La joie de madame dans la douleur

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Fadhila et Ahmed-Lotfi. H. ont convenu de prendre un chemin différent pour des raisons d'incompatibilité.

Fadhila et Ahmed-Lotfi, respectivement trente-neuf et quarante-deux ans, ont décidé, après mille et une tentatives de réconciliation, de se séparer à l'amiable, pour le bien des trois fillettes de douze, neuf et sept ans, selon la maman. Agacées par les innombrables scènes de ménage inutiles, les enfants sont arrivés à un âge difficile et tout comportement négatif peut avoir de graves conséquences sur leur avenir, surtout que le papa est loin d'avoir le moindre sentiment pour ses filles, leur préférant de loin, les autres filles qu'il adore zyeuter, draguer et ramasser dès que l'occasion se présente pour lui. D'ailleurs, ce sont ces raisons qui ont poussé l'épouse à demander le divorce sans fracas, pour le bien des filles. Elle confiera plus tard à la barre, devant la juge, qu'il lui était impossible de continuer à vivre ainsi, dans la douleur cachée, car il ne fallait pas heurter la sensibilité des parents et des proches. A une amie intime, préoccupée par le devenir de cette famille, Fadhila rétorqua sans sourciller «qu'il valait mieux rompre de suite, qu'attendre un scandale, pouvant survenir à n'importe quel moment de la vie à cinq et disperser ainsi la famille, dans d'atroces conditions!». L'éplorée continue son récit par le triste rappel du mauvais comportement de son époux qui ne veut pas faire l'effort de mieux se conduire en vue de sauver la famille: «Qu'il se trouve au rez-de-chaussée, dans les escaliers, adossé contre la façade d'un immeuble, il est toujours à l'affût d'une paire de jambes galbées, d'un nombril qu'un pull rebelle laisse entrevoir ou même si une femme est en hidjab, il a le temps de s'attarder sur la paire d'yeux soulignés de khôl. C'est franchement un malade qu'on a chez nous. Rien ne peut détourner son attention sur tout ce qui peut le faire fantasmer. A la maison, c'est un autre père, un autre mari. Il est toujours absent lorsque ses filles ont besoin de lui, prétextant le fait saugrenu que c'est là, le boulot de la seule maman!». Pendant que la dame déversait son «venin» sur la peau de son futur ex-époux, la juge avait des tics et avait envie de crier son aversion contre la femme qui disait tout ce qu'elle voulait sans que personne ne l'arrête dans ses élans vindicatifs. Alors, la magistrate prit ses responsabilités en effectuant une sévère mise au point à l'intention de l'épouse désabusée et amère, donc rancunière! Elle imposa le silence par une forte intonation:
«Ecoutez madame! Vous êtes unie par les liens sacrés du mariage, après avoir connu de bonnes périodes, et des filles sont venues égayer votre foyer, soudain détruit par le doute. Il est clair que tout ce que vous avez déclaré en public, ne peut être vrai, ni vérifiable à cent pour cent. Pour ces raisons, le tribunal n'entendra pas votre mari qui peut lui aussi raconter des choses qui n'intéressent pas la justice qui n'est pas un bureau de plaintes et complaintes amoureuses! Vous êtes ici pour rompre et on n'a pas envie d'écouter vos problèmes qui ne regardent que vous! La dernière fois que vous êtes venus, je vous ai demandé de bien réfléchir à l'avenir de vos enfants qui semblent être le dernier de vos soucis! C'est malheureux, mais c'est comme ça, c'est le destin des gens et la justice est impuissante devant des cas similaires au vôtre!» siffle la magistrate qui faisait attention à ce qu'elle disait, sachant pertinemment qu'elle s'adresse à une famille qui va ressortir de la salle d'audience et du tribunal, en mille morceaux! La dame n'a pas visiblement tout dit alors que monsieur n'a encore rien dit. La juge prend soin de ne prendre partie pour personne. Elle est là pour appliquer la loi, uniquement! Elle bat des cils puis s'adresse directement au mari en ces termes:
«Vous pouvez dire ce que vous voulez à condition de ne pas égratigner votre femme, en aucun cas, vous entendez? Maintenant, vous pouvez vous passer de prendre la parole si vous jugez nécessaire de le faire», annonce la présidente qui aura joué son rôle, tel que voulu par la loi. Le bonhomme hocha la tête avant de marmonner en direction de l'assistance, comme pour la prendre à témoin:
«Que vais-je ajouter à ce qu'a dit Fadhila? Oui, qu'est-ce que je peux bien ajouter? Que puis-je changer au destin qui a voulu que chacun s'en aille de son côté?» dit, le bonhomme très affecté par la rupture. Dommage pour cette famille décimée par l'infidélité d'un homme qui a confondu amour et désirs, un éternel dilemme qui fait des ravages dans les familles, presque toutes les familles, parce que, ne l'oublions jamais: il y a des gens qui savent, se fâchent et font éclater des scandales et ceux qui savent et se taisent, par honte de scandales malvenus!