La came, cette terrible pointe!

Par
image

Quatre détenus condamnés par le tribunal et trois autres en liberté provisoire, comparaissent devant le dur trio...

Le président de la chambre pénale et ses deux conseillers, jugent un quatuor de condamnés par le tribunal, pour trafic de drogue dure et soixante-huit kg de cannabis! Le représentant du ministère public, appelant, demandera vingt ans d'emprisonnement ferme pour chacun d'eux, or ces derniers sont décidés à casser le scénario du tribunal car ils sont convaincus que six oreilles entendent mieux que deux. Maître Mohamed Djediat, l'avocat de Patrice Lumumba (Alger) cherche à comprendre si la drogue lui avait été remise ou on est allé la chercher. «Ce sont deux individus qui m'ont contacté au Khroub (Constantine). Et c'est le boss qui m'a envoyé depuis Oran. Les deux gus m'avaient informé qu'ils étaient chargés de me remettre les sacs. Ce sont eux qui m'ont abordé et m'ont appelé par mon prénom Salim. J'ai regagné Constantine depuis Sétif où un certain Omar, a demandé de descendre sur El Khroub pour chercher les colis de drogue» a raconté le prévenu. Le juge n'en croit pas ses oreilles: «Il n'a pas eu peur de tenir de tels propos au phone?» demande le président qui commente au passage: «Hum, hum! Le Khroub, Oran, Constantine, c'est vaste, tout ça!»
Le prévenu n'est pas sûr d'avoir encaissé dix millions de centimes pour les commissions. Par contre, il est aussi sûr que ce Omar est un ami «normal» dit-il. «Il n'y a aucun secret entre nous, nous trinquions souvent ensemble». «Du Hamoud, N'Gaouès ou Ifri?» ironise presque le président de la chambre pénale, décidé à ne pas s'éterniser. «Non, de l'alcool, whisky et autres» répond calmement le détenu condamné à sept ans de prison ferme. Le juge n'est point satisfait des réponses du détenu et décide de poser une autre question autour «des liens d'amitié» des prévenus. Maître Nassima Aïd, elle, s'accroche au nom des libertés des citoyens. Elle demande à poser une dernière question relative au lieu de remise de la drogue. «J'avais rendez-vous à l'entrée de la capitale sur une des voies rapides. J'avais garé du côté de Rouiba, j'avais bu et lors du contrôle du véhicule j'ai informé les gendarmes que je transportais de... l'herbe», a dit le prévenu. «Au siège de la brigade, Omar et Abbès m'ont appelé», a-t-il ajouté.
L'inculpé principal dit à la barre qu'il n'avait jamais pensé le «donner». Il dit même qu'il avait fait de graves déclarations à propos de Maâmar lequel lui aurait proposé cinq millions de centimes contre un service. C'est une culture qui a cours, paraît-il à l'échelle planétaire. Alors pensez donc à Chelghoum, au Khroub, à Oran, à Sétif. Il revient même sur une autre accusation selon laquelle toute cette opération se serait déroulée à Chelghoum-Laïd (wilaya de Mila). «J'étais ivre et aujourd'hui je ne me rappelle même plus ce que j'avais déclaré devant les gendarmes» a encore marmonné l'inculpé principal, Omar Benziama. Maâmar, lui, nie tout et dit même qu'il n'a aucun lien ni avec ces gens assis dans le box ni avec l'inculpation. «Je n'ai jamais appelé ce bonhomme ni appelé sur le portable». Même les gendarmes ont vérifié les «appels récents» et n'ont pas trouvé le numéro recherché. Sid Ali Garmi, le troisième inculpé, s'est illustré comme étant un revendeur à la sauvette de tabac à chiquer et cigarettes ayant le sens du contact puisqu'il a l'art d'intervenir auprès des gendarmes qu'il prie de restituer le permis de conduire à un auteur d'infraction sur la route.
Puis, pour ce qui est du jugement, Maître Djediat a dénoncé le fait que son client «ait été condamné sur deux présomptions», s'est -il-exclamé qui a, tout comme Maître Aid, évoqué «l'élément matériel de l'infraction qui ne peut être constitué d'un nombre de faits qui sont au nombre de onze, c' est la loi du 25 décembre 2004 qui le définit. «Le procureur général ne nous a pas édifiés car il n'a étalé aucune preuve»! ont renchérit tour à tour les deux défenseurs.
Dans l'ensemble, tous les intervenants ont dit l'essentiel juste pour ne pas effaroucher les juges qui ont décidé une mise en examen d'une semaine. Le duo de plaideurs a accéléré préférant surtout aller au-devant des circonstances atténuantes. «C'est un simple d'esprit qui a été manipulé au grand bonheur des dealers!» a susurré le premier défenseur. «On s'est servi de lui comme d'un ´´wagon´´ de transport de poison.
Les circonstances atténuantes que va lui accorder la chambre pénale sauront peut-être lui ouvrir les yeux!» ont lancé tour à tour, les deux conseils. Le deuxième plaideur a ajouté qu'il était un peu fier de jouer au chef de bande en lançant par-ci par-là des: «X... a donné! Y a dit que...! Z... A...! Etc. «En professionnel, le premier plaideur va s'appuyer d'abord sur les procès-verbaux préliminaires et les attendus du jugement avant d'attaquer un à un les inculpés et surtout Fouchik, inculpé principal qui aura eu le «privilège» d'avoir donné le gros dealer, mais que, selon l'avocate Chéraga, la justice n'a pas su se montrer généreuse envers lui. Le verdict ne sera connu qu'après quinze jours!