L'eau dans une capitale sans robinets

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C'était hier. «Chargée de seaux en plastique, Virginia Solis fait des allers-retours et stocke chez elle des dizaines de litres d'eau pour les besoins de son foyer: comme des dizaines de milliers de logements à Mexico...l'une des plus grandes mégapoles au monde où l'approvisionnement quotidien en eau relève du défi», rapporte en substance la dépêche de l'AFP «tombée» hier dans les rédactions. Loin de nous l'idée de critiquer les autorités d'un pays étranger dont la population n'est pas approvisionnée en eau potable. Même si c'est un très grand pays comme le Mexique et que cela se passe en 2017. Mais une telle information, lue par un Algérien, rappelle forcément de mauvais souvenirs. Des souvenirs d'une situation d'il y a à peine un peu plus d'une décennie. Nous aussi faisions à l'époque des allers-retours avec nos bidons à la main à la recherche de points d'eau potable pour les besoins de nos foyers. Une corvée de tous les jours. Dans certains quartiers d'Alger, des foyers vivaient avec l'espoir de voir l'eau couler de leurs robinets. Voilà comment le journal français L'Express a rapporté dans une de ses éditions le témoignage d'une Algéroise: «Employée au standard d'une grande entreprise publique, B. H., 54 ans, habite au troisième étage d'un vieil immeuble de la rue Burdeau, en plein coeur d'Alger. Elle n'a pas oublié les nuits blanches qu'elle passait à attendre que l'eau coule, enfin, du robinet. «Les mauvaises nuits, raconte-t-elle, je n'avais qu'un filet pour remplir la moitié de la baignoire.» Le journal poursuit: «Au début des années 2000, les pénuries d'eau étaient sévères... Quelques stigmates de cette époque subsistent encore, comme ces citernes en étain qui alourdissent et enlaidissent les terrasses et les loggias. Aujourd'hui, les choses ont changé. Pour les Algérois comme pour les habitants des autres grandes villes du pays, l'eau est devenue du «H24»». Précisons que l'article date de 2012. Et que le H24 dont il est question est entré en vigueur des années auparavant. Nos adolescents de 17 et 18 ans n'ont aucun souvenir des années sans eau. Des années du bidon et des citernes au balcon et sur les terrasses. Des années du surpresseur et les éternels conflits qu'il générait entre voisins. Cette catégorie de nos enfants représente aujourd'hui le tiers de la population. Les deux autres tiers ont tendance à oublier le calvaire qu'ils ont vécu vu leur indifférence affichée devant le gaspillage de cette eau précieuse. Bref, mais comment en est-on arrivé au «H24»? Si avant 1999 (c'était hier) on avait recours, principalement, au pompage tellement effréné des nappes souterraines qu'elles ne pouvaient que se tarir avec en sus les pompes qui rendaient l'âme, aujourd'hui et grâce au programme du président Bouteflika, l'eau nous vient de près d'une centaine de barrages de grande envergure et équipés du système de transfert, qui permettent un stockage dix fois plus important. Pas seulement puisqu'une dizaine d'usines de dessalement d'eau de mer ont été également réalisées avec un apport quotidien supplémentaire de près de 3 millions de m3. S'ajoutent à cela quelque 600 petits barrages et retenues collinaires d'une capacité totale de plus de 200 millions de m3. Sans compter les ouvrages de traitement des eaux usées pour les besoins de l'agriculture. Voilà comment la bataille de l'eau a été gagnée chez nous. Voilà comment l'Algérie est aujourd'hui classée au niveau mondial parmi les quelques pays qui assurent à leurs populations une couverture en eau avoisinant les 100%. Avec cependant un plus sur le prix de l'eau qui est le plus bas au monde. A l'inverse et parmi les pays les plus touchés par le manque d'eau figurent ceux de l'Afrique subsaharienne. C'est-à-dire à nos frontières sud. La précision est nécessaire quand on a à l'esprit ce qu'il est convenu d'appeler «la migration climatique» et ses effets sur notre pays. Revenons au Mexique et à la situation hydrique que vit sa population. Si, en lisant l'information venant du Mexique, chaque Algérien pouvait se remémorer ce qu'il a lui-même enduré, il apprécierait mieux son bonheur aujourd'hui. Si, en lisant cette information, les deux tiers de la population algérienne qui ont vécu sans eau, racontent l'amertume de cette épreuve au tiers des Algériens nés après 1999, cela les aiderait à mieux apprécier leur chance. En ce début du troisième millénaire, la vie des Algériens s'est complètement métamorphosée. Avec la bataille de l'eau et la bataille du logement qui toutes deux ont été gagnées, l'Algérien a deux acquis considérables qu'il doit préserver comme la prunelle de ses yeux. Ce ne sont pas les seuls (les salaires, l'enseignement, la santé, etc.), mais de toute évidence les plus vitaux. Surtout en ce moment où beaucoup de menaces pèsent sur nous!