiguïté des lieux? 22 personnes avaient bénéficié de la liberté provisoire, entre les bénéficiaires et les élus complices de cette opération frauduleuse, qui allait jouer un mauvais tour à l'Etat via la wilaya et le Trésor public! Les inculpés sont âgés de 43 à 60 ans!
L'audience du lundi dernier a vu beaucoup de curieux et de proches inquiets pour le devenir des inculpés, assister aux débats fastidieux et lourds car le mensonge était de rigueur et le pauvre Abdelkader Meslem, président de la section correctionnelle du tribunal de Sidi M'Hamed-Alger a dû se farcir, après avoir supporté, les quatre questions préjudicielles posées par les défenseurs des inculpés, et l'attendue réplique de l'avocat de la wilaya, partie civile dans ce dossier, qui a fortement repoussé les allégations des inculpés des déclarations contradictoires.
Tout n'a pas été rose, malgré le renfort de qualité en la personne de Sidi M'Hamed Belhadi, le représentant du ministère public, qui a forcé sur la pédale en vue d'aider le tribunal à démêler l'écheveau car les inculpés sont de toutes les couches de la société: postiers, fonctionnaires civils au MDN, un président d'APC, un vice-président d'APC, fonctionnaire à la jeunesse et aux sports, des chômeurs!!! Un enseignant, des retraités, un juriste! Inspecteur au contrôle des prix, prof, des flics, un agent de Netcom, un infirmier. Il est nettement apparu que les élus de la commune de Bologhine (Alger) se soient comportés comme des brigands de grand chemin en tentant de détourner des logements destinés à d'autres dans le besoin urgent. Il fallait d'abord servir la famille du maire et de ses adjoints pour s'occuper des citoyens à qui on a appris à attendre. Mais, grâce à la vigilance de Zoukh, le wali, et les vives et bruyantes protestations des vrais et seuls bénéficiaires des logements, le pot aux roses fut vite découvert et la justice fut saisie à temps. Par le dépôt d'une plainte dûment confectionnée par le chef de cabinet qui s'est attardé sur le faux établi par d'abord, le président de l'APC de Bologhine, suivi par des élus sans foi ni loi, qui se sont comportés comme de véritables charognes se partageant les restes d'un corps debout! Mais auparavant, voyons de près les inculpations retenues contre ces rapaces d'une autre ère. Nous avons d'abord les déclarations mensongères, fait prévu et puni par l'article 223 du Code pénal, faux commis dans certains documents administratifs et certificats, fait prévu et puni par l'article 228 du Code pénal et l'article 33 de la fameuse loi sur la prévention et la lutte contre la corruption (loi 01-06 en date du 20.02.2006)...
L'ire de la partie civile.
Durant les débats, maître Mohamed Djediat, le conseil de la wilaya, dans son jour, n'a fait aucun cadeau «aux pseudos élus qui ne méritent aucune circonstance atténuante car voler, détourner des logements destinés à des méritants, triés sur le volet, des citoyens qui attendaient d'avoir enfin leur toit après avoir tant attendu, sont presque un crime innommable!»
L'avocat de la rue Patrice-Lumumba se mit dans une colère noire au moment où il aborda le coté faux de l'affaire, devant les quatre avocats des inculpés, avocats bizarrement silencieux face aux graves inculpations retenues contre leurs clients. «Ils se sont attaqués à la crédibilité de l'Etat!» s'est- il écrié.
Et le silence des conseils était de rigueur car devant tant d'évidence, les plaideurs allaient plaider quoi? Ils allaient plaider les circonstances atténuantes? Jamais, au grand jamais, ils ne s'y risqueraient! Ils se brûleraient les ailes.
Les jeux étaient faits et le procès s'en allait allègrement vers des sentences réalistes et prévisibles. Cependant, il y a lieu de mettre en valeur la maestria du juge qui a jugé sans haine, ni rancune.
Sept inculpés écopèrent, sur la base de l'article 228 du Code pénal et l'article 33 de la loi, d'une condamnation de un an avec sursis. Un autre écopa d'un an dont six mois fermes, plus 100.000 dinars d'amende. Une autre inculpée a eu un an ferme.
Deux autres ont eu deux ans fermes et 100 millions d'amende. Une inculpée absente a été relaxée.
Deux inculpés ont été relaxés, un seul, deux ans fermes et 20 millions de centimes d'amende pour usurpation de fonction et rédaction de faux certificats de résidence!