Un phénomène féminin.

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Depuis toujours les tribunaux reçoivent des dossiers peu orthodoxes! Des coups et blessures où les victimes sont des hommes et les auteures sont des... femmes. Oui, cela a existé. Cela existe et cela existera. Au train où vont les choses, ce drôle de phénomène est entré depuis fort longtemps dans les moeurs locales et les magistrats s'en sortent à merveille, surtout s'il s'agit de couples habitués aux coups et blessures, souvent réciproques. Les verdicts sont à peu près les mêmes pour les auteurs avec des coups portés aux filles. L'opinion publique n'évoque que les femmes battues. Erreur, tout le monde est battu, pour un oui ou un non.
Les motifs sont multiples et variés: cela va de la femme trompée à celle qui sort souvent sans l'autorisation du mari. Les scénarios les plus fantasques sont narrés devant le procureur qui ne se fait pas prier pour menotter le coupable. Eh bien, votre serviteur va vous conter une histoire d'un homme battu par sa moitié qui ne s'est pas gênée de reproduire au prétoire le fâcheux incident qui l'a mise aux prises avec monsieur qui ne dira pratiquement rien durant tout le procès sans que l'on sache pourquoi. Quand elle est appelée par la greffière, Houda. C. se lève précipitamment de sa place comme si elle venait d'être la cible d'un tir d'un snipper, niché en haut d'une tour faisant face au tribunal. Elle s'est précipitée vers la barre afin de vider ses tripes autour du comportement du déjà «goujat» qui l'a trompée, humiliée, avilie et souillée devant les méchants regards des proches de la dame blessée au plus profond de son âme. Houda et Ouaheb sont les deux solides piliers d'une famille exemplaire où trois garçons de neuf, sept et un an égaient le foyer qui vit une vie simple et sans nuage aucun jusqu'au jour où le diable habita chez eux. Mais qui est donc le diable qui a osé habiter en 2018 chez les R.F. réputés comme étant des types bien sous tous rapports? Le diable en question n'est autre que le... doute. Oui, le doute, ce destructeur qui mine tout ce qui est sur un plan horizontal, qui a connu une inclinaison menaçante et dangereuse. Oui, cette jeune famille qui vivait, selon la dame désespérée, «en toute quiétude avant que ce 'Satan'' ne fasse une intrusion maléfique dans la famille qui va maintenant voler en éclats. D'abord, il faut vite le préciser, car c'est bon pour la compréhension de ce qui va suivre, le jeune couple s'est formé sur un coup du destin. Ce destin qui a vu l'affection rapprocher les deux très jeunes voisins, Houda et Ouaheb. Puis ils se sont appréciés; ils ont sympathisé après s'être longtemps fréquentés, pour finalement s'être aimés, fiancés et mariés, convolé en justes noces.
Le tout en une seule année, ce qui peut paraître peu pour ceux qui connaissent le quotidien, après les fétes et même le voyage de noces. De retour à la maison, le quotidien du couple se passait sans heurt, ni tintamarre et les jours passèrent tranquillement avec la naissance de trois beaux garçons venus égayer le foyer.
Le jour de la rencontre chez le juge chargé de colmater les brèches et pourquoi pas de redresser la fâcheuse situation que vivait cette famille. Le juge fit en sorte pour que toute l'assistance l'entende remettre ces deux fous furieux en pleine ébullition et prêts à tout pour assouvir leur haine, vider leurs sacs, publiquement, car le magistrat a choisi l'audience publique afin de sensibiliser probablement tout ce beau monde sur l'épineux et douloureux problème du divorce.
D'ailleurs, au cours des débats, les gens qui ont assisté à cette utile audience, les causes sont nombreuses pour demander le divorce et l'article 53 (Ordonnance n° 05-02 du 27 février 2005), en compte dix (10). Et pour les montrer à nos lecteurs, allons-y! Et au moment où il s'exprime, on ne saurait vous affirmer s'il était vraiment heureux, et même s'il a été heureux durant les six années. Nous le saurons un peu plus tard, au moment de la réplique de madame qui n'y est pas allé avec le dos de la... fourchette pour l'enfoncer un peu plus, en déclarant tout de go et sans battre des cils:
-- « Monsieur le président, je l'avoue, j'ai planté une fourchette dans la poitrine de mon mari qui a dépassé les bornes... Il m'a trompée, on me l'a dit, redit jusqu'à ce que je perde les pédales. J'ai été éblouie par une flamme pourpre et la suite vous la connaissez.
- Mais malheureuse, saviez-vous que la fourchette pouvait transpercer la peau et vous seriez aujourdd'hui dans une salle d'audience, à la cour et plus au tribunal pour rendre compte de votre acte fou? Oui! Cela aurait pu se terminer en criminelle, dans le sang, le veuvage, les pleurs, les larmes et l'enfermement pour un bon bout de temps. Ça n'a pas marché? Eh bien, vous aviez mille et une solutions pour en finir.
Le divorce est bien pour éviter le crime, mais Grand Dieu, pourquoi avoir fait autant d'enfants en si peu de temps? Vous comptez sur l'Etat pour les élever? Détrompez-vous! Vous serez seuls, votre mari et vous, à en être responsables, demain en cas de déviation! Je vous le dis maintenant, car le quotidien pour les gosses est difficile à vivre. Les effets de la rupture ont la peau dure; rien n'est facile!» Un long silence s'abattit sur la salle.
Le procureur préféra déléguer ses prérogatives au seul président qui enverra tout ce beau monde après une nécessaire mise en examen.